PHILIPPE POIRSON
MOBILITÉ DOUCE - La Ville projette un système de location de vélos. Pourquoi l'association Genève Roule en est-elle écartée?
Les Genevois sont-ils devenus aveugles à leurs propres ressources à force de se pâmer des lumières parisiennes? La question surgit après l'annonce du parachutage de «Vélib' tout comme à Paris» à l'horizon 2009. Au dire de Rémy Pagani, chef du Département de l'aménagement de la Ville, 500 vélos modèle JCDecaux ou made in Clear Channel pourraient ainsi envahir nos rues. Partie intégrante de la concession d'affichage de cinq ans, le projet attend l'issue de recours au Tribunal fédéral déposés par Clear Channel contre son octroi à la Société générale d'affichage (SGA). Dans une ville asphyxiée par les gaz d'échappement, développer la mobilité douce est essentiel. Mais pourquoi importer ce qui existe déjà à moindre échelle grâce à Genève Roule?
Des usages inconciliables?
L'association Genève Roule gère actuellement 300 vélos, dont une centaine destinés au prêt gratuit. «Nous n'avons pas été consultés pour ce projet et pourtant nous aimerions étendre notre offre. Nous sommes bien placés pour savoir qu'il y a une demande du public», explique Nicolas Walder, codirecteur de Genève Roule. Alors, pour quelles raisons la Ville ne désire-t-elle pas développer cette infrastructure existante? «Nous voulons promouvoir l'usage du vélo pour les déplacements sur courte distance en centre-ville. Genève Roule est plutôt adapté pour les balades. Nous voulons les deux systèmes en parallèle», explique Dominique Wiedmer Graf, attachée de communication du Département de l'aménagement de la Ville.
Bernard Develley, de la SGA, voit d'ailleurs une complémentarité entre les deux systèmes: «Le système Decaux est différent. Avec la première demi-heure gratuite, il incite à l'usage du vélo.» Effectivement, Genève Roule les prête gratuitement la journée complète. Par ailleurs, M. Walder reste dubitatif quant à la viabilité du double système envisagé par la Ville. D'une part, l'association a peur de perdre ses sponsors au profit de la société d'affichage. Mais, surtout, deux systèmes distincts seraient source de complication pour les usagers. «Quelques lieux humanisés pour guider les néophytes et les touristes, alliés à une trentaine de sites libre-service, permettraient un système unique bien plus simple à l'usage», explique M. Walder, «Les 500 vélos du projet de mobilité pour l'Euro 2008, actuellement en cours d'élaboration, pourraient être recyclés en ce sens.»
Fric ou développement durable?
Adapter la structure existante à la demande citadine semble donc possible. Mais est-ce souhaitable? «Un tel projet a un coût. L'expérience a montré que les sociétés d'affichage arrivent à amortir les frais, notamment les deux premières années, pour l'entretien et la casse. La Ville n'a pas les reins financiers assez solides pour cela», souligne Mme Wiedmer Graf. Un argument qui ne convainc pas le codirecteur de Genève Roule, qui rappelle que rien n'est jamais gratuit: «Les publicités financeront les vélos au lieu d'aller dans les caisses de l'Etat.» Par ailleurs, les coûts humains de l'opération ne semblent pas avoir été pris en compte. «Nous offrons une centaine d'emplois sociaux à des bénéficiaires de l'assistance, des chômeurs et des requérants d'asile, qui sont ainsi au contact de la population», précise M. Walder. «Le développement durable doit se soucier de l'environnement mais aussi du social.» I