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Le compte à rebours de Pékin et Washington

Paru le Mardi 21 Août 2007
   FABIO LO VERSO    

International Les Etats-Unis se détruisent à force de trop consommer, la Chine à force de trop croître. Les deux pays concentrent les plus grandes inquiétudes sur le futur de l'économie globalisée et les laissés-pour-compte que celle-ci ne cesse d'enfanter. Depuis longtemps, les deux géants sont unis pour le meilleur et pour le pire. Les Etats-Unis financent la production chinoise, en important massivement des produits made in China. En échange, Pékin achète du déficit étasunien, sous la forme de bons du Trésor, tenant ainsi à bout de bras la consommation vorace des Américains. A l'arrivée, ce sont quelque 1200 milliards de dollars que l'Etat communiste détient dans ses réserves. En d'autres termes, les deux pays forment une même zone économico-monétaire, où le yuan (ou renminbi) est aligné sur le dollar. Il suffit que Pékin suspende le rachat de la dette de Washington pour que l'économie étasunienne se replie brusquement. Une menace que le colosse asiatique a laissé entrevoir pour la première fois voici une semaine. Signe que la relation sino- étasunienne ne tourne visiblement plus rond. A-t-elle entamé son compte à rebours? La crise des subprime, ces crédits immobiliers à haut risque accordés aux ménages les moins solvables, n'est pas étrangère à ce coup de semonce. C'est que les Etats-Unis ont engagé un mouvement de correction sans se coordonner avec la Chine, décrochant sensiblement le dollar du yuan. L'an dernier, pourtant, les deux pays s'étaient mutuellement prémunis face à l'éclatement d'une précédente bulle immobilière. La planète semble suspendue à cette soudaine crise dans la crise, reflet de divergences marquées au cours de ces dernières années. La question de Taïwan, l'amitié de Pékin envers Téhéran, son jeu occulte au Darfour, énervent Washington autrement que le dumping commercial ou la mauvaise (et parfois dangereuse) qualité des exportations chinoises. Mais si divorce il doit y avoir, les deux puissances auront besoin d'une longue période de préparation. Car si elles se montrent virulentes à l'extérieur, elles sont fragiles à l'intérieur. Hyperendettés et en perte de confiance après la déroute irakienne, les Etats-Unis cachent à peine leurs faiblesses. Quant à celles de la Chine, elles ne se comptent plus. Corruption des élites, injustices sociales, presse bâillonnée, creusement des inégalités, spoliation des terres des agriculteurs, environnement laminé, les défis paraissent insurmontables pour ce pays paradoxalement «menacé» par son exubérante économie. La création d'un Etat de droit et d'un Etat providence constituerait un efficace rempart aux fléaux potentiels d'une croissance non jugulée. A défaut, Pékin a choisi d'enrichir les habitants pour favoriser la consommation. Pour cela, il faudra continuer à réévaluer la monnaie et s'éloigner ainsi des Etats-Unis. Mais si Pékin cesse de financer la consommation étasunienne, qui financera celle d'un milliard de Chinois?



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