MICHEL SCHWERI
DROIT - Depuis le 1er janvier, la loi contre le travail au noir est en force. Les autorités conseillent fortement à tous les employeurs et employés de régulariser les rapports de travail car ignorer ces dispositions peut coûter cher. De leur côté, les syndicats refusent l'amalgame entre salariés non déclarés et travailleurs sans-papiers.
Travailleurs et patrons au noir, attention! La nouvelle loi réprimant l'emploi non déclaré est en vigueur depuis le 1er janvier. Elle prévoit des contrôles plus fréquents sur les lieux de travail et des peines alourdies en cas d'infraction aux obligations légales. Elle organise surtout la mise en commun des informations et des indices de travail au noir recueillis par les différentes administrations qui interviennent dans toutes les phases des relations professionnelles.
Auparavant, les fichiers étaient cloisonnés afin de préserver la sphère privée des individus et des entreprises. Avec la nouvelle philosophie de communication insufflée par la loi sur travail au noir, «passer entre les gouttes» deviendra plus difficile. Et puisque nul n'est censé ignorer la loi, l'Office cantonal de l'inspection et des relations du travail (OCIRT) vient de tenir trois séances d'information publiques à Genève devant plus de 300 personnes.
D'emblée, Alain de Felice, coordinateur opérationnel pour la mise en oeuvre de la loi sur le travail au noir pour le canton, admet que la définition juridique du phénomène est malaisée et ne figure pas dans le texte légal. Il s'agit toutefois de toutes formes d'activité exercée en violation des lois: emplois sans permis de travail, gains non déclarés fiscalement (impôt source ou TVA) et/ou aux assurances sociales, travail non annoncé des bénéficiaires de prestations d'assurances ou encore activité salariée effectuée sous un label usurpé d'indépendant.
Pertes importantes
M. de Felice précise encore que la violation des usages professionnels ou des conventions collectives ne range pas l'emploi litigieux dans la catégorie «au noir». Enfin, le travail «au gris», sans permis mais cotisant aux assurances sociales, est aussi illégal, même si les sanctions infligées sont alors moins sévères.
De leur côté, les syndicats refusent l'amalgame entre travail au noir et travailleurs sans-papier déclarés aux assurances sociales et au fisc. S'appuyant sur l'article 12 de la nouvelle loi, Hervé Pichelin, président de la Communauté genevoise d'action syndicale, affirme que le travail au noir est constitué du cumul de ces deux infractions. «Nous sommes toujours opposés à l'emploi non déclaré, mais la nouvelle loi ne doit pas mener à pourchasser les sans-papier qui paient leur dû.» Et à Genève, le monde politique s'est heureusement distancé d'une utilisation de la loi sur le travail au noir à l'encontre des travailleurs sans statut légal, se réjouit Hervé Pichelin.
Simplification bienvenue
Pour lutter contre ce fléau, une campagne d'information nationale de deux ans a débuté en direction des travailleurs, des entreprises et des «patrons qui s'ignorent». En effet, les obligations légales naissent dès la première heure de travail, rappelle le coordinateur de l'OCIRT. Recourir à des baby-sitter, des jeunes pour tondre la pelouse ou des personnes pour passer l'aspirateur relève déjà de la législation sur le travail. Avant tout engagement de ce genre, le fonctionnaire conseille de prendre contact avec son office pour connaître précisément les droits et devoirs des deux parties face au séjour des étrangers et au contrat de travail, même si ce dernier n'est pas formellement écrit.
Afin de faciliter la vie de ces patrons occasionnels, la loi sur le travail au noir institue une procédure simplifiée d'enregistrement aux assurances sociales. Pour des salaires individuels inférieurs à 19 890 francs et une masse salariale totale ne dépassant pas 53 040 francs, les employeurs disposent d'un «guichet unique» auprès de la caisse de compensation AVS. Une seule démarche est alors effectuée. Dans l'économie domestique, le système «chèque-service» remplit une fonction similaire, explique Alain de Felice.
Répression accrue
En cas de manquement à cette annonce, l'OCIRT dispose désormais de prérogatives d'investigation élargies sur les lieux de travail pour accéder à la comptabilité et aux divers documents, les copier, contrôler les identités et les permis de séjour. En cas de besoin, les inspecteurs peuvent requérir l'aide de la police. L'obligation de collaborer lors des contrôles est ainsi renforcée sous peine de contraventions. Ensuite, l'OCIRT diffuse les informations recueillies dans les différentes administrations concernées, lesquelles pourront prononcer des peines alourdies ou poursuivre pénalement des contrevenants, ajoute M. de Felice.
Des amendes et des jours-amendes figurent désormais dans l'arsenal de la lutte contre les patrons au noir. Le paiement des rétroactifs aux assurances sociales et aux impôts, parfois majorés, seront en outre exigés. L'exclusion des entreprises fautives des marchés publics et des subventions pourra encore alourdir les sanctions. Et, cerise sur le gâteau, le temps passé à instruire un délit sera facturé à 150 francs de l'heure.
De leur côté, les employés sans statut légal pourront craindre un refoulement hors de Suisse après examen du cas par l'Office cantonal de la population si la loi est strictement appliquée. Seul baume au coeur, ils pourront donner mandat à un syndicat pour représenter leurs intérêts dans des procédures en constatation de droit. Le délai de prescription des actes délictueux des employeurs sera ainsi suspendu permettant aux travailleurs lésés de revenir ultérieurement réclamer leur dû. I
Note : Téléphones des organes d'information et de contrôle sur la loi sur le travail au noir: Genève: 022 388 29 29; Vaud: 021 316 61 04; Valais: 027 606 74 00; Neuchâtel: 032 919 68 10; Fribourg: 026 305 96 00; Jura: 032 420 52 30. Plus d'informations sur www.pas-de-travail-au-noir.ch