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Les policiers empêcheront la tenue de tout «botellón»

Paru le Jeudi 21 Août 2008
   JÉRÔME CACHIN    

Vaud LAUSANNE - La municipalité interdit le rassemblement qui doit avoir lieu samedi soir au parc Montbenon. L'initiateur retire son invitation.
L'Exécutif lausannois a fixé hier le cadre de la soirée de samedi: «La municipalité considère que les risques encourus ne permettent pas de prendre une autre décision que l'interdiction d'une telle manifestation, celle-ci étant valable sur tout le territoire de la commune, quel que soit le site retenu.»

Invitation effacée

Dans une lettre adressée hier à Raphaël Lutz, l'homme de 24 ans qui a lancé l'invitation au «botellón» sur internet, l'exécutif a enjoint ce dernier à «tout mettre en oeuvre» pour faire connaître aux participants cette interdiction, «de manière à ce que cette soirée n'ait pas lieu». Hier en milieu de journée, l'initiateur effaçait l'invitation publique qu'il avait enregistrée sur le réseau social Facebook. De plus, il publiait sur internet la lettre reçue.
Après une rencontre avec Raphaël Lutz lundi «qui n'a abouti sur aucune garantie sérieuse quant au dispositif prévu pour maîtriser les risques d'un tel rassemblement», le directeur de la police Marc Vuilleumier a fait avaliser par la municipalité l'interdiction du «botellón» prévu au parc Montbenon.


La gauche applaudit

Dans un communiqué, elle explique qu'elle «refuse de cautionner» ce type de rassemblement destiné à boire de l'alcool sur le domaine public. Marc Vuilleumier a indiqué à l'ATS «que la ville se donnerait les moyens de faire appliquer sa décision». «Un certain nombre de policiers se rendront sur place pour faire respecter la volonté politique, a-t-il déclaré. Le cas échéant, ils agiront de manière proportionnée et intelligente.»
Seuls le Parti socialiste et la coalition A gauche toute! ont pris position sur la question. Lundi soir, le Parti socialiste lausannois avait «invité» l'exécutif, dans lequel il compte trois membres, à interdire le rassemblement. «Le Parti socialiste lausannois ne peut accepter qu'une grande rencontre, dont le seul but est de permettre à des jeunes personnes de s'enivrer, puisse être autorisée par la municipalité.»
Après l'annonce de la décision, c'est le groupe A gauche toute!, formation de Marc Vuilleumier, qui a déclaré hier son soutien: «Il ne s'agit pas de moraliser, ni de diaboliser ces rassemblements et leurs participants, mais de mener une politique active de prévention, notamment en faisant mieux respecter les lois en matière de vente d'alcool aux mineurs.» I



exergue

Qui a peur du bruit des bouteillons?

