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Seize cordes aux confins de l'Inde du Nord

Paru le Samedi 20 Septembre 2008
   RODERIC MOUNIR    

Culture MUSIQUE Marc Liebeskind s'immerge dans les «ragas» avec une guitare de son cru. Rencontre.

Avec ses airs de mousquetaire et sa guitare toujours à portée de main, il passerait facilement pour le musicos bohème un peu illuminé. Il n'en est rien: Marc Liebeskind sait très bien où il navigue, et cela lui réussit. Passionné de musiques africaine et indienne, ce fin limier de la six-cordes, jazzman érudit qui a étudié aux Etats-Unis avec les meilleurs (John Scofield, John Abercrombie), se partage aujourd'hui entre la formation afro-suisse Taffetas, et un projet indien qui se concrétise ces jours-ci sous la forme d'un CD autoproduit (GendeRevolution). Première d'une série de dates où Marc Libeskind sera rejoint par deux musiciens indiens – Nabankur Bhattacharia au tabla et Sukhdev Mishra au violon –, le concert prévu ce dimanche à l'AMR de Genève fera office de vernissage.
«A la base, je suis un pur produit AMR», lâche Marc Liebeskind avec le sourire. A 52 ans – il en paraît dix de moins –, cet ancien enseignant et musicien au sein de diverses formations de jazz pratique quotidiennement le yoga et la méditation. Sa découverte du Nord de l'Inde, il y a quelques années, après celle de l'Afrique où il a vécu (Sénégal, Mali, Burkina Faso), a radicalement changé sa philosophie. Fini le jazz, ses conservatismes, son appropriation d'un patrimoine (noir américain en l'occurrence) souvent plus près de la lettre que de l'esprit.
«Je ne sais pas s'il faut continuer à jouer du jazz», avoue Marc Liebeskind, qui dit n'avoir jamais su jouer du be-bop correctement, même au bout de vingt ans. Pareil avec le choro brésilien. «Sans une immersion dans l'environnement qui a vu naître une musique, impossible d'en saisir réellement l'essence, encore moins de l'apprivoiser.»

Désapprendre à jouer
La musique indienne, la maîtrise-t-il aujourd'hui? «Cet album, j'y travaille depuis dix ans, je ne l'aurais jamais sorti sans être prêt. J'ai même reçu des compliments des Indiens avec qui j'ai enregistré», glisse Marc Liebeskind avec une pointe de fierté. C'est que cet art requiert une rigueur particulière. Le guitariste a dû désapprendre les techniques héritées du rock et du jazz, pour se reprogrammer selon la tradition d'Inde du Nord. «Un style fascinant, profond et mélodieux, qui laisse beaucoup de place à l'improvisation.» Parmi ses modèles, le Genevois cite des maîtres du sarod et du sitar comme Ali Akbar Khan, Vilayat Khan, Amjad Ali Khan et feu Nikhil Banerjee.
Lui-même joue d'un instrument hybride qu'il a créé, la Sit Guitar. Il l'extrait de son coffre pour nous le montrer: c'est une belle pièce, une guitare acoustique à laquelle il a rajouté deux cordes dites «bourdon» et huit cordes «sympathiques», qui, pincées alternativement, entrent en résonance harmonique.
GendeRevolution a été enregistré entre Bénarès, Calcutta, Marseille et Genève, grâce au studio mobile de Marc Liebeskind, baptisé «Nomad Hip» comme son label (qui édite là sa première référence). Aux côtés des deux musiciens présents demain à Genève, on trouve l'Indien Kishor Misha (tabla) mais aussi un Malien (Andra Kouyaté à la contrebasse africaine) et un Algérien (Amar Toumi aux percussions bendir et riqq) ainsi que Christophe Erard, vieux complice de chez Taffetas, au tambour bougarabou (cousin du djembé).
Entre «ragas» traditionnels et mélodies plus familières aux oreilles occidentales – jazz voire pop/folk – mais sans jamais céder au kitsch, bien au contraire, GendeRevolution invite à un voyage serein et apaisant, emprunt de spiritualité et surtout d'un amour profond de la tradition indienne. Bref, une synthèse réussie des influences glanées sur un parcours sans doute encore riche de métissages.

Note : Marc Liebeskind, "GendeRevolution", CD NHS001.
«Indian Project»: vernissage live dimanche 21 septembre à 18h, AMR, 10 rue des Alpes, Genève.
Avec Taffetas, lundi 22 septembre à Bienne (Place Centrale) pour la journée «En ville sans ma voiture»: à 12h, 16h15 et 18h.
Infos: www.marcliebeskind.com



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