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Clarifications parlementaires autour du Taser

Paru le Mercredi 19 Mars 2008
   FABIO LO VERSO    

Suisse A l'approche des fêtes de Pâques, le parlement s'est bricolé un panier garni sécuritaire pour expulser les étrangers récalcitrants. Le pistolet à électrochocs, le fameux Taser, a été ajouté au lot au terme d'un bras de fer peu commun entre les deux Chambres. Conçue dans les officines de Christoph Blocher, la Loi sur l'usage de la contrainte précise les moyens coercitifs à disposition de la police lors de renvois. Longtemps, les parlementaires ont été divisés sur leur utilité. Leur scepticisme a tour à tour écarté l'usage de baillons et de casques intégraux – pouvant entraver la respiration – et de médicaments pour calmer les refoulés. Mais avec ses 175 grammes de plastique et d'électronique, le pistolet aux faux airs de joujou a résisté à la moulinette du bon sens. En consultation, l'arme avait pourtant suscité une levée de boucliers. La conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf achève ainsi l'oeuvre de son prédécesseur. Sa promesse d'éclaircir les risques mortels du Taser, lors de l'élaboration de l'ordonnance d'application, a fait mouche. Des opposants de la première heure sont dès lors revenus sur leurs positions. Oubliées les dizaines de morts répertoriées par Amnesty International. Effacée la mise en garde du Comité spécialisé de l'ONU, pour qui le Taser constitue une «forme de torture». Ce revirement est consternant. De peur de faire capoter l'ensemble d'une loi discutable, le parlement adopte une arme défiant le principe même de précaution. Gratifiée de la plus forte hausse à l'indice Nasdaq, la firme Taser International peut enfin accrocher l'Etat suisse dans son tableau de chasse, après avoir équipé plus de 65 polices dans le monde. Le refus de son pistolet symbolisait un rempart contre tout ce qui favorise unilatéralement la répression dure contre la prévention et les méthodes douces. Son rejet aurait signifié un préalable à des choix réfléchis en matière de sécurité. Son adoption refroidit ces frêles espoirs. Mais on peut lui reconnaître un mérite: elle clarifie la doctrine sécuritaire du parlement et met définitivement un terme à l'illusion du changement suscitée par l'éviction de M. Blocher. Après l'admission du Taser, la question reste ouverte sur les limites de son usage. Les dérapages se multiplient à son contact, dénoncent les associations de défense des droits humains. Une vidéo qui a fait le tour d'internet l'an dernier montre un cas édifiant. On y voit le service de sécurité de l'université de Floride utiliser un pistolet à décharge électrique (de marque Taser?) pour maîtriser un étudiant lors d'un forum organisé par le sénateur étasunien John Kerry. Le jeune universitaire, 20 ans, avait eu le tort de dépasser son temps de parole et de continuer à poser des questions à l'ancien candidat à la présidence des Etats-Unis. Les agents ont tenté d'expulser de la salle l'étudiant «récalcitrant», avant de le plaquer au sol et de lui infliger une décharge électrique. Aux élus suisses d'anticiper ce que présage l'exemple étasunien. Seront-ils à la hauteur?



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