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Securitas tient la vedette au 9e Prix Big Brother

Paru le Lundi 20 Octobre 2008
   PHILIPPE BACH    

Suisse DROITS FONDAMENTAUX - Les «pires intrusions dans la sphère privée» ont été récompensées à Berne. Le géant de la sécurité privée remporte la catégorie «business».
«And the winner is...» Samedi soir avait lieu à Berne la désormais traditionnelle remise du Prix Big Brother qui récompense, chaque année, les pires intrusions dans la sphère privée et autres pratiques de fichage. Autant de situations qui violent les normes édictées pour prévenir ce genre de dérives. La cérémonie s'est tenue à la Reitschule, haut lieu de la culture alternative. Les Big Brother Awards sont décernés depuis neuf ans en Suisse par un collectif ad hoc regroupant des membre de Grundrechte.ch (droits fondamentaux.ch, la nouvelle raison sociale de l'ex-comité contre l'Etat fouineur, lire ci-dessous) et le Swiss internet user group (SIUG). Ceci avec le soutien de la Rote Fabrik à Zurich, du syndicat Comedia et de l'association Trash.net. Il s'agit d'ailleurs d'un mouvement plus vaste, puisque des prix similaires sont décernés dans dix-neuf pays dans le cadre du réseau Privacy International à l'origine de cette démarche.
Ces prix «que personne ne souhaite recevoir», selon la formule du collectif, se ventilent dans divers domaines.
- Catégorie «business»: le trophée – en béton armé! – est allé à Securitas qui s'est effectivement surpassé cette année avec les affaires successives d'espionnage commandité par Nestlé dans les milieux altermondialistes.
Avec, tout d'abord, la découverte d'une certaine «Sara Meylan» qui a poussé l'intrusion suffisamment loin pour contribuer à la rédaction d'un ouvrage collectif sur Nestlé par Attac. Puis celle de «Shanti Muller» qui a, elle, infiltré le Groupe antirépression de Lausanne.
- Dans la catégorie «Etat», le prix Big Brother va au Ministère public bâlois qui a cru bon ficher des députés d'origine turque. Les données, transmises aux autorités fédérales, amalgamaient ces élus du peuple au réseau du PKK (la rébellion kurde) au motif que certains de leurs votes avaient été évoqués dans une publication turque de gauche et sympathisante avec la cause kurde. Il n'a pour l'heure pas pu être clairement établi si les Ministère public bâlois a agi de sa propre initiative ou s'il oeuvrait sous mandat des services secrets suisses.
- Dans la catégorie «lieu de travail», c'est la CSS (Chrétienne sociale suisse) qui emporte le trophée. Cet assureur offre en effet une prestation quelque peu douteuse, relève le jury du Prix Big Brother: il propose aux entreprises les services d'un «coordinateur d'absence». En clair: il s'agit d'un indicateur qui téléphone chez les personnes en arrêt maladie pour vérifier leur présence à leur domicile, voire qui débarque inopinément chez elles. Une trentaine d'entreprises auraient déjà recours à ce type de surveillance de leurs employés via ce service. La CSS double d'ailleurs son offre avec la présentation d'un logiciel gratuit, téléchargeable sur son site internet, qui permet de recenser les absences au sein d'une entreprise et de les recouper grâce à un outil statistique idoine. Le but affirmé, toujours sur le site internet de la CSS, est d'obtenir un retour au travail «rapide et sans frictions». Une opération win-win, dans ce langage un brin technocratique d'entreprise.
- Mention à vie: ce trophée récompense une personne qui s'est distinguée par son zèle en matière de violation de la sphère privée. Samedi, c'est Kurt Trolliet, le chef du service d'information de la police bernoise, qui remporte la palme. Un individu bien connu de nos services, pour utiliser un langage policier, puisqu'il avait personnellement veillé en janvier dernier à l'embastillement de deux journalistes, lors des manifestations contre le Forum économique mondial de Davos. Le premier travaille pour la WochenZeitung, l'hebdomadaire de gauche zurichois, et le second est notre collègue Simon Petite...
Enfin relevons la remise d'un prix dit Winkelried pour une action particulièrement salutaire de défense des droits fondamentaux. Cette année, on voit la coalition «Lucerne pour tous» être primée. Ce collectif a lutté contre les interdictions de périmètre et la surveillance par caméras de certaines zones. Cette campagne des autorités – intitulée «Lucerne brille» – a débouché sur des actions de dispersions de groupe de jeunes.
Si l'on picore parmi les dossiers soumis à candidature, on tombe sur quelques perles qui annoncent effectivement des lendemains riants. Que penser de ces caméras incorporées dans des panneaux d'affichages électroniques? Pour l'heure, elles permettent de décrypter la qualité de réception du message publicitaire par le passant. Le logiciel est capable de tenir compte du temps passé à regarder l'affiche – ce qui influe sur l'expression – mais aussi de déterminer si le public est une jeune femme ou un vieil homme. Pour l'heure, ces données ne sont pas stockées, «pas encore», relève le jury du Prix Big Brother, et la personne reste anonyme. Mais avec les technologies RFID (les nouvelles puces électroniques qui vont remplacer les codes barres), les potentialités d'identification et de corrélation de données sont énormes.
Autres dossiers repérés par les militants du collectif: les velléités du député vaudois d'Ecologie libérale Jacques-André Haury de créer une base légale pour permettre le dépistage du cannabis chez des écoliers. I



