DRS PASCAL BÜCHLER ET JEAN-PAUL ECKLIN*
Comme la rougeole en 1987 puis l'hépatite B en 1997, une nouvelle menace sanitaire émerge subitement par le simple fait qu'un vaccin est lancé sur le marché. Le dernier-né dit abusivement «contre» le cancer du col de l'utérus n'échappe pas à la règle. La stratégie des promoteurs se répète en trois actes: la maladie est surestimée en fréquence et en gravité, l'efficacité du vaccin exagérée et ses effets secondaires sous-estimés. Voici donc quelques réflexions médicales nuancées, critiques et indépendantes1, destinées à aider les parents des jeunes filles dans le choix qui les attend.
Des données tendancieuses
Le cancer du col de l'utérus est-il une nouvelle maladie? Non. Est-il réellement le deuxième cancer en fréquence? Non, c'est un mensonge par omission car il s'agit-là d'une fréquence mondiale (80% des cas dans les pays en voie de développement). En Suisse, il est au 15e rang des cancers de la femme. De plus, sa fréquence a fortement diminué ces dix dernières années, grâce à une amélioration des programmes de dépistage.
Alors pourquoi ce battage médiatique? En réalité, le responsable se nomme Gardasil(r), un nouveau vaccin préventif prétentieusement dit «contre» le cancer du col de l'utérus. Il n'est pas dirigé directement contre le cancer, mais contre certains papilloma virus (en anglais human papilloma virus ou HPV) qu'on dit associés ou induisant ce cancer. D'ailleurs la publicité parle prudemment d'un vaccin «pouvant prévenir» le cancer du col de l'utérus. Dans 30% des cas de cancer du col de l'utérus, on trouve un autre type de virus que ceux contenus dans le vaccin.
Une femme sur deux aura dans sa vie contact avec un tel virus. Dans plus de 90% des cas, il y a une élimination spontanée de ce virus dans les deux ans. Pour les 10% qui persistent, les guérisons spontanées sont encore nombreuses et seule une infime minorité peut se transformer, après plusieurs décennies, en cancer. Les contrôles gynécologiques réguliers sont précisément destinés à surveiller et à traiter avec succès ces différents stades. Ils demeurent indispensables malgré le vaccin.
La vaccination à grande échelle diminuera probablement la fréquence des souches vaccinales de ce virus, laissant ainsi la place à d'autres souches, qui pourraient aussi à l'avenir s'associer au cancer. Et si, finalement, le virus était au cancer du col de l'utérus ce que le pompier est à l'incendie: une conséquence et non la cause?
Le mythe de l'efficacité vaccinale
Les études qui ont amené à proposer cette vaccination frappent par le recul insuffisant. Elles ont duré entre deux et quatre ans, alors que l'évolution vers un éventuel cancer est de dix à vingt ans. Aucun cas de cancer tant chez les personnes vaccinées que celles non vaccinées. De plus, la durée de l'immunité conférée par le vaccin est inconnue. Faudra-t-il revacciner jusqu'à 90 ans? Ces coûts additionnels sont-ils pris en comptes dans les études coûts/bénéfices? D'ailleurs qui les finance?
Nous ne savons absolument rien des effets secondaires à long terme de ce nouveau vaccin, encore moins du cumul avec d'autres. Les études cliniques n'ont pas permis de détecter un effet indésirable dont l'incidence serait inférieure à 1 sur 40002. L'hypothèse que l'on découvre demain un effet secondaire gravissime sur 5000 personnes vaccinées n'est pas exclue. Aux Etats-Unis, plus de 6000 cas ont été déclarés dont 13 décès3. Ces chiffres doivent être corrigés sachant que seul 1 cas sur 10, voire 1 cas sur 100 est déclaré.
Un des effets pervers du message tend à dire aux adolescentes «vous êtes vaccinées donc protégées». Il va à l'encontre de toute la prévention mise en place depuis peu envers les maladies sexuellement transmissibles.
Des coûts exorbitants
Pour une immunisation complète de durée incertaine, il faut trois unités de ce vaccin: coût: 700 francs, sans parler des futurs rappels. Quelles autres actions de médecine préventive pâtiront des sommes éhontées investies dans cette entreprise aléatoire? Le cancer du col de l'utérus est un drame pour qui en est atteint, mais ce n'est pas une urgence sanitaire chez les jeunes Suissesses.
Les médecins praticiens que nous sommes se préoccupent de fournir aux patients une information nuancée, critique et indépendante, indispensable à un choix éclairé. L'utilité d'un vaccin doit être remise en cause au même titre qu'un médicament ou que tout autre acte thérapeutique. Concernant le vaccin pouvant prévenir le cancer du col de l'utérus, il nous semble urgent d'attendre.
Note : * Membres du Groupe médical de réflexion sur les vaccins.
1 Groupe médical de réflexion sur les vaccins : www.infovaccins.ch.
2 Comité technique de vaccinations (CTV): www.sante.gouv.fr/htm/dossiers/cshpf/a_mt_090307_papillomavirus.pdf
3 VAERS: http://vaers.hhs.gov/