MICHEL SCHWERI
RECHERCHE - Avec la révolution néolithique, l'homme a pu domestiquer les céréales et les animaux. Peut-être s'agit-il de la toute première forme de travail. Mais ce «progrès» marque aussi les débuts de l'exploitation de l'homme par l'homme. «Le Courrier» a gratté du côté des origines du travail avec l'apport de deux préhistoriennes.
Si le travail constitue une valeur centrale de nos sociétés modernes, il n'en a pas toujours été ainsi. Quand les paysans enrôlés dans l'industrie manufacturière des années 1800 en Angleterre obtenaient des augmentations de salaire, ils en profitaient pour travailler moins longtemps. Mais quelle était donc la place du travail auparavant? Et depuis quand peut-on parler de «travail» dans le développement de l'humanité? Qu'est-ce qui différencie l'activité nécessaire à subvenir à ses propres besoins d'un «travail», puisqu'une bonne partie de l'occupation des animaux consiste à chercher leur nourriture – certains utilisent même des «outils» dans ce but – alors que le «travail» est une spécificité humaine?
«Questions difficiles», résume Marie Besse, professeure au Laboratoire d'archéologie préhistorique et d'histoire des peuplements à l'université de Genève. «Selon quels critères reconnaît-on une activité comme un travail?» réfléchit l'anthropologue. Elle prend ainsi l'exemple actuel d'un agriculteur effectuant sans conteste un travail lorsqu'il cultive ses champs, alors que l'entretien de son jardin potager pour ses besoins personnels et familiaux – une activité pourtant similaire – est moins perçue comme un «vrai» travail.