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Du Comité contre l'Etat fouineur à «Grundrechte.ch»

   PHILIPPE BACH    

L'association «Grundrechte.ch1» (droits fondamentaux.ch) est l'une des organisatrices du Prix Big Brother. Fondée il y a deux ans, elle est en fait la nouvelle raison sociale du Comité contre l'Etat fouineur, né au lendemain de l'affaire des fiches – révélée en 1989 – et qui avait tenté en vain de mettre fin à ces pratiques de flicage en lançant une initiative populaire. Rencontre avec Catherine Weber, secrétaire syndicale au Syndicat des services publics (SSP-VPOD) et membre du comité de bénévoles animant l'association.


Quels sont les thèmes qui vous ont particulièrement occupés depuis votre fondation?

Catherine Weber: Nous nous sommes beaucoup investis sur la Loi sur la sécurité intérieure. Un texte qui pose énormément de problèmes puisqu'il autorise une série d'intrusions dans la sphère privée comme les écoutes téléphoniques. Pour l'heure, cette loi est retournée en commission grâce à une alliance entre la gauche et l'UDC. Mais il va falloir maintenir la pression. Nous avons également consacré de gros efforts pour documenter les violations des droits fondamentaux dans le cadre de l'Euro 2008. Nous venons d'ailleurs d'éditer un numéro spécial de la revue Antidot2 consacré au fichage et à l'usage de cameras durant cette manifestation. Nous déplorons également que l'UEFA ait eu autant de facilités pour privatiser des pans entiers de l'espace public durant ce tournoi. Et enfin, cela a mis en évidence les liens entre les polices, qu'elles soient privées ou publiques, et l'armée.

Que pensez-vous du référendum contre le nouveau passeport biométrique, qui vient d'aboutir?

Nous l'avons soutenu activement en récoltant des signatures. Il n'a pas été lancé à notre initiative mais plutôt par des milieux soit opposés à l'Europe soit anti-américains. Nous défendons une position qui consiste à dire: laissons le choix aux gens, n'imposons pas ce passeport. Ceux qui en ont besoin pour se rendre aux Etats-Unis doivent bien sûr pouvoir obtenir ce type de documents.
Maintenant qu'il a abouti, nos efforts vont porter sur la constitution d'un véritable comité unitaire de gauche pour défendre une position autonome de la droite, et plus particulièrement de l'UDC, dans le cadre de la campagne de votation.

Et à moyen terme, quelles seront vos autres priorités?

Nous allons mettre l'accent sur le problème de la vidéosurveillance sur la voie publique, qui prend de plus en plus d'importance. Et nous entendons également lutter contre les atteintes aux droits des jeunes. Il n'y a pas que le problème des moskitos (ces appareils émettant des ultrasons pour disperser les attroupements d'adolescents, ndlr). En Suisse alémanique, il y a par exemple dans certaines villes des couvre-feux qui sont imposés aux moins de 16 ans après 22h. Nous continuons aussi à assister à une restriction du droit de manifester. Pour ce qui est de la construction de notre organisation, nous cherchons à jeter des ponts et à nouer davantage de contacts en Suisse romande et au Tessin. Mais cela suppose des efforts de traduction relativement importants de nos documents de travail.

Combien de membres compte «Grundrechte.ch»?

Environ 800. Nous nous sommes fixés comme objectif de passer le seuil des 1000 cotisants. Ce qui nous permettrait de nous doter d'une petite structure avec un permanent pour gérer l'association. Actuellement, tout est assumé à titre bénévole.
PROPOS RECUEILLIS PAR PBH
Note : 1Sur internet: www.grundrechte.ch (uniquement en allemand).
2«Euro 08 Versus Grundrechte», numéro spécial de la revue alémanique Antidot (www.antidot.ch).



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