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«La Liberté», en titre et en combat

Paru le Samedi 27 Octobre 2007
   LOUIS RUFFIEUX*    

Le Courrier FRIBOURG - «La Liberté», partenaire du «Courrier», se bat quotidiennement pour mériter son nom.
Mardi 11 septembre dernier, journal de 12 h 45 de la TSR. Au sommaire, les derniers chiffres de la REMP (Institut de recherches et d'études sur les médias) qui accorde à La Liberté, pour la première fois, plus de 100 000 lecteurs. Mais l'intérêt de la TSR est ailleurs. Elle a invité le patron du Matin. Peter Rothenbühler «cocoricole». C'est merveilleux, dit-il, la presse gratuite cartonne et incite à la lecture des journaux des milliers de jeunes qui ne lisaient pas. Succès total, ajoute-t-il, puisque les journaux payants n'en souffrent pas trop. Sur le plateau, les deux journalistes écoutent pieusement. Et oublient de poser au rédacteur triomphant la question gênante: Le Matin n'a-t-il pas dû, quelques jours auparavant, licencier six journalistes pour des raisons économiques? L'arrivée des gratuits n'était-elle pas invoquée par l'éditeur, parmi d'autres causes?

La débandade

Lundi 1er octobre dernier. La REMP livre sa dernière statistique des tirages contrôlés des journaux. Ces chiffres sont plus proches de la vérité que ceux qui mesurent l'audience en termes de lecteurs. Les résultats? Catastrophiques pour la grande majorité des quotidiens payants. En Suisse romande, les titres du groupe Edipresse, dont Le Matin orange (perte de près de 6000 exemplaires), figurent parmi les principales victimes des gratuits – dont Le Matin bleu lancé par Edipresse. La Liberté est le seul «payant» à se maintenir (progression de... deux exemplaires à 38 735).
Cette débandade passe inaperçue, ou presque. Elle est pourtant synonyme d'un terrible affaiblissement économique des journaux payants. En vendant des lecteurs à des annonceurs, en instillant l'idée que l'information est gratuite, en réduisant l'information à un exercice de zapping sur papier, les éditeurs des journaux offerts (par la pub) ne se tirent-ils pas une balle dans le pied?


Un nom à mériter

Face à ces bouleversements du paysage médiatique qui n'ont pas encore déployé tous leurs effets, La Liberté se bat quotidiennement pour mériter son nom d'abord. Créé en 1871 pour mener un combat religieux et politique, ce journal se retrouve, 136 ans plus tard, parmi les tout derniers quotidiens romands totalement indépendants des grands groupes de presse. Propriété de l'OEuvre de Saint-Paul (une congrégation religieuse), La Liberté s'est affranchie de sa tutelle politique au début des années 1970, à l'arrivée de François Gross à la rédaction en chef. Le porte-voix du parti conservateur (futur PDC) est devenu pluraliste et libre. Quant à son lien avec l'Eglise catholique romaine, il a été officiellement rompu à la faveur d'une modification de la charte rédactionnelle intervenue lors de l'accession de Roger de Diesbach à la barre, en 1996.


Vive l'indépendance

Que dit cette charte? Que La Liberté entend promouvoir «une vision chrétienne de la société qui place l'homme, son bien-être spirituel et matériel, au centre de ses préoccupations». Qu'elle cultive les valeurs «de vérité, de justice et, comme le dit son nom, de liberté». Magnifique programme!
Cette «feuille de route» se traduit, au jour le jour, par la défense farouche de l'indépendance rédactionnelle du journal face à tous les pouvoirs. Par une quête inlassable de la vérité, cette vérité fût-elle inconfortable et dérangeante. Par une attention constante aux déséquilibres planétaires qui maintiennent la plus grande part de l'humanité dans la dèche et l'oubli.
«Tes lecteurs n'en ont rien à foutre de vos reportages sur les porteurs d'eau du Mali», ironisait voilà quelque temps le patron d'une feuille gratuite. A chacun sa conception du lectorat. Le nôtre est aussi fidèle qu'exigeant. Aux paillettes, au sang, au sexe et à l'écume des émotions, il préfère un journal qui croit encore à son rôle d'acteur démocratique et qui érige l'intérêt général en étalon de ses choix rédactionnels.


Un journal complet

«Vieux jeu» encore, La Liberté n'a pas suivi la plupart des quotidiens régionaux dans leur mouvement de repli sur leur territoire de diffusion. Ouverte au monde et au pays, La Liberté reste un journal généraliste et complet. Son premier cahier décline l'actualité internationale, nationale et économique, avec quotidiennement un «gros plan» (enquêtes et reportages). Les deuxième et troisième cahiers sont consacrés aux régions et aux sports. Le quatrième, enfin, est voué aux magazines, dont un supplément culturel ambitieux le samedi.
Comment prétendre suivre la marche du monde – et du pays – avec des moyens humains (une soixantaine de journalistes) et matériels qui restent modestes? Comment enrichir un contenu rédactionnel qui ne peut plus se satisfaire de nouvelles factuelles instantanément balancées sur Internet et ressassées par les médias audiovisuels? Pour pallier sa petitesse, La Liberté a tissé tout un réseau de collaborations et d'accords avec des titres étrangers et suisses, dont Le Courrier. Un partenariat avec Libération, exclusif pour la Suisse romande, lui vaut ainsi de bénéficier du vaste réseau de correspondants étrangers du quotidien français.
Ouverte, La Liberté. Mais pas prête à vendre son âme... ni son titre. I
Note : *Rédacteur en chef de La Liberté.



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