OLIVIER CHAVAZ
Le centre gauche de Walter Veltroni a échoué dans sa tentative de folle remontée entamée il y a deux mois, alors qu'il accusait encore dix points de retard sur la droite. Dans la foulée, la gauche radicale s'est littéralement écroulée au point d'être menacée de disparition du paysage institutionnel national. Comme pressenti, une nette majorité d'électeurs italiens s'est donc prononcée hier pour le retour de Silvio Berlusconi aux affaires – il dirigera le pays pour la troisième fois après sa courte expérience en 1994-1995 et un mandat entier entre 2001 et 2006. Dans le futur gouvernement, les racistes de la Ligue du Nord, auteurs d'une poussé spectaculaire, pèseront de tout leur poids sur les décisions. L'ensemble de ces données constitue sans doute le pire des scénarios pour l'Italie.
Vu de l'étranger, ce choix paraît incompréhensible. Berlusconi est un homme du passé. Ses deux passages au pouvoir n'ont strictement rien apporté au pays. Au contraire, ils ont contribué à l'enfoncer un peu plus dans la crise économique et à le discréditer sur la scène internationale à force de pitreries et d'inepties. Lors de cette campagne électorale, le milliardaire est apparu usé aux yeux de nombreux observateurs. Une preuve parmi d'autres: le refus du patronat de prendre position en sa faveur. Cette fois, pas de promesses mirobolantes. Ses plus sérieux engagements – tailler dans les dépenses publiques pour baisser les impôts – étaient, ironie du sort, pour l'essentiel les mêmes que son adversaire Veltroni. Il Cavaliere s'est contenté d'asséner son slogan éculé: «Italie, relève-toi!» Mais le magnat de la presse exerce encore une certaine fascination sur ses compatriotes, paradoxalement de plus en plus las du spectacle déplorable offert par la classe politique. La participation est d'ailleurs en recul de 3,5 points par rapport à 2006.
Le constat est unanime: l'Italie est exsangue. Une famille sur cinq est contrainte de vivre avec moins de 1200 euros mensuels alors que les prix n'ont cessé d'augmenter ces dernières années. Les jeunes diplômés galérent de stages non rémunérés en emplois sous-payés. Face à cela, l'Etat est absent ou presque. La plupart des services publics dysfonctionnent. Le pays ne consacre que 10% de son PIB au social, un triste record en Europe. Pour couronner le tout, le fossé entre le Nord et les régions méridionales se creuse davantage année après année. La crise des déchets napolitains, très loin d'être résolue malgré le silence médiatique, est là pour nous le rappeler.
La politique italienne est aujourd'hui en voie d'«américanisation». Cette évolution est délibérée. La droite et le centre-gauche ont conjointement décidé d'en finir avec les coalitions hétéroclites, sources de fragilité. Mais aucun des deux pôles n'a de véritable projet.
A quoi bon dès lors se contenter d'un bipartisme qui n'est qu'une concentration du pouvoir? S'il suit logiquement le mouvement général observé en Europe, l'effondrement de la coalition d'extrême gauche est une très mauvaise nouvelle pour les Transalpins et les millions de travailleurs immigrés. Peut-être même plus grave que le come-back d'un septuagénaire sur le déclin.