FABIO LO VERSO
Franc succès ou compromis a minima, «deal» frileux ou accord historique? Les observateurs font le grand écart à l'issue de la conférence de Bali sur le changement climatique. L'île indonésienne a été le théâtre d'une drôle de négociation. Une «feuille de route» a été adoptée pour lutter contre le réchauffement, mais sans objectif chiffré. C'est comme si les 187 pays participants étaient montés à bord d'un navire dépourvu de boussole. Faute de résultats concrets, on a néanmoins assisté à Bali à l'amorce d'une recomposition des rapports de force. Le combat pour sauver le climat change de physionomie au gré des mutations géopolitiques.
Le réchauffement climatique n'a jusqu'ici refroidi qu'en surface les relations des Etats-Unis avec les «bons élèves» de Kyoto, Etats européens et pays en développement. En réalité, leur véritable hostilité s'exprimait dans la course aux contrats avec les pays énergivores, la Chine, la Russie et l'Inde. Cette situation a contribué à maintenir George W.Bush sur une position défensive, conforté par l'alignement du Canada et de l'Australie. Mais Canberra vient de se désolidariser de son allié étasunien. Et Pékin, Moscou et New Delhi, en quête d'une influence renouvelée dans l'échiquier mondial, cherchent à se démarquer doucement du «négationniste» en chef du changement climatique.
Mais cette distance se reflète davantage dans le discours que dans l'action. A défaut d'un ralliement sincère et abouti aux thèses de Kyoto, la Chine, la Russie et l'Inde ont au moins appris à parler un langage «écologiquement correct». C'est la marque du consensus de Bali, sorte de compromis à la carte s'il en est: chaque pays pourra adopter le scénario qui lui convient à condition de multiplier les déclarations de solidarité et d'afficher sa foi dans le combat climatique. Les choix plus ambitieux seront adoptés plus tard, à Copenhague en 2009.
Bali s'est ainsi volontairement éloignée de la rigidité de Kyoto pour assouplir les positions des plus récalcitrants. En rejoignant in extremis ce mouvement, Washington a opéré un virage inattendu, six ans après avoir tenté de couler le protocole de Kyoto. L'une des thèses développées par l'administration Bush affirmait que ce texte était contradictoire avec le développement économique et donc néfaste pour l'emploi. Erreur totale, selon les économistes. Le climat s'attaquera bientôt, lourdement et directement, au portefeuille des Etats, si rien n'est fait. On chiffre à des milliers de milliards de dollars le prix de l'inaction contre les gaz à effet de serre, responsables du réchauffement. La nécessité de «réduire sévèrement» leurs émissions a été confirmée sur l'île indonésienne. Mais la méthode pour parvenir à ce but a changé de paradigme. Pour trouver un successeur au protocole de Kyoto, en 2012, la realpolitik prime pour l'heure sur l'urgence climatique. Un air de déjà-vu flottait sur la conférence de Bali.