BERNARD PERRIN, LA PAZ    

Solidarité RÉFÉRENDUM - Confirmé par deux tiers des Boliviens, le président appelle au dialogue mais se heurte au refus des sécessionnistes qui conservent leurs départements.
«Evo, parce que tu ne nous as jamais abandonnés, le peuple ne t'abandonnera pas!» L'immense slogan peint sur un mur de La Paz est bel et bien une réalité en Bolivie! Dimanche, le président Evo Morales a en effet obtenu, selon les premières projections (les résultats définitifs ne seront connus que dans quelques jours), plus de 63% de soutien lors du référendum révocatoire, qui remettait en jeu son mandat après deux ans et demi de gestion. Pour la droite conservatrice, la déroute est presque totale, malgré le maintien dans leurs fonctions des préfets autonomistes de la media luna (les départements de Santa Cruz, Pando, Beni et Tarija, en forme de demi-lune à l'est du pays). Le premier président indigène du pays réalise un score très largement supérieur à celui obtenu lors de l'élection présidentielle (53,7% en décembre 2005).
Le résultat est absolument sans appel: dans son ensemble, le peuple de Bolivie a littéralement plébiscité sa politique de changement, décriée par les élites et la presse acquise à la droite, et il demande massivement la poursuite des réformes vers une plus grande justice sociale et une plus équitable répartition des richesses, qui passe notamment par la réforme agraire.


Dans le calme à El Alto

A l'image de toute la Bolivie, El Alto a vécu une journée tranquille dimanche, qui a contrasté avec la tension et la violence des derniers mois. Cette ville d'un million d'habitants, qui domine La Paz à 4000 mètres d'altitude, est un bastion d'Evo Morales mais aussi le chaudron, toujours sous haute pression, des mouvements sociaux.
«A El Alto, chaque quartier a ses martyrs. A Rio Seco par exemple, huit personnes sont mortes en 2003 lors de la chute du gouvernement libéral de Sanchez de Lozada et de la déroute de l'impérialisme», explique Jorge. Ici, lorsqu'il faut défendre des revendications sociales, on dynamite un pont pour bloquer la circulation.
Mais dimanche, aucune mèche n'a été allumée. Les rues interdites au trafic automobile dans toute la Bolivie se sont transformées en cadre de balade dominicale et en marchés ouverts, où fleuraient bon les odeurs de chicharon de pollo. Et à El Alto, en famille, parfois en béquille ou en fauteuil roulant, le peuple d'Evo s'est massivement déplacé dans les collèges de la ville pour voter, dans une atmosphère de détente et de fête.
Dans une des salles de classe du Colegio Villa Tunari, le décompte manuel avançait lentement dimanche en début de soirée. Mais des 350 premiers bulletins dépouillés, 90% étaient en faveur du président. Un taux qui sera finalement celui de l'ensemble d'El Alto!
Présente durant la journée dans six collèges différents, l'observatrice de l'Organisation des Etats américains (OEA) Adoración Quesada Bravo n'a pu que constater de son côté «le déroulement parfait de la journée et l'excellente préparation du scrutin, son fonctionnement transparent, durant le vote mais aussi lors du comptage des voix».


La voie démocratique

Supporter d'Evo Morales, Jorge pouvait donc laisser place à l'allégresse dimanche soir. Mais à El Alto, la victoire est toujours synonyme de nouvelle revendication: «Malgré la victoire de notre président, la guerre de la droite va se poursuivre. La seule solution, c'est donc un changement de politique du gouvernement. Il faut fermer le parlement et instaurer l'état d'urgence. C'est la seule manière de faire passer nos réformes. De toute façon l'opposition ne respecte pas les lois, pas la démocratie, alors pourquoi négocier avec elle?»
Ce n'est pourtant pas la voie choisie par Evo Morales. Devant une marée de drapeaux boliviens et de wiphalas (la bannières des communautés indigènes), le président s'est adressé au pays sans ambiguïté depuis le balcon du palais présidentiel dimanche soir. La révolution continue! Mais elle continuera de s'inscrire dans le cadre démocratique.
Fort du plébiscite populaire, Evo Morales a tout de même repris la main. Dans son agenda, la priorité absolue, c'est désormais l'approbation de la nouvelle Constitution, qui reconnaît enfin des droits essentiels aux communautés indigènes et qui fait de la Bolivie un Etat plurinational, mais dont le texte est rejeté par l'opposition. Dimanche, Evo Morales a toutefois fait un pas significatif envers ses opposants, déclarant vouloir «inclure les autonomies départementales» dans le projet de Charte issu de l'Assemblée constituante.
Une ouverture présidentielle ignorée par le préfet de Santa Cruz, réélu dans son département avec près de 70% des voix. Son discours est en effet resté régionaliste et sans concession: «Ce référendum révocatoire est une victoire de l'autonomie. J'invite le président à oublier sa Constitution, qui mène à l'impasse!» Pas une allusion au triomphe national de son opposant politique. Mais une remarque assassine qui montre que le fossé bolivien reste bien profond: Evo Morales a obtenu moins de 50% de soutien dans les quatre départements de la media luna. «Il n'est donc plus considéré comme président.» I



article

«La société bolivienne transforme l'Etat»

