PHILIPPE BACH
La région Rhône-Alpes a mandaté un organisme indépendant français, la Criirad, pour mener des mesures sur d'éventuelles pollutions radioactives. Il s'agit de vérifier l'impact du futur accélérateur de particules du Cern d'une part et des centrales nucléaires qui jalonnent le fleuve d'autre part. La Criirad est également intéressée par des mesures en territoire suisse.
Deux campagnes de mesures! La Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité (Criirad) a reçu mandat de la région Rhône-Alpes de mener des investigations sur l'état radiologique du Cern (Laboratoire européen de physique des particules) et du Rhône.
Ces deux campagnes sont indépendantes l'une de l'autre. «Pour ce qui est du Cern, nous voulons établir un état des lieux avant la mise en marche du nouvel accélérateur LHC (Large Hydron Collider)», explique Roland Desbordes, président de la Criirad. «Ce genre d'installation relâche forcément de la radioactivité dans la biosphère, même s'il s'agit de faible quantité.»
L'idée est de refaire la même campagne une fois que l'installation aura fonctionné quelque temps. D'où l'intérêt d'avoir un état zéro, histoire de pouvoir écarter, en cas de découverte de radionucléides, l'hypothèse d'un relâchement antérieur.
La campagne de mesures se fera aux alentours des puits de ventilation du LHC, qui sont principalement situés sur sol français (mais avec aussi des issues en territoire suisse). «Pour l'heure, notre mandat ne porte que sur le territoire français», rappelle M. Desbordes. Ce dernier est toutefois très intéressé à mener quelques mesures complémentaires sur la part genevoise du tracé. «Et il y a un cours d'eau qui accueille l'eau de refroidissement – le Nant-d'Avril – qu'il serait intéressant de sonder sur l'ensemble de son tracé.»
Les mesures portent sur des bioindicateurs atmosphériques (par exemple le tritium et le carbone 14), des échantillonnages des nappes phréatiques (présence de sodium 22 et de béryllium 7) ainsi que certaines analyses de plantes aquatiques qui peuvent fixer des particules radioactives.
Etude gardée secrète
En 1996, la Criirad avait déjà mené une série de relevés sur le site du Cern. Mais dans un cadre conflictuel. Un travailleur d'un sous-traitant du Cern atteint d'un cancer avait lié ses problèmes de santé à ses activités incluant de la manipulation et du découpage de métaux potentiellement irradiés. La Criirad avait alors procédé en secret à une série de mesures sauvages sur le site.
Le rapport de l'organisme indépendant avait mis en évidence des traces de radioactivité dans le Nant-d'Avril et surtout des manquements au niveau de la formation du personnel sous-traitant.
Le caractère secret de cette étude avait provoqué des polémiques et rendu problématique un suivi politique, à savoir la mise en place d'un contrôle indépendant de l'installation du Cern. Des craintes quant à une mise en danger de la place internationale de Genève avaient également pesé dans la balance. Dix ans après, l'intérêt de la campagne qui devrait être menée cet automne est aussi son caractère «officiel», et donc neutre.
Le budget de la campagne est devisé à 58 300 euros (80 000 francs) par la Criirad, dont 80% assumés par la région Rhône-Alpes. Les 20% restants sont quasiment couverts, selon M. Desbordes. Reste à examiner le coût d'une éventuelle campagne complémentaire sur Genève. Le rapport final est dû pour fin 1988.
Le Rhône sous surveillance
Le second mandat de la Criirad n'est pas moins intéressant. Il consiste en un état des lieux radiologique du Rhône depuis Genève jusqu'en aval de la centrale de Tricastin, dans le département de la Drôme. Des précédentes mesures du laboratoire indépendant avaient déjà mis en évidence des contaminations des plantes aquatiques en aval de Vienne par de l'iode 131. Celui-ci est probablement d'origine médicale. «Les hôpitaux sont de relativement gros pollueurs en la matière», observe M. Desbordes, et le problème est encore mal géré.
Mais l'étude permettra aussi d'identifier les autres sources des pollution. La vallée du Rhône est un lieu de forte concentration de centrales nucléaires. Ces dernières relâchent souvent du tritium, du carbone 14 et du nickel 63.
Campagne lancée
La campagne de mesures a déjà commencé au début de l'été. Là aussi, il s'agit d'analyser la qualité de l'eau, des sédiments et des plantes aquatiques. Le budget de l'étude sur sol français est de quelque 86 000 (130 000 francs) euros sur deux ans.
Comme pour le cas du Cern, M. Desbordes est fortement tenté par un petit complément sur territoire suisse: «Ce serait assez intéressant de voir ce qui sort du lac et l'impact que les hôpitaux genevois peuvent avoir sur la qualité des eaux.» I
Note : On peut trouver une foule d'informations sur le site www.criirad.org