Accueil » Suisse » Editorial

Oups, l'UBS a encore perdu des milliards

Paru le Mercredi 02 Avril 2008
   PHILIPPE BACH    

Suisse Quels farceurs, ces banquiers. Le staff de l'UBS a choisi le 1er avril pour annoncer une nouvelle perte sur le marché des subprimes. Après les 21 milliards de francs dont la perte avait été annoncée fin janvier, le bouclement trimestriel a mis en évidence hier la nécessité de nouveaux amortissements pour un montant de 19 milliards de francs. La perte nette – une fois déduit les bénéfices réalisés sur les autres marchés – est de 12 milliards de francs. En tout, ce sont près de 40 milliards qui se sont volatilisés pour cause d'aventurisme spéculatif. On s'approche doucement d'un montant équivalent à celui du budget de la Confédération! Et ce n'est sans doute pas fini, puisque ce secteur n'est pas encore purgé. L'UBS a donc annoncé hier une nouvelle recapitalisation. En février, elle avait levé 13 milliards de francs auprès d'un fonds singapourien et d'un investisseur anonyme du Moyen-Orient. Là, la somme visée est de 15 milliards de francs. Et le patron de l'UBS, Marcel Ospel, qui «faisait partie de la solution» pour sortir son établissement de l'ornière, a choisi «de ne pas se représenter». Ce qui en dit long sur l'arrogance de ce leader économique élu trois fois de suite meilleur manager de l'année. Les millions qu'il a engrangés – 26 en 2006 – et planqués dans un paradis fiscal schwitzois lui permettront sans doute de voir venir. Une banque fonctionne sur la confiance. Celle-ci s'érodait à la vitesse grand V. L'action UBS a perdu 83% de sa valeur en une année. Une décision s'imposait. Ironie de l'histoire, son successeur a été l'avocat de Swissair. Voilà qui rappellera de bons souvenirs aux contribuables appelés à la rescousse de la compagnie nationale vendue ensuite à Lufthansa. La stratégie choisie pour solder cette affaire laisse également songeur. Il est en effet prévu de verser ces actifs pourris dans une spin-off. Une société détenue par l'UBS mais qui pourra ensuite être vendue. Voilà qui fait furieusement songer – toutes proportions gardées – à la méthode choisie en son temps pour sauver la Banque cantonale de Genève (BCGe) avec plus de 5 milliards de francs d'actifs à risques versés dans une fondation de valorisation. On retrouve d'ailleurs le même défaut de surveillance de la part de la Commission fédérale des banques qui n'avait rien vu venir. Celle-ci est d'ailleurs présidée par un ancien de l'UBS, comme l'a opportunément rappelé hier un communiqué du Parti socialiste suisse. Pour la BCGe, la facture pour le contribuable genevois sera de quelque 2,3 à 2,5 milliards de francs. Comme pour Swissair, on nous dit que l'UBS ne coûtera rien. Voir. Ce sont déjà 1 milliard de francs qui feront défaut aux caisses fédérales en tant que manque à gagner au niveau fiscal pour 2008. Et surtout, s'il est une constante c'est bien de reporter les pertes sur l'Etat. Quid de la prise en charge sociale des personnes qui paieront les pots cassés et dont l'emploi sera supprimé ou les 130 000 petites et moyennes entreprises clientes de la banque et qui risquent de faire le frais des impératifs d'économie résultant de cette crise?



Commentaires

Oups, l'UBS a encore perdu des milliards | S'identifier ou créer un nouveau compte | 0 Commentaires
Les commentaires appartiennent à leur auteur.
Ils ne représentent pas forcément les opinions du Courrier.

Pour des médias indépendants...

En faisant un don pour cet article, vous participez au maintien de notre indépendance.
Le Courrier n'a pas de capital, mais il a une richesse, ses lecteurs.
Si vous souhaitez faire un don en Euro, vous pouvez vous rendre sur notre page Dons.











Creative Commons License

Ces articles sont mis à disposition sous un contrat Creative Commons.

   lecourrier   lecourrier lecourrier
» Abonnez-vous!
» Le coin des abonnés
» Nouvelles du Courrier
» Présentation
» L'équipe
» Historique
» Charte
» Statuts NAC
» Membres
» Ass. lecteurs
» Architrave
» L'agenda
» Contacts
» Partenaires
» Tarifs annonces
;