   Propos recueillis par BPN    

Analyste politique à La Paz, Oscar Vega ne se fait pas d'illusion sur la résolution de la crise politique à court terme. Le processus sera de longue haleine.


Tant redouté, le référendum révocatoire s'est déroulé dans le calme...

Oscar Vega: Oui! Largement alimenté par la presse, un climat de peur s'était installé en Bolivie ces derniers mois. Le contraste est donc saisissant: dimanche, les citoyens ont massivement voté dans un climat de sérénité.


La crise bolivienne va-t-elle alors trouver une issue?

Les préfets de la media luna ont aussi gagné, et réalisé des scores supérieurs à ceux de leur précédente élection. On peut donc imaginer que la droite autonomiste continuera son combat. Mais elle est ébranlée tout de même, et désormais sur la défensive: elle ne s'attendait pas à un tel appui au président de la part des Boliviens.


De quelle marge de manoeuvre dispose Evo Morales?

Il a envoyé un message clair. Il assumera le thème de l'autonomie et de la régionalisation dans le cadre de l'approbation de la nouvelle constitution. Le gouvernement devra donc négocier, mais sans modifier son cap. Tout n'est qu'une question de temps.

C'est-à-dire?

Le processus en cours en Bolivie a un caractère pratiquement unique dans l'histoire. Au cours du XXe siècle dans le monde, ce sont les Etats qui ont tenté de changer ou de contrôler la société. Ici, c'est le contraire, c'est une société qui est en train de changer l'Etat, de le transformer. C'est la société bolivienne qui s'ouvre sur elle-même, qui libère les différentes cultures, qui veut les intégrer. C'est imparable. La société demande au gouvernement de suivre un agenda, qui doit sortir à terme la Bolivie de l'extrême pauvreté. Et donner, en plein XXIe siècle, l'accès aux services essentiels, à l'éducation et aux droits de l'homme à une majorité de la population jusque-là oubliée.



Commentaires

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Re: Les Boliviens plébiscitent la révolution d'Evo Morales


par Lecteurs Actif 26 Août 2008 - 15:03
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Bonjour,
Je tiens à réagir à votre article sur le referendum bolivien de ce 10 août. N'étant pas membre de votre site je n'ai pu y poster un commentaire mais je voulais tout de même vous faire part de mon sentiment.
La situation en Bolivie est bien moins angélique que ce qu'il n'est écrit dans cet article. Ce pays est au bord de la guerre civile et risque bien d'y basculer. Bien qu'ayant récolté près de 60% des suffrages, il est détesté par le reste de la population. C'est le premier noeud du problèmes : une partie de la population adore Evo mais l'autre le déteste. Lors des élections présidentielles de 2005, qu'Evo Morales Ayma a remportées avec 53,74% des suffrages avec son parti MAS, j'étais présent en Bolivie dans la ville de Cochabamba (ou j'ai résidé 6 mois), véritable bastion du Mas et base de sa campagne. Le soir de son élection je suis sortit dans la rue afin de participer à la liesse populaire mais je n'y ai vu que quelques manifestations de joies très sporadiques, à mon grand étonnement. Je me suis alors demandé comment se fait-il qu'un président élu si largement ne provoque pas plus de joie, surtout au vu de l'habitude bolivienne. J'ai alors discuter avec beaucoup de boliviens, amis ou simples personnes que je rencontrait. Ils m'ont presque tous répondus, à quelques exceptions près, qu'ils avaient votés pour Evo sans trop y croire car ils ne croyait plus en leur système politique. Après son élection et pendant le début de son mandat énormément de bolivien sont partis du pays afin d'aller s'installer à l'étranger, et parmis ceux-ci une majorité de jeunes actifs (bon nombres de mes amis de l'époques sont aujourd'hui en Espagne, en Argentine, aux Etats-Unis,... Le referendum se passe donc sans une part non négligeable de la population active, part qui aurait sans nul doute manifesté son mécontentement face à la politique menée.
Pour ce qui est de se nouvelle constitution, Evo et son partit se sont retranchés afin de la réaliser et tentent par tout les moyens de la faire adoptée à la majorité simple alors qu'il faut pour cela la majorité de 2/3. Ils brandissent pour cela le drapeau indigène et se targuent d'avoir plus de poids dans les voix de part leurs origines (indiens aymara ou quechua). N'importe quel gouvernement de droite qui ferait cela serait traité de dictature.
Lors de l'élection, j'était persuadé que Evo incarnerait le changement en Bolivie, une gauche commencant à déprivatiser et donnant une voix aux indigènes qui sont délaissés depuis des siècles par les autres gouvernements. Force est de constater que la soif de pouvoir la emportée et que les espoirs de certains se sont envolés.
L'opposition a clairement sa part de responsabilité la dedans, de part sa soif de privatisation et d'autonomie. Des violences sur des parlementaires ont été perpétrées des deux côtés. Voici un autre noeud du problème : l'opposition et le pouvoir se situent à des années lumières l'une de l'autre, dans les deux extrêmes.
Tout les gouverneurs de la demi-lune ont été reconduits par le referendum et surtout le plus actif et le plus virulent, Ruben Costas, gouverneur de Santa Cruz réélu à plus de 70%.
Autre fait : le département de Santa Cruz à voté pour son autonomie à plus de 85% et le président ignore totalement cela également. Je ne suis pas du tout pour l'autonomie du pays mais tout cela montre clairement que le président est loin d'être soutenu par son peuple. Seul deux département (Oruro et La Paz) sont encore derrière le président (que ça soit pour le gouverneur ou le peuple). Dans le département de Chuquisaca, c'est une indigène qui est au pouvoir, celle-ci a battu le candidat du MAS lors d'élections anticipées suite à la démission de l'ancien gouverneur.
De nombreuses zones sont "interdites" au président et à ces disciples, dont la seconde capitale, Sucre, où le président énonce traditionnelement un discours le 6 août, fête de l'indépendance. Le président n'a pas pu s'y rendre et a donc prononcé son discours depuis La Paz, première depuis que La Paz est l
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  • REPÈRES


