FABIO LO VERSO
On va probablement arrêter de discuter de la crise financière aux Etats-Unis comme du sexe des anges. Les candidats à la Maison-Blanche ont refusé jeudi d'apporter leur caution politique à l'injection de 700 milliards de dollars dans le système bancaire étasunien. George W. Bush est aux abois. Avec leur prudence, Barack Obama et de John McCain désignent indirectement la Maison-Blanche comme la courroie de transmission du virus financier, les agents pathogènes ayant proliféré à Wall Street. Le prétendant républicain n'a pour sa part pas rougi en se posant hypocritement en défenseur des Américains contre les puissances de l'argent.
Reste que mettre cette gigantesque crise sur le seul compte d'une poignée de rapaces de Wall Street ne suffit évidemment pas. Les débâcles passées ont régulièrement été suivies de la promesse de juguler le capitalisme financier. Aujourd'hui, de l'autre côté de l'Atlantique, même Nicolas Sarkozy réclame la fin du «laissez-faire». Ces appels pour une nouvelle régulation de la finance calment provisoirement l'angoisse. Mais ils ne serviront à rien tant que les Etats-Unis – épicentre de la finance mondiale – continueront à mélanger mission étatique et capital privé, argent des contribuables et spéculation financière.
Cette néfaste conjonction fournit le carburant de l'économie casino. D'un côté, la Maison-Blanche et le Congrès financent leurs déficits, émettant à la pelle des bons du trésor rachetés à coups de milliards par les banques centrales et les fonds souverains d'Asie et du Moyen-Orient. De l'autre, cet argent prend ensuite le chemin des instituts financiers, qui l'ont utilisé pour fabriquer des «subprimes». Avec la faillite, voici deux jours, du groupe financier Washington Mutual, les Etats-Unis s'offrent un nouvel électrochoc. Première caisse d'épargne américaine, «WaMu» s'était développée durant la bulle immobilière en multipliant ses activités hypothécaires. Les établissements se flinguent les uns après les autres comme à la roulette russe. Les conséquences sont plus durement ressenties par des millions de foyers, qui ont perdu hier leur maison, aujourd'hui leur emploi. Les financiers de Wall Street, eux, ne cessent de s'enrichir. Le village global compte toujours davantage de bidonvilles que de châteaux.
Le choix du 44e président des Etats-Unis dépendra-t-il de sa volonté de mettre la bride au marché tout-puissant? Depuis hier, le thème s'est fait une place centrale dans la succession présidentielle, derrière la couverture santé, l'éducation et la guerre en Irak. La campagne étasunienne pourrait basculer autour du plan pharaonique de George W. Bush. Le titulaire de la Maison-Blanche s'y engage d'autant plus fortement que dans quatre mois il ne sera plus là. Mais il ne dit rien des responsabilités politiques de la débâcle. Elles sont pourtant l'essentiel du problème. Il reviendra au prochain président de les traiter sans démagogie et avec sévérité. Sans cette remise en cause, le «laisser-faire» financier a encore de beaux jours devant lui.