FABIO LO VERSO    

Genève ELECTIONS III - La candidate à l'exécutif genevois veut plus de crèches, tient au logement social et réclame de la richesse pour financer les prestations. Illusion?
Elle vous dit sans rougir qu'au moment de son divorce, elle aurait pu «sombrer dans une dépression monstrueuse». C'est un aveu plutôt insolite pour une candidate à l'exécutif de la Ville de Genève. Mais Nathalie Fontanet ne semble pas atteinte par la pathologie de la «langue de bois», ni par le politiquement correct à l'usage des novices.
Après sa séparation, voici huit ans, d'avec Bénédict Fontanet, elle a entièrement reconstruit sa vie, une «deuxième vie», précise-t-elle, après quatorze ans de mariage. Etudes de droit –de 34 à 38 ans–, stage d'avocat dans la foulée et obtention du brevet: un très beau cadeau qu'elle s'est offert pour ses 40 ans (elle en a actuellement 42) et qu'elle a dédié à ses trois filles, à l'époque encore adolescentes.
Lorsqu'elle a été approchée par le Parti libéral genevois, fin 2002, elle a complété ses ambitions. Les affaires sont allées très vite également en politique: élue conseillère municipale quelques mois après, elle a siégé dans diverses commissions. Au bout d'une législature, c'est la consécration: la candidature à un fauteuil de ministre de la Ville de Genève et l'opportunité d'en devenir «Madame la Maire». De la banque UBS, où elle travaille en qualité de consultante juridique, au Palais Eynard, le saut ne lui fait pas peur. «Je suis prête.»
Son parti l'envoie au front en modifiant radicalement son paradigme. Après le très libéral Pierre Muller, homme austère, cheveux gris, allure protocolaire et verbe contenu, voici une femme pétillante, un «livre ouvert», qui ne craint pas de dévoiler ses faiblesses et ses sentiments. Une libérale qui se veut «résolument humaniste», écarquillant des yeux verts enthousiastes dès que l'on parle de petite enfance, d'accès au logement social, de défense de l'environnement et –tenez-vous bien– de prestations.


S'est-elle trompée de parti?

On se pince. S'est-elle trompée de parti? «Chez les libéraux, il y a beaucoup d'humanistes», déclare-t-elle sans broncher. Sur la terrasse d'un café genevois très en vogue, le soleil fait briller sa bouteille de Coca-Cola light. «Il faut produire davantage de richesses», poursuit la libérale. Sur ce point, Nathalie Fontanet rejoint la branche économique de sa formation. Pour aussitôt s'en éloigner: «Mais ces richesses doivent servir à payer des prestations.» La candidate se rapproche de ses adversaires directs. Et inversement: parmi les quatre prétendants de la gauche à l'exécutif genevois, il y en a en effet qui préféreraient travailler avec la libérale qu'avec Anne-Marie von Arx-Vernon, candidate démocrate-chrétienne. Ce n'est un secret pour personne.
Nathalie Fontanet ne l'ignore pas, qui songe à «des projets communs au moins une ou deux fois par an entre les conseillers administratif». Qui de ses futurs collègues la suivrait-elle (si la candidate était élue) dans cette oeuvre de décloisonnement? Difficile de le prédire. Mais on peut d'ores et déjà parier que cette libérale à la voix un brin acidulée serait tout à fait soluble dans un exécutif de gauche. Tout ne serait pas rose pour autant. Les points de friction ne manqueraient pas. Exemple: la prétendante réclame davantage de crèches. D'accord. Mais pour ce faire, elle vise à «assouplir les normes de construction», à «alléger les coûts pour les privés» et s'oppose à la municipalisation du personnel. «Cela coûte cher et ne crée pas d'emplois.» Voilà qui trahit enfin une divergence avec ses ennemis politiques.


«Des parkings, des parkings»

Côté logement, les choses risqueraient aussi de se corser. La surélévation d'immeubles, souhaitée par la libérale, n'est pas du goût d'une large frange de la gauche. Moins d'Etat, plus de privé. On revient aux sources. Au sujet de la circulation routière, la recette, pour elle, tient en une formule: «Des parkings, davantage de parkings!» Ce domaine est son dada. Nathalie Fontanet prendrait bien d'ailleurs les rênes du Département de l'aménagement. Au fait, comment compte-t-elle s'y prendre pour diminuer le trafic? «Il faut encourager les automobilistes à utiliser leur voiture à bon escient.» De la pédagogie et des parkings suffiront donc.
Il est néanmoins un domaine où la libérale prône un engagement direct de la municipalité: la sécurité. «La Ville a un rôle à jouer.» Selon elle, les agents municipaux pourraient oeuvrer plus efficacement contre la délinquance «si on leur accordait une vraie autorité». «La plus grosse erreur du Conseil administratif a été de ne pas le faire.» Des îlotiers aux trousses des délinquants? Il faut «arrêter de les voir comme de simples colleurs de bûches», se plaint la candidate. La sécurité, «c'est une affaire sérieuse qui concerne tout le monde». Et tous les domaines: l'emploi et le logement sont aussi une réponse à l'insécurité, étaie Nathalie Fontanet.
C'est «un cadre de vie agréable et rassurant» qu'elle souhaiterait créer pour la Ville de Genève. Tout doit converger vers ce but. Les finances, d'abord. La dette municipale génère des intérêts de 64 millions par an. «Cela correspond au budget de la petite enfance», rappelle-t-elle. Comment alléger ce fardeau? «En dynamisant les recettes fiscales. La vigueur des entreprises doit être renforcée. L'apport des 22000 commerçants genevois est tout aussi fondamental.» Pas besoin de procéder à des économies budgétaires? «Si, mais il est possible d'avoir des finances plus saines sans sabrer dans les prestations.» La candidate reste convaincue néanmoins que la gestion des deniers municipaux «devrait revenir à la majorité». Le libéral Pierre Muller, argentier de la Ville, seul représentant bourgeois à l'exécutif, se trouve dans une situation inconfortable: «La majorité de gauche dépense, la minorité de droite cherche à freiner les ardeurs.» Que les gagnants du 29 avril prennent en charge les finances de la Ville: voilà son idée. Humaniste ou pas, elle relève en tout cas du bon sens.I



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