LUC-OLIVIER ÉRARD
ASILE - Révérien Rurangwa, auteur d'un témoignage sur le Rwanda, n'est toujours pas régularisé. Ses amis se mobilisent à nouveau.
En septembre dernier, le peuple suisse choisissait le durcissement des lois sur l'asile et sur les étrangers. Les nouvelles lois devaient également apporter davantage d'autonomie aux cantons pour régler quelques cas douloureux de personnes établies sur leur territoire. En attendant, la souffrance de destins suspendus se prolonge.
Le cas de Révérien Rurangwa est emblématique de la schizophrénie qui caractérise encore certains aspects de cette situation.
Ce jeune Rwandais est révélé au public par un livre, Génocidé, qu'il publie en avril 2006, et dans lequel il raconte comment sa famille et lui ont été victimes de la folie des hommes sur une colline du Rwanda, en 1994.
Laissé pour mort alors que toute sa famille avait été assassinée, il avait alors été recueilli par l'organisation Sentinelles qui l'avait emmené se faire soigner en Suisse.
De retour en 1996 au Rwanda, il doit s'en échapper plus tard car des auteurs du génocide qu'il a dénoncés le menacent. Il réside depuis dans le canton de Neuchâtel.
Devoir de mémoire
Une année après la publication de son livre, qu'est-il devenu? Il a passé de plateaux de télévision en salles de classes. Pour parler de lui et des siens, et surtout de l'histoire.
Mais ce réel exercice du «devoir de mémoire», dans le pays qui aime tant se voir comme le berceau du droit humanitaire, n'a pas beaucoup de poids face à l'administration helvétique.
Depuis plus d'un an, aucune nouvelle n'est venu redonner espoir à Révérien Rurangwa et à ses proches, au sujet de sa demande de permis de séjour. L'Office des migrations l'a pourtant encore confirmé au Courrier par la voix de son chargé de communication Dominique Boillat: «Il n'est pas question de lever l'admission provisoire de Révérien Rurangwa, qui ne risque donc en aucun cas d'être renvoyé.»
Beaucoup de promesses
Cependant, aucune confirmation officielle n'est venue rassurer le jeune homme. Alors qu'il est de retour en Suisse depuis 2000, sa demande d'asile a été rejetée en 2006, et le recours est toujours pendant auprès du Tribunal administratif fédéral. Conséquences: ses amis se mobilisent à nouveau.
Pour le président de son comité de soutien, Jean-Claude Vignoli, «des promesses, on en a beaucoup données à Révérien, mais voilà déjà plus d'un an qu'il attend de savoir s'il risque le renvoi définitif».
De fait, plus personne, dans son entourage, n'envisage réellement une acceptation de son recours: «Les motifs de la décision négative sur sa demande d'asile n'ont pas changé», explique Jean-Claude Vignoli.
L'avocate de Révérien Rurangwa, Valérie Schweingruber, s'inquiète, elle, de constater que des promesses faites avant les votations par Christoph Blocher ont du mal à se concrétiser.
En effet, il était alors largement question d'étendre la notion de persécutions. Celle-ci repose sur une jurisprudence et le droit international. Seules les persécutions commises par l'Etat étaient reconnues dans le droit d'asile. Or, les ONG réclament depuis longtemps que cette notion soit étendue pour que les victimes d'autres violences (interethniques par exemple) puissent obtenir le statut de réfugié. «La pratique ne semble pas avoir changé depuis la votation», s'inquiète Valérie Schweingruber. Dominique Boillat, lui, mentionne surtout des cas de femmes qui invoquent des mutilations sexuelles ou le mariage forcé. Mais pas grand-chose de neuf pour des cas comme celui du jeune Rwandais.
A six mois près
De fait, c'est sur une autre procédure que comptent Révérien Rurangwa et ses amis: l'obtention d'un permisB humanitaire. Lettres et signatures ont été récoltées pour soutenir cette démarche auprès du canton. Seulement voilà: pour que cette demande soit acceptée, il faut cinq ans de présence sur le territoire suisse, et, «officiellement», le jeune écrivain n'en compte que quatre et demi.
Détail? Dans la mesure où «90% des admissions provisoires ne sont en réalité jamais levées» selon Dominique Boillat, il n'y aurait donc pas lieu de s'inquiéter. Pour lui, «le terme 'provisoire' est trompeur, car il n'y a pas de raison de lever l'admission si le risque encouru par son bénéficiaire n'est pas modifié. Or, à vues humaines, c'est bien le cas de M.Rurangwa.» Il a même été question d'appeler la procédure «admission humanitaire», selon M.Boillat, mais le parlement n'en aurait pas voulu lors de la création de la nouvelle loi.
Comme Révérien Rurangwa, ils sont nombreux à attendre dans cette zone grise que reste l'admission provisoire, sans pouvoir se déplacer à l'étranger. Et même s'ils ont le droit de travailler, l'Office des migrations est le premier à le reconnaître: «Ce n'est pas facile pour un patron d'engager quelqu'un si on pense qu'il risque d'être renvoyé à tout moment. Mais on doit les rassurer: ce n'est pas le cas.» I
Note : Comité de soutien à Révérien: www.ikiru.ch/blog/reverien