ISABELLE STUCKI    

Neuchâtel CIVISME - Pugnace, la gauche a obtenu le droit d'éligibilité à l'échelle communale pour les migrantes et migrants. Qui le lui rendent bien.
C'est un événement pour Neuchâtel, un canton pionnier en matière de politique migratoire et d'intégration des étrangers. A la fin de ce mois, la population se rendra aux urnes afin de renouveler les autorités communales. Pour la première fois, les étrangers bénéficiant d'un permis C seront dans la course!
A l'issue d'une histoire tourmentée, le droit d'éligibilité des migrants sur le plan communal est acquis depuis 2007 seulement. Pour ce faire, il aura fallu que tous les partis de gauche s'allient aux milieux associatifs et syndicaux. Même si, en terres neuchâteloises, le droit de vote des étrangers date du XIXème siècle...
Depuis 1849, l'année qui a suivi l'avènement de la République, les étrangers ont en effet le droit de voter sur tout objet d'ordre communal. Pour que cette possibilité soit élargie à l'échelle cantonale, une motion a été déposée sur la table du Grand Conseil en 1970. Soutenue par le constitutionnaliste Jean-François Aubert, alors député libéral, tout comme par le socialiste Pierre Aubert, la motion trouvera un écho favorable auprès du Parlement.
C'était sans compter les pressions de l'extrême droite dans un climat tendu par la première initiative Schwarzenbach. La motion n'ayant alors pas abouti, le droit de vote des étrangers en matière cantonale sera discrètement glissé dans la Constitution, révisée en 2000.


«Pas de démocratie au rabais»

Quant au droit d'éligibilité des étrangers aux législatifs des communes, il avait été approuvé douze ans plus tôt par le Grand Conseil. Avant d'être combattu par le référendum de la droite dure représentée par l'Action nationale: en 1990, le souverain repoussera l'objet. Et il faudra attendre 2003 pour que les défenseurs de l'immigration reprennent leur bâton de pèlerin.
Intitulée «Pas de démocratie au rabais», l'initiative constitutionnelle populaire pour le droit d'éligibilité des immigrés et immigrées est alors lancée. Elle demande tant une éligibilité communale que cantonale et obtient sans peine le nombre de signatures requises.
En janvier 2007, l'initiative est présentée au Grand Conseil, en même temps qu'un contre-projet élaboré par le Conseil d'Etat. Ce dernier, propose que le droit d'éligibilité des étrangers soit introduit sur le plan communal exclusivement. Le Grand Conseil approuve le projet de loi du Gouvernement et décide de soumettre l'initiative au vote populaire.


La droite dure mise au tapis

Cette fois, c'est l'UDC et le Parti libéral qui lancent un référendum contre la loi. Cette dernière sera également soumise à l'approbation de la population. L'initiative «Pas de démocratie au rabais» sera refusée. Par contre, la loi sur l'éligibilité des étrangers en matière communale sera acceptée: un succès qui mettra la droite dure en échec, tant et si bien que les étrangères et étrangers vivant dans le canton recevront le droit d'éligibilité sur le plan communal en août 2007.
L'échiquier politique des élections communales à venir compte ainsi un nombre intéressant de candidates et de candidats étrangers. Dans les trois villes, aucun d'entre eux ne vise une place à l'exécutif. Par contre, ils sont 9 sur 110 à briguer un siège au législatif de La Chaux-de-Fonds.
Au Locle, parmi les 69 candidats, on compte 5 étrangers, tandis qu'à Neuchâtel, un 15% des candidats sont titulaires d'un permis C. Le choix de ces derniers s'est avantageusement porté vers les listes des partis qui les ont défendus. A savoir, vers la gauche. I



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«L'éligibilité des migrants, c'est de l'oxygène pour la démocratie»

   PROPOS RECUEILLIS PAR ISI    

VOTATION - Fondé en 1990, le Service du délégué aux étrangers (SDE) veille à la bonne intégration des migrantes et migrants du canton.
Délégué cantonal aux étrangers, Thomas Facchinetti se réjouit que les migrantes et migrants du canton de Neuchâtel soient enfin sur les listes électorale communales. A ses yeux, cette nouveauté représente un ballon d'air frais pour la démocratie. Entretien.

Que représente pour le canton l'inscription d'étrangers sur les listes des élections communales?
Thomas Facchinetti: Neuchâtel s'apprête à vivre un moment historique. Car la possibilité pour les étrangers d'être élus dans les législatifs et exécutifs communaux est un beau gain démocratique. De plus, il est cohérent que le droit de vote soit enfin assorti de celui d'éligibilité.


Il semble que les étrangers utilisent peu leur droit de vote. Comment les encouragez-vous à se rendre aux urnes et à se mettre en liste?
A Neuchâtel, et en Suisse comme dans la plupart des pays européens, le taux de participation des étrangers aux votations augmente proportionnellement selon l'importance de leurs droits civiques. Autrement dit, plus les droits sont limités, moins l'intérêt est grand de les utiliser. Quand les étrangers ont pu se prononcer sur des objets cantonaux, nous avons observé une extension de leur participation. Par ailleurs, le fait que des étrangers puissent être en liste aura probablement un effet attractif et mobilisateur.
A Neuchâtel, nous pensons qu'il est extrêmement important que les communautés étrangères participent à la vie économique, sociale, culturelle et politique de leur canton. Nous organisons des cours de connaissance civique qui permettent aux nouveaux venus de se familiariser avec les institutions suisses et neuchâteloises.
Dans les trois villes, avant les élections communales, nous proposons des séances d'information pour les responsables d'associations qui relaieront auprès des leurs les savoirs acquis sur les possibilités de cumul, de panachages et autres aspects techniques des votations.


Dans les villes, aucun étranger n'est candidat à l'exécutif...
Dans les villes, les politiques sont professionnels. Les enjeux sont donc grands. Certains migrants sont par contre candidats à l'exécutif de plus petites communes. D'autre part, il s'agit d'une première. Laissons le temps faire...


Certains partis utilisent-ils des candidats migrants pour redorer leur blason?
Difficile de juger! J'espère que ce n'est pas le cas. Quoiqu'il en soit, les personnes qui votent discernent fort bien les candidats alibis. Je pense plutôt que les partis peinant à trouver des candidats profitent de recruter dans le bassin électoral qui est élargi. Mais surtout, les partis politiques ont compris que l'électorat étranger est pluraliste: on aurait tort de se couper de cette partie de la population.


Quels changements attendez-vous en cas d'élection de migrantes et de migrants?
Le changement le plus important réside dans la meilleure représentation d'une partie de la population. Certaines sensibilités pourront être mieux exprimées. Ce qui est sain pour la démocratie. Même si, dans les partis politiques, on trouve déjà beaucoup de descendants d'immigrés.


A quand le droit d'éligibilité à l'échelle cantonale?
Comme les étrangers bénéficient du droit de vote au niveau cantonal, il serait logique qu'ils puissent être élus dans des instances cantonales. Il faudra attendre encore quelque temps, car le gouvernement privilégie la prudence politique. PROPOS RECUEILLIS PAR ISI



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