FABIO LO VERSO
L'occasion était trop belle de moderniser, du moins en apparence, la vie politique française en élisant une femme à la tête de l'Etat. Nicolas Sarkozy l'a balayée avec un score de 53%. Le successeur de Jacques Chirac cherchera à prouver qu'il est capable de «rompre» avec le style de son père politique, figé douze années durant dans une présidence distante et stérile. Mais jusqu'ici, le candidat Sarkozy a seulement eu à feinter la nouveauté plutôt qu'à l'assumer. Ses projets législatifs à répétition ont été une manière de promettre et de ne pas tenir. L'impression domine à l'arrivée d'une lourde stagnation. Au lendemain de son intronisation, quel succès peut-on véritablement mettre sur le compte de Sarkozy?
En tant que ministre, il n'a rien résolu des problèmes sur lesquels le politique peut encore influer. Les réponses musclées données aux jeunes des banlieues, l'immigration choisie, l'admiration pour George W. Bush et la fermeté déclamée face à l'entrée de la Turquie dans l'Europe caressent tout au plus le rêve d'une France anachronique, extérieurement sûre d'elle et dominatrice, intérieurement hypnotisée par la politique du gros bâton, de la loi et de l'ordre.
Dans un pays exaspéré par l'immobilisme de ses chefs d'Etat, le discours sarkozyste a paru novateur autant que Ségolène Royal, créditée de 47% des suffrages, a longtemps incarné un désir de renouvellement. La rivale vaincue a trouvé la force d'amorcer la mue idéologique de son parti, sclérosé par les compromis qui avaient perdu Lionel Jospin en 2002. Sa formation politique a eu, elle, le mérite historique de mettre une femme en mesure d'emporter une élection présidentielle dans un pays en mal d'égalité.
Avec un score «honorable» pour les siens, Ségolène Royal se positionnera-t-elle en leader d'une nouvelle gauche, sur les cendres de la gauche plurielle? Electoralement indemne, le Parti socialiste français devra composer avec une gauche radicale rabougrie au premier tour mais portée par sa capacité à mobiliser ses militants. Reste qu'à ce stade, la victoire de Nicolas Sarkozy préfigure un triomphe de la droite aux législatives de juin. Ce qui consolidera le pouvoir de l'homme au Kärcher et lui permettra de ne plus dissimuler son libéralisme derrière un pragmatisme convenu.
Au menu de son quinquennat, le nouveau président pourra dès lors concocter une baisse des prélèvements fiscaux pour les grandes entreprises, trancher dans les prestations sociales, durcir le dispositif sécuritaire dans les banlieues et dans les écoles, bâillonner les médias... Nicolas Sarkozy réclamait la «rupture» durant sa campagne. C'est une France étriquée, arrogante et donneuse de leçons, inconsciente de son rétrécissement social et hantée par l'obsession sécuritaire qu'il s'apprête à façonner. Dans la droite ligne de son prédécesseur.