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L'empreinte de la normalisation répressive

Paru le Mardi 06 Novembre 2007
   FABIO LO VERSO    

Suisse L'Union démocratique du centre (UDC) n'est jamais en retard d'une émotion. La France s'émeut du fichage génétique réservé aux seuls étrangers. L'UDC s'engouffre dans la brèche et réclame des tests ADN obligatoires en Suisse pour toute demande de regroupement familial. Dans son obsessionnelle traque aux abus, le parti de Christoph Blocher fait figure de multirécidiviste. Il veut durcir l'arsenal dissuasif, et vite. Quitte à encombrer l'agenda parlementaire. Contestable, sa dernière déclamation a au moins le mérite d'attirer l'attention sur une pratique méconnue et peu controversée, bien que de plus en plus appliquée: les tests génétiques se banalisent en Suisse. Ils prospèrent dans les angles morts d'une législation bâclée qui autorise l'arbitraire.
Utile en cas de trafic d'enfants ou pour dénouer les plus scabreuses affaires d'agression sexuelle, le procédé est la plupart du temps employé contre des petits délinquants, voire des militants politiques. Il est utilisé de manière visiblement disproportionnée, dans le cadre d'infractions mineures, les autorités policières profitant des zones grises de la loi. Quant à la conservation des données, elle est sujette à caution. Prévu dans la loi, leur effacement n'est pas garanti dans les faits. Comme rien de sérieux n'a été entrepris pour combler les lacunes du dispositif, seul demeure à l'arrivée son trait le plus répressif. Les tests ADN marquent ainsi une normalisation de la surenchère sécuritaire. Ils font redouter à terme le fichage de la majorité de la population, victimes, bourreaux, condamnés, simples suspects ou adversaires politiques. Comment freiner une telle dérive et ramener le fichage ADN sous la surveillance démocratique? Politiquement, la domination de l'UDC entretient un climat peu propice à la transparence policière. Les juristes se plaignent depuis longtemps de l'absence d'informations claires et de statistique nationale sur les prélèvements d'ADN. L'opinion continue pourtant d'être tenue dans l'ignorance, les autorités semblant convaincues qu'elles n'auront pas à rendre de comptes. Affaiblies par la décrue de leur représentation politique, les forces sociales peinent, elles, à s'imposer comme le pivot d'un débat public nécessaire. Elles manquent peut-être d'une vision suffisamment précise des enjeux et d'un réalisme politique pouvant faire contrepoids aux simplismes sécuritaires. Elles font également preuve d'une certaine naïveté: elles viennent de découvrir avec effarement que la Suisse pratique déjà des tests ADN afin de vérifier les regroupements familiaux suspects, sans que le parlement ou le peuple n'aient été consultés. Peu rassurant... Mis au jour voici bientôt un mois et demi, ce scandale n'émeut pas ou plus grand monde. Faut-il voir dans cette défection une acceptation tacite, un aveu de défaite? Dans ce cas, le décalage entre l'urgence sociale et la capacité de réaction deviendrait inquiétant. C'est dire si la dernière provocation de l'UDC tombe pour une fois à pic. Pour servir d'électrochoc.



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