   JÉRÔME CACHIN    

INTERDIT! - Pour sa rentrée, l'exécutif lausannois ne laisse rien au hasard et fixe l'ordre de ses priorités: d'abord la prévention de l'excès d'alcool, ensuite la liberté de réunion.
La police veillera à ce que tout rassemblement de personnes porteuses de boissons alcoolisées ne puisse pas se dérouler samedi soir à Lausanne, et en particulier au parc de Montbenon, où devait débuter vers 20 h?30 le fameux «botellón». C'est la première décision retentissante de l'exécutif lausannois après le retour des JO de Pékin de quatre de ses membres. L'air de Pékin serait donc vivifiant. A moins que tel ou tel échange de vue avec des officiels chinois sur la gestion des masses populaires ait inspiré nos dirigeants lausannois.
Trêve de plaisanterie car, non, nous ne rêvons pas: la liberté de réunion pèse moins lourd que l'épaisse bonne conscience de la lutte contre les dangers de l'alcool et l'implacable raideur de la tolérance zéro. Il n'est peut-être pas inutile de se souvenir aujourd'hui que nous avons gravé cette liberté fondamentale dans nos Constitutions. Une liberté qui permet aux gens de se retrouver, tantôt sur le domaine public, tantôt dans des lieux privés, pour y faire toutes sortes de choses qui ne seront pas nuisibles au reste de la société.
Les «risques» que projette la municipalité pour justifier sa décision vont, sur le plan pénal, du crachat par terre au viol en passant par la bagarre. Sans parler, bien sûr, des déchets abandonnés et du piétinement du gazon et des plate-bandes florales qui font la fierté des élus lausannois. Bref, l'exécutif fait comme si celui qui avait lancé le rendez-vous sur internet avait décidé de s'approprier le parc de Montbenon pour le soustraire, avec des centaines de complices cyniques, à l'autorité habituelle de la police.
Au lieu de laisser la vie sociale suivre son cours, malgré ce détour inattendu du «botellón», la Municipalité de Lausanne a préféré décréter une forme d'état d'exception. Les Lausannois ne sauraient donc observer par eux-mêmes – en tout cas pas ce week-end – un «botellón» à la mode de chez eux. Ils devront se contenter du cauchemar que l'exécutif leur raconte, hanté par des images venues d'Espagne et de Genève: «Une telle soirée ne peut-être en effet que potentiellement explosive, vu l'état éthylique des participants», écrit la municipalité dans sa lettre à l'initiateur, Raphaël Lutz.
Ce dernier, placé sur une ligne défensive, explique qu'en Espagne, il y a autant de types de «bouteillons» que de régions. Il dit se mordre les doigts d'avoir appelé «botellón» ce rendez-vous. Le but, dit-il, aurait été de réunir «un maximum de personnes», et pas d'appeler à la biture: «le mot «botellón» attirait plus de monde que pic-nic». Bien sûr, sa crédibilité sur ce point ne saurait être intacte, après que la municipalité menace de lui envoyer la facture s'il maintenait l'invitation faite sur le réseau social «Facebook»: «Ils m'ont fait comprendre que tout débordement serait à ma charge», rapporte-t-il des contacts qu'il a eus avec l'exécutif. Mais si, au contraire, Raphaël Lutz avait été pris au mot quand, interlocuteur unique un peu dépassé par les événements, il appelait à la responsabilité individuelle de chacun? Si, comme à Genève, les autorités avaient présumé que les participants feraient ce qu'ils pourraient pour laisser le moins de déchets possibles? Et après tout, l'immense battage médiatique de ces derniers jours n'aurait-il pas eu pour effet d'inciter les participants à faire mentir les plus alarmistes?
L'interdiction prononcée par la municipalité laisse ces questions sans réponses. De même, que se serait-il passé si la municipalité s'était contentée de laisser la police faire son travail comme d'habitude? Comme elle le fait jour et nuit dans une ville truffée de boîtes de nuit et de bars. Comme elle le fait lors des multiples occasions collectives de boire sans soif, que cela soit lors du Festival de la Cité, de la Nuit des musées ou du Comptoir suisse.
Le malheur, pour tous ceux qui voulaient participer à ce «botellón», c'est qu'il coïncide avec la relance de la vieille psychose de la décadence de la jeunesse, où la mode des bitures express ferait rage à un âge de plus en plus bas.
Et dans la sphère politicienne lausannoise, c'est la hantise qui domine la gauche majoritaire. Effrayée de laisser une occasion à la droite de marteler un discours sécuritaire, le Parti socialiste a tiré le premier, lundi soir. Lui qui n'avait plus rédigé de communiqué de presse depuis cinq mois (!), a voulu donner du sens à cette interdiction: «mesure de santé publique». Quand au groupe A gauche tout», pour protéger son municipal de police Marc Vuilleumier de nouvelles attaques politiques, il n'a pas hésité à se contorsionner dans une argumentation anti-consumériste: «Les botellónes sont une illustration caricaturale de la société de consommation», écrit-il pour applaudir à cette décision. Pour oublier tant d'hypocrisies, il ne reste plus qu'à aller vider son porte-feuille dans le prochain bar. I



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