RACHAD ARMANIOS
SOCIÉTÉ - Totem propose aux homosexuels (toutes orientations affectives confondues) un espace de réunion inédit pour ce public fragile.
Pour répondre au mal-être des jeunes LGBT (lesbiens, gays, bisexuels, transgenres), Totem, un espace de réunion inédit, a été créé à Genève. Il est né dans la foulée de la Fédération genevoise des associations LGBT, constituée il y a près de deux mois. En décidant d'unir leurs forces tout en gardant leur autonomie, les associations homosexuelles[1] du canton ont pointé plusieurs priorités. Parmi elles, la lutte contre l'homophobie –dont la Journée internationale est fixée au 17 mai– et le dialogue avec les jeunes. Symboliquement nommé Totem, le nouvel espace dédié aux 16-25 ans a démarré ses activités il y a deux semaines dans le but d'offrir un lieu de ralliement[2] aux jeunes homosexuels. Mixte, il compte, à l'instar de la nouvelle fédération, transcender les différentes chapelles LGBT. Lieu de partage, d'écoute et d'accompagnement, il répond à une nécessité, puisqu'aucun espace spécifique à ce public n'existe, explique Julien Abegglen, l'un de ses animateurs.
Pourtant, découvrir et assumer son homosexualité au printemps de sa vie n'est pas une sinécure: «La difficulté majeure à cet âge est l'acceptation de soi et de son orientation affective dans un environnement social encore très discriminant», explique M.Abegglen. En termes plus triviaux, «même à Genève, un adolescent qui embrasse son copain se fait jeter des pierres», s'indigne l'animateur, qui relève le fort taux de suicides chez les jeunes homosexuel-le-s.
En Suisse, précise l'association Stop suicide, un quart d'entre eux déclarent avoir déjà tenté de mettre fin à leurs jours, contre 3,4% à 3,9% des jeunes femmes et 1,6% à 2,6% des jeunes hommes dans la population globale. Ces statistiques sont tirées de l'étude Swiss Multicenter Adolescent Survey on Health, la seule à fournir ces données et dont la dernière version date déjà de 2002.
Totem n'a pourtant pas une vocation thérapeutique, même si les animateurs ont certaines compétences psychosociales. Mais réunir des jeunes dans une ambiance participative est en soi une façon de répondre à leur mal-être, estime M.Abegglen. Des soirées «flexibles» sont proposées, chacun étant libre d'organiser qui la projection d'un film, qui une discussion thématique. Régulièrement, un sujet «sérieux» ou militant sera mis en avant.
Alors que le bénévolat et le militantisme s'essoufflent, la nouvelle Fédération des associations LGBT se réjouit d'accueillir cette timide relève. Totem compte un noyau dur de cinq animateurs et a attiré une quinzaine de jeunes lors de sa première réunion il y a deux semaines. I
Note : [1]La Fédération regroupe Lestime, Dialogai, 360 et Think Out. Lire notre édition du 4 avril.
[2]Tous les deuxièmes et quatrièmes jeudis du mois (donc ce soir) à la Maison verte, place des Grottes 5, de 18h à 21h30.