FABIO LO VERSO    

Médias MÉDIAS - Banquiers, fabricants d'armes et maroquiniers deviennent patrons de presse. Le cas français permet de mesurer le désarroi des journalistes.
A qui appartient la liberté de la presse? «De moins en moins à ceux qui la font», assène Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du Monde et directeur de Mediapart, journal en ligne d'information généraliste. En France, la presse écrite tombe peu à peu dans l'escarcelle d'une élite d'industriels. Radios et télévisions représentent les proies les plus juteuses pour ces prédateurs. La prise de contrôle des médias par un petit nombre de mains privées est aussi une réalité en Suisse. A l'approche d'une conférence publique organisée par Le Courrier – sur le thème de «la liberté de la presse et la concentration économique»1–, le cas français peut servir de thermomètre pour mesurer la gravité d'une crise qui est loin d'être circonscrite à la France.
Dans l'Hexagone, banquiers, fabricants d'armes et maroquiniers deviennent patrons de presse. Les médias sont-ils à leur service? «Leurs intrusions dans les choix rédactionnels sont en tout cas régulièrement révélées», rappelle Edwy Plenel. Avec une disposition récurrente à faire plaisir à Nicolas Sarkozy. Qui a exigé et obtenu par exemple le limogeage du patron de Paris Match, Alain Genestar, coupable d'avoir montré Cécilia Sarkozy en «une», en compagnie d'un autre homme que lui. Un cas d'école.


Faits troublants

Le président de la République était encore ministre de l'Intérieur. Pour régler son compte à Genestar, il a suffi d'un appel à l'ami Arnaud Lagardère, marchand d'armes et propriétaire du groupe d'édition HFM (Hachette Filipacchi Médias), dont Match est l'un des titres phares.
Parfois, les choses vont dans l'autre sens. En 2006, Jean-Pierre Elkabbach, ancien directeur d'Europe 1, consulte Nicolas Sarkozy pour remplacer une journaliste politique partie à Canal Plus. Qui embaucher à sa place? C'est le caïd politique qui décide. Les faits troublants se multiplient à mesure que les titres sont rachetés par des hommes d'affaires proches du pouvoir.
Et c'est une véritable razzia. Le banquier Edouard de Rothschild a pris le contrôle de Libération, quotidien maoïste fondé par Jean-Paul Sartre dans les années septante. Le fabricant d'armes Serge Dassault celui du Figaro. Bernard Arnault, propriétaire de soixante marques de luxe, dont Louis Vuitton, a mis la main sur l'influent quotidien économique Les Echos. Sans oublier les mémorables prises effectuées par un des géants du secteur du bâtiment, Martin Bouygues, propriétaire de TF1 et par le financier François Pinault, qui contrôle le prestigieux hebdomadaire Le Point. Autant de bonds en arrière pour la liberté de la presse en France.
En ce sens, les déclarations de Serge Dassault confirment toutes les craintes. Dès sa prise de fonction, le nouveau propriétaire du Figaro déclarait aux rédacteurs: «Je souhaiterais, dans la mesure du possible, que le journal mette plus en valeur nos entreprises.2» I
Note : 1 Mercredi 24 septembre, à 20 heures, au Club 44, rue de la Serre 64, La Chaux-de-Fonds.
2 Tiré de «Médias en crise», par Ignacio Ramonet, Le Monde Diplomatique, Janvier 2005.



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