SIMON PETITE
La situation est pour le moins paradoxale. Alors que l'Organisation mondiale du commerce (OMC) vient de connaître une nouvelle déconvenue, Micheline Calmy-Rey était hier à Genève pour signer l'accord portant sur la rénovation du siège de l'OMC. La Confédération déboursera 70 millions de francs pour conserver au bout du lac une organisation internationale à l'avenir incertain mais qui est d'ores et déjà assurée de bénéficier de locaux flambant neufs à l'horizon 2012...
Voilà qui mettra un peu de baume au coeur de Pascal Lamy, lequel avait menacé de déménager sous d'autres cieux. Car, pour le reste, le directeur de l'OMC est plongé dans un océan de perplexité. Neuf jours d'intenses tractations n'auront pas réussi à réanimer le cycle de Doha. Et, cette semaine, les limites de l'organisation sont apparues au grand jour: manque de transparence, dénis démocratiques... A tel point que les médias du monde entier s'interrogent sur le futur de la gardienne des règles commerciales.
Mais rares sont les voix à réclamer une retraite anticipée des fonctionnaires de la rue de Lausanne. Encore responsable de tous les maux planétaires il y a quelques années, l'OMC – écartelée entre les intérêts contradictoires de ses Etats membres – a perdu de son pouvoir de répulsion. Au coeur de l'été, pas une seule manifestation de rue n'est venue troubler les ministres et les diplomates. L'essoufflement du mouvement altermondialiste n'y est pas étranger. Mais il y a autre chose.
L'image de l'OMC a changé. L'institution est perçue comme un moindre mal. Une impression renforcée par la course aux accords bilatéraux de libre-échange. Etats-Unis, Union européenne, Suisse... les puissances économiques en ont fait leur instrument privilégié pour trouver des débouchés, et ces arrangements entre quatre yeux sont souvent bien plus défavorables aux pays du Sud que les accords conclus à Genève.
De là à penser que l'OMC est devenue totalement inoffensive, il n'y a qu'un pas. Pour rassurer les paysans, les négociateurs suisses faisaient valoir qu'un accord ne produirait pas d'effets avant des lustres. Même Le Monde diplomatique se demande si l'OMC est «un instrument pour une mondialisation maîtrisée1». Encore un peu et Pascal Lamy sera invité au prochain Forum social mondial.
A Genève, c'est aussi la lune de miel. Les camarades de Micheline Calmy-Rey, qui avaient l'habitude de scander des slogans anti-OMC, ne trouvent rien à redire à l'agrandissement de l'organisation honnie. Seule l'extrême gauche menace de lancer un référendum. Nullement en raison de la nocivité de l'organisation mais parce que le projet menacerait un peu de pelouse et quelques arbres.
Note : [1]Novembre 2007.