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L'«identité nationale» et ses dérives

Paru le Mardi 15 Janvier 2008
   CHARLES HEIMBERG    

Histoire Le principe des nationalités qui triomphe en Europe au tournant des XVIIIe et XIXe siècles se base sur les notions de «mêmeté» (les membres d'une même nation ont des caractéristiques communes) et d'«ipséité» (ils en ont conscience à travers leurs traditions et leur mémoire). La montée des nationalismes de la fin du XIXe siècle consacre une «identité nationale» plus fermée et inscrite dans une dynamique de confrontation entre nations. Désormais, elle s'en tient à la préservation des traditions plutôt qu'à une perspective révolutionnaire.
La question de l'«identité nationale» a toujours suscité des affrontements entre droite et gauche. Essentialiste, exaltant le culte des morts, le nationalisme d'un Maurice Barrès est ainsi dressé contre des ennemis extérieurs et intérieurs, frisant avec les préjugés raciaux et antisémites. Avant d'être emporté par la Grande Guerre, le patriotisme plus ouvert de Jean Jaurès entend pour sa part contribuer au progrès de l'humanité.
Au cours des années 1960, le discours sécuritaire est détaché du thème des étrangers et la notion d'«identité nationale» guère dans l'air du temps, si ce n'est pour affirmer les droits nationaux de minorités. Mais les années 1980 marquent un tournant. A l'initiative d'une droite intellectuelle requinquée, relayée massivement par des médias en quête d'audience, l'«identité nationale» refait surface, replaçant les jeunes immigrés au coeur du discours sécuritaire.
L'usage récent du thème de l'«identité nationale» par Nicolas Sarkozy n'apporte rien de nouveau. Il ne fait que renforcer des processus de stigmatisation et une logique du Nous et Eux développés depuis longtemps sous la pression du Front national. La grande différence, alors que le nombre de ceux qui arrivent en France recule, c'est que cet usage pervers, symbolisé par l'intitulé du Ministère de l'immigration et de l'identité nationale, laisse entendre qu'il y aurait de bons et de moins bons immigrés.
Dans un petit essai percutant qui ouvre une collection lancée par le Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire, Gérard Noiriel explique sa posture de chercheur et replace l'«identité nationale» dans une perspective historique. Il montre que l'affrontement entre une conception nationale ouverte sur une communauté de destin planétaire et un nationalisme sécuritaire et stigmatisant se poursuit dans la longue durée, ce qu'il nous faut garder en mémoire.



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