    Confirmation à l'ouest, progrès à l'est

    > Selon les pointages à la sortie des urnes, 63% des suffrages sont allés à Evo Morales, ce qui représente dix points de mieux qu'en 2005. L'Aymara signe là un nouveau record absolu en Bolivie. La participation a été de 83%.
    > Le président obtient la majorité dans cinq régions: la nordiste et pourtant autonomiste Pando (52% contre 20% en 2005!), la centrale Cochabamba (66%) et les occidentales Potosi (81%), Oruro (79%) et La Paz (77%). Il perd en revanche Chuquisaca (49%), qui l'avait soutenu en 2005 avec 54%. A l'est, il améliore ses scores d'une dizaine de points mais demeure minoritaire: Santa Cruz (40%), Tarija (41%) et Beni (46%).


    Trois préfets révoqués

    > Deux préfets liés à l'opposition – José Luís Paredes, de La Paz et Manfred Reyes Villa, de Cochabamba – perdent nettement leurs mandats, n'ayant reçu le soutien que d'environ 40% de leurs administrés. Le préfet d'Oruro, Alberto Aguilar, devrait aussi être révoqué de justesse, malgré le soutien d'Evo Morales.


    Santa Cruz et Tarija aux «autonomistes»

    > Cinq préfets sont confirmés: le pro-Morales Mario Virreira, Potosí (76%), et les opposants Rubén Costas, Santa Cruz (67%), Mario Cossío, Tarija (64%), Ernesto Suárez, Beni (61%) et Leopoldo Fernández, Pando (56%). Ils rejoignent Savina Cuéllar, élue en juin à Chuquisaca.
  • PRECISION PARUE LE 14 AOUT

    Morales cartonne et sauve son préfet d'Oruro


    Les urnes boliviennes donnent tort aux sondeurs: le préfet du département d'Oruro, Alberto Aguilar, donné perdant au soir des référendums révocatoires de dimanche1, est sur le point d'être confirmé à son poste. L'élu du Mouvement vers le socialisme (MAS) obtient en effet 50,7% des voix, après dépouillement de 99,1% des tables électorales. Sauvé de justesse, M.Aguilar fait toutefois 31 points de moins que son leader Evo Morales dans cette province minière de l'ouest!
    Sur l'ensemble du pays, alors qu'il reste encore 5% de tables à dépouiller, le président bolivien est crédité de 67,6% des voix. Le leader indigène obtient la majorité dans six départements sur neuf, et non cinq, comme affirmé dans un premier temps, puisque 53,9% des citoyens de Chuquisaca lui ont finalement apporté leur suffrage. Seuls le corps électoral de Tarija (49,8%), Santa Cruz (39,4%) et Beni (42,3%) a refusé à M.Morales la poursuite de son mandat de quatre ans débuté en janvier 2006. BPZ








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