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L'INVENTION DU TRAVAIL APPARTIENT À LA PRÉHISTOIRE

Paru le Samedi 12 Janvier 2008
   MICHEL SCHWERI    

Genève RECHERCHE - Avec la révolution néolithique, l'homme a pu domestiquer les céréales et les animaux. Peut-être s'agit-il de la toute première forme de travail. Mais ce «progrès» marque aussi les débuts de l'exploitation de l'homme par l'homme. «Le Courrier» a gratté du côté des origines du travail avec l'apport de deux préhistoriennes.
Si le travail constitue une valeur centrale de nos sociétés modernes, il n'en a pas toujours été ainsi. Quand les paysans enrôlés dans l'industrie manufacturière des années 1800 en Angleterre obtenaient des augmentations de salaire, ils en profitaient pour travailler moins longtemps. Mais quelle était donc la place du travail auparavant? Et depuis quand peut-on parler de «travail» dans le développement de l'humanité? Qu'est-ce qui différencie l'activité nécessaire à subvenir à ses propres besoins d'un «travail», puisqu'une bonne partie de l'occupation des animaux consiste à chercher leur nourriture – certains utilisent même des «outils» dans ce but – alors que le «travail» est une spécificité humaine? «Questions difficiles», résume Marie Besse, professeure au Laboratoire d'archéologie préhistorique et d'histoire des peuplements à l'université de Genève. «Selon quels critères reconnaît-on une activité comme un travail?» réfléchit l'anthropologue. Elle prend ainsi l'exemple actuel d'un agriculteur effectuant sans conteste un travail lorsqu'il cultive ses champs, alors que l'entretien de son jardin potager pour ses besoins personnels et familiaux – une activité pourtant similaire – est moins perçue comme un «vrai» travail.



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Pourquoi l'humanité progresse-t-elle?

   MICHEL SCHWERI    

Si l'origine du travail est à chercher du côté de la révolution néolithique, «on commence à bien connaître comment cette évolution s'est faite», assure Marie Besse, anthropologue à l'université de Genève, «mais on ne s'explique pas le pourquoi de ce développement.» «On aime à rendre simples les sociétés de chasseurs-cueilleurs, mais elles ont recouvert beaucoup de modes différents», décrit la professeure. «Toutes nécessitaient une fine connaissance de la nature et des animaux. Les hominidés d'alors chassaient de manière ponctuelle, mais maîtrisaient bien le rythme des saisons et planifiaient aussi de grandes chasses, par exemple lors de la migration des troupeaux de rennes, poursuit-elle. Ils stockaient alors la viande dans des congélateurs naturels creusés dans le permafrost et devaient donc avoir des règles pour en assurer ensuite la redistribution.»
Les hommes de la fin du paléolithique semblaient ainsi vivre «en phase» avec leur environnement. «Certains chercheurs en parlent même comme d'une société d'abondance car les humains avaient alors tout à disposition», ajoute Françoise Lorenz, du Musée d'arts et d'histoire de Genève. Il n'est donc pas certain que les débuts du néolithique ont constitué un progrès flagrant en rendant la vie des hommes plus sûre. D'ailleurs, plusieurs résistances locales ont parfois stoppé la diffusion du nouveau mode de vie néolithique durant plusieurs siècles. Dès lors, «pourquoi les hommes se sont-ils 'néolithisés'», questionne Marie Besse. Pour l'anthropologue, il s'agissait d'un «choix de société» de passer au néolithique, puisque ce progrès a généré des nouvelles obligations pour l'humain et entraîné des nuisances de la «modernité». Et d'avouer que l'anthropologie et l'archéologie n'apportent pas de réponse précise à cette importante question. Quelques faits sont pourtant avérés. Cette période est ainsi caractérisée par un réchauffement climatique facilitant le développement des cultures. Une croissance démographique est également attestée parallèlement à l'amélioration des rendements. «Mais est-ce la poule qui a fait l'oeuf ou l'inverse», interroge encore Marie Besse. A la brisure paléo/néolithique, les humains se sont installés à proximité des céréales sauvages, «les conditions de vie améliorées et la sédentarisation des femmes ont raccourci l'allaitement et rapproché les grossesses», avance pour sa part Mme Lorenz. «Cette évolution a pu paraître facile et bénéfique dans un premier temps, mais des imprévus lors d'une récolte ou dans la gestion des stocks pouvaient entraîner d'énormes difficultés. D'autant que le nombre de bouches à nourrir par une zone donnée s'était multiplié entre-temps.»
La concentration humaine et la promiscuité hommes/animaux ont en outre généré des maladies, voire des épidémies, poursuit la préhistorienne. Enfin, les nouveaux surplus de production accumulés par les hommes du néolithique attisaient la convoitise et a suscité nombre de guerres de plus en plus meurtrières. Ces «ratés» du progrès néolithique n'ont pas empêché cette société nouvellement basée sur une économie de production, donc de travail, de s'étendre en un processus irréversible. «Aujourd'hui, aucune société primitive n'est épargnée par notre civilisation, conclut Marie Besse. Les rares chasseurs-cueilleurs de ces deux derniers siècles ont été confinés dans les environnements extrêmes du grand nord, de la forêt amazonienne ou des montagnes du sud-est asiatique. Pour eux, les cinquante dernières années ont été catastrophiques et dans cinq ans, ce sera encore pire.» L'humanité n'a pas fini de progresser... MSI



