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Et l'Occident créa les «supplices chinois»

Paru le Mercredi 19 Septembre 2007
   PROPOS RECUEILLIS PAR DELPHINE GOLDSCHMI    

Culture GENEVE - La Fureur de lire met le cap sur les «Orients extrêmes». Entretien avec Luca Gabbiani, avant une table ronde sur les «supplices chinois».
Des «supplices chinois» à la Fureur de lire? L'idée est moins incongrue qu'il n'y paraît. C'est en effet vers des Orients extrêmes que s'aventure jusqu'à dimanche l'édition qui commence aujourd'hui, avec une multitude de rencontres et d'animations autour des littératures de Chine, d'Inde et du Japon (lire ci-contre). Entre cliché exotique et réalité historique, fantasme littéraire occidental et romans chinois contemporains, les «supplices chinois» seront demain le thème d'une table ronde réunissant écrivains et sinologues. Mise au point avec Luca Gabbiani, maître de conférences à l'Ecole française d'Extrême-Orient.

Que désigne-t-on par l'expression «supplices chinois»?

Luca Gabbiani: Ce terme reflète une vision occidentale, une représentation construite par les Occidentaux qui ont assisté à des exécutions capitales en Chine au XIXe et début du XXe siècle. Les missionnaires, diplomates et militaires installés en Chine à cette époque se sentaient investis d'un rôle civilisateur et portaient sur l'Empire affaibli un regard dépréciateur, tout en reconnaissant son assise culturelle qui faisait de lui une terre moins «barbare» que d'autres régions colonisées. Cette idée d'une Chine raffinée mais décadente, couplée à la vision d'exécutions terrifiantes, a fait naître le cliché du «supplice chinois». Le terme «supplice» est chargé de références religieuses liées à la souffrance et à la rédemption. Alors qu'en Chine, ces peines étaient pensées d'un point de vue juridique, comme une réponse équivalent au crime commis. Elles étaient légales et s'intégraient au fonctionnement ordinaire de la justice.


Quelle était la réalité des peines corporelles dans la Chine de l'époque?

Le système pénal chinois présentait une grande hiérarchie de peines, de la bastonnade à l'exécution capitale, en passant par l'exil. L'exécution capitale avait également trois degrés d'infamie. Le moindre était la strangulation, qui permettait au condamné de répondre à une exigence de la piété filiale – restituer à sa mort le corps intact reçu de ses parents. Venait ensuite la décapitation, et enfin le démembrement ou lingchi, le supplice qui a le plus marqué les Occidentaux. Jusqu'à son abolition en 1905, il punissait les atteintes contre l'Etat, mais aussi les crimes familiaux commis par un «inférieur» contre un «supérieur», comme les parricides. Contrairement aux supplices de l'Ancien Régime européen, qui mettaient en scène une souffrance avec laquelle communiaient les spectateurs, les exécutions chinoises se faisaient de manière très peu ritualisée et théâtralisée. L'apparente absence de ferveur des spectateurs a été interprétée à l'époque comme de la froideur.

Comment l'imaginaire du «supplice chinois» s'est-il diffusé en Europe?

Par les récits d'exécutions, les dessins, les gravures et les photographies, en particulier au début du XXe siècle, lorsque l'apparition d'appareils photo portatifs a permis de réaliser des «instantanés» au lieu de reconstitutions posées. Les «supplices chinois» ont aussi été récupérés par une vague d'attrait pour l'érotico-morbide, notamment en littérature avec des oeuvres comme Le Jardin des supplices d'Octave Mirbeau ou Les Larmes d'Eros de Georges Bataille.


Qu'en est-il aujourd'hui?

Etonnament, le thème des «supplices chinois» est repris par des écrivains chinois contemporains. C'est le cas en particulier de Mo Yan avec Le Supplice de santal. L'histoire récente de la Chine s'est pour beaucoup construite par rejet d'un passé vu comme source de décadence, et en intégrant des visions occidentales. Certains poncifs et clichés ont ainsi été récupérés. I



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    > Je 20 à 17h: «Quand les 'supplices chinois' nous reviennent... de Chine», avec Mo Yan, Yu Hua, Jérôme Bourgon et Luca Gabbiani.
    > Je 20 à 20h: soirée littéraire chinoise avec Mo Yan, Yu Hua et le traducteur Noël Dutrait (Dai Sijie a du annuler sa participation).
    > Sa 22 à 11h: conférence de François Jacob: pourquoi philosophes et sinologues ne s'accordent-ils pas sur le regard que portent les Lumières sur la Chine?
    A Unige, Bâtiment des Bastions, salle B111:
    > Ve 21 à 14h15: Mo Yan parle des richesses et difficultés de la littérature chinoise contemporaine.
    A la Librairie du Boulevard, rue de Carouge:
    > Ve 21 à 16h30: ateliers de calligraphie ouverts aux adolescents et aux adultes, en compagnie du maître Wang Fei et de l'illustratrice Catherine Louis. Sur inscription. CO








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