PHILIPPE BACH
L'association «Grundrechte.ch1» (droits fondamentaux.ch) est l'une des organisatrices du Prix Big Brother. Fondée il y a deux ans, elle est en fait la nouvelle raison sociale du Comité contre l'Etat fouineur, né au lendemain de l'affaire des fiches – révélée en 1989 – et qui avait tenté en vain de mettre fin à ces pratiques de flicage en lançant une initiative populaire. Rencontre avec Catherine Weber, secrétaire syndicale au Syndicat des services publics (SSP-VPOD) et membre du comité de bénévoles animant l'association.
Quels sont les thèmes qui vous ont particulièrement occupés depuis votre fondation?
Catherine Weber: Nous nous sommes beaucoup investis sur la Loi sur la sécurité intérieure. Un texte qui pose énormément de problèmes puisqu'il autorise une série d'intrusions dans la sphère privée comme les écoutes téléphoniques. Pour l'heure, cette loi est retournée en commission grâce à une alliance entre la gauche et l'UDC. Mais il va falloir maintenir la pression.
Nous avons également consacré de gros efforts pour documenter les violations des droits fondamentaux dans le cadre de l'Euro 2008. Nous venons d'ailleurs d'éditer un numéro spécial de la revue Antidot2 consacré au fichage et à l'usage de cameras durant cette manifestation. Nous déplorons également que l'UEFA ait eu autant de facilités pour privatiser des pans entiers de l'espace public durant ce tournoi. Et enfin, cela a mis en évidence les liens entre les polices, qu'elles soient privées ou publiques, et l'armée.
Que pensez-vous du référendum contre le nouveau passeport biométrique, qui vient d'aboutir?
Nous l'avons soutenu activement en récoltant des signatures. Il n'a pas été lancé à notre initiative mais plutôt par des milieux soit opposés à l'Europe soit anti-américains.
Nous défendons une position qui consiste à dire: laissons le choix aux gens, n'imposons pas ce passeport. Ceux qui en ont besoin pour se rendre aux Etats-Unis doivent bien sûr pouvoir obtenir ce type de documents.
Maintenant qu'il a abouti, nos efforts vont porter sur la constitution d'un véritable comité unitaire de gauche pour défendre une position autonome de la droite, et plus particulièrement de l'UDC, dans le cadre de la campagne de votation.
Et à moyen terme, quelles seront vos autres priorités?
Nous allons mettre l'accent sur le problème de la vidéosurveillance sur la voie publique, qui prend de plus en plus d'importance. Et nous entendons également lutter contre les atteintes aux droits des jeunes. Il n'y a pas que le problème des moskitos (ces appareils émettant des ultrasons pour disperser les attroupements d'adolescents, ndlr). En Suisse alémanique, il y a par exemple dans certaines villes des couvre-feux qui sont imposés aux moins de 16 ans après 22h.
Nous continuons aussi à assister à une restriction du droit de manifester. Pour ce qui est de la construction de notre organisation, nous cherchons à jeter des ponts et à nouer davantage de contacts en Suisse romande et au Tessin. Mais cela suppose des efforts de traduction relativement importants de nos documents de travail.
Combien de membres compte «Grundrechte.ch»?
Environ 800. Nous nous sommes fixés comme objectif de passer le seuil des 1000 cotisants. Ce qui nous permettrait de nous doter d'une petite structure avec un permanent pour gérer l'association. Actuellement, tout est assumé à titre bénévole.
PROPOS RECUEILLIS PAR PBH
Note : 1Sur internet: www.grundrechte.ch (uniquement en allemand).
2«Euro 08 Versus Grundrechte», numéro spécial de la revue alémanique Antidot (www.antidot.ch).