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Epanouissement ou corvée? «Le Courrier» s'interroge

   DIDIER ESTOPPEY    

Le travail, c'est de moins en moins la santé. Des rythmes de production effrénés, des restructurations exerçant une pression constante sur les travailleurs et une insécurité de l'emploi qui facilitent le harcèlement psychologique et les maladies psychiques sont comme les marques de fabrique du modèle néolibéral. Pourtant, le travail reste étroitement constitutif des identités sociales, et jamais peut-être l'aspiration à un emploi pour tous n'aura autant marqué le débat politique et les revendications dans nos sociétés occidentales. En qualité de quotidien d'opinion ancré à gauche et proche des mouvements sociaux, Le Courrier est régulièrement amené à porter sur la place publique les doléances ou les revendications des travailleuses et travailleurs, leurs souffrances comme leurs aspirations. L'initiative de Forum Meyrin vient donc à point nommé pour notre journal, heureux de l'occasion qui lui est donnée de dépasser l'écume des jours pour se pencher plus en profondeur sur les paradoxes de la société du travail. Ainsi, jusqu'au 27 février, Le Courrier consacrera chaque semaine un espace à cette thématique au travers de comptes rendus des événements proposés à Forum Meyrin, mais aussi d'enquêtes, de reportages ou interviews venant compléter ou élargir le sujet. Avec un voyage dans l'espace et le temps: le travail est interrogé aujourd'hui dans ses dimensions fondatrices de l'humanité – il aurait aidé à «la transformation du singe en homme», selon le philosophe Friedrich Engels – comme dans le rôle que lui prêtent différentes civilisations. Mais le présent se taillera évidemment la part du lion: les formes modernes d'exploitation, de précarité et d'inégalités dans le travail seront au coeur des questionnements de nos journalistes.
Le Courrier n'en oubliera pas pour autant son goût pour les utopies, en cherchant à poser les jalons d'une nouvelle conception du travail: celle d'une société où les temps de travail seraient mieux répartis, où la santé au travail serait une réelle préoccupation des pouvoirs publics, où tout revenu ne dépendrait pas nécessairement d'un emploi et où toute valorisation dans le travail ne passerait pas nécessairement par un salaire. Bref, le rêve d'une société faisant du travail un facteur d'intégration et de citoyenneté plutôt que d'asservissement. DEY



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