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Jean Paul II, la main tendue vers l'islam

Paru le Samedi 23 Septembre 2006
   Rachad Armanios    

Religions L'histoire contemporaine du dialogue catholico-musulman commence véritablement avec la déclaration Nostra Aetate du Concile VaticanII, en 1965: «L'Eglise regarde aussi avec estime les musulmans. (...) Le saint Concile exhorte chrétiens et musulmans à oublier le passé et à s'efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle.» Initié par Paul VI, ce dialogue prendra un réel tournant avec Jean Paul II.
Il voyait dans l'islam un allié contre le communisme –une idéologie athée– et la sécularisation du monde. De fait, le Vatican et les pays musulmans se sont retrouvés dans la lutte contre l'avortement, l'homosexualité, les revendications des femmes...
Sincère, le dialogue a aussi été émaillé par une forme de concurrence religieuse. En Afrique, par exemple.
Mais ce qui reste, ce sont des symboles forts: en 1985, Jean PaulII devenait le premier pape à visiter un pays musulman (Maroc). Il inaugurait l'année suivante les rencontres interreligieuses d'Assise, puis, en 2001, visitait Damas (Syrie), devenant le premier pape à prier dans une mosquée.
«Jean Paul II a toujours insisté sur la cohabitation pacifique islamo-chrétienne, commente Mgr Bürcher. Je garde en mémoire son engagement infatigable en faveur du Proche-Orient, en Terre Sainte et en Irak. Je le vois dans la prison pardonnant à son agresseur, Ali Agça. L'esprit d'Assise, c'est la paix entre les peuples et les religions. Ce que Benoît XVI a dit à Ratisbonne n'en est qu'un écho fidèle et un prolongement édifiant.»
«Jean Paul II tenait en haute estime l'islam, religion soeur», commente à son tour Ghaleb Bencheikh. Il insistait sur le souci commun, en référence au Coran et à la Bible, d'alléger ensemble les souffrances des hommes. Enfin, il a veillé à ne jamais amalgamer l'islam au terrorisme.» ras
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Le christianisme, entre foi et raison

«Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par le moyen de l'épée la foi qu'il prêchait.» Michel Grandjean, professeur d'histoire du christianisme à la Faculté de théologie de Genève, contextualise les propos de l'empereur byzantin Manuel II Paléologue, cités par le pape.
De quel contexte historique provient le texte cité par Benoît XVI?
Dans sa conférence, il cite, comme en passant, un dialogue entre l'empereur de Byzance Manuel II Paléologue et un savant persan. On est à la fin du XIVesiècle, soit un demi-siècle environ avant la chute de Constantinople de 1453. ManuelII n'aura d'ailleurs plus que deux successeurs, et la capitale de l'Empire byzantin est déjà assiégée par les Turcs. Dans ce contexte, l'empereur défend la vérité du christianisme face à l'islam, et c'est à ce propos qu'il prononce, «avec une rudesse qui nous étonne», comme dit un peu mollement BenoîtXVI, ce jugement à l'emporte-pièce sur Mahomet.
Un tel dialogue est-il original du point de vue de l'histoire des idées?
J'avoue que j'en ignorais l'existence jusqu'à la lecture de la conférence de Ratisbonne... Ce dialogue, soigneusement recomposé, me paraît s'inscrire dans une tradition littéraire qui met en scène différents protagonistes. Les dés sont toujours pipés: puisque c'est un chrétien qui publie le texte, on sait par avance que c'est la religion chrétienne qui triomphera. Ce qui m'apparaît très problématique, dans la lecture que fait BenoîtXVI, c'est l'usage d'une anecdote particulière: il donne un peu l'impression que l'exigence d'une argumentation raisonnée (notamment contre la violence) serait totale du côté du christianisme, qui serait seul à intégrer les fruits de la culture grecque, et nulle du côté de l'islam, ce que l'histoire des idées médiévales ne permet évidemment pas d'affirmer. D'abord, les attitudes théologiques chrétiennes face à la raison sont très diverses au Moyen Age: elles vont d'une position qui cantonne la raison (ou la philosophie) dans le rôle d'une servante à une impressionnante valorisation de la raison, comme chez bon nombre de théologiens scolastiques. Ensuite, l'un des philosophes qui ont le plus fait pour interpréter la foi à l'aide de la raison est précisément un musulman, Averroès de Cordoue, au XIIe siècle. Les théologiens occidentaux, à commencer par Thomas d'Aquin, l'ont d'ailleurs immensément pratiqué; c'est en partie par lui qu'ils connaissaient Aristote.
Comment voyait-on l'islam à la fin du Moyen Age?
Là encore, c'est l'impression de diversité qui domine. L'islam est une religion fausse, qu'il faut connaître pour pouvoir la combattre (c'est la raison de la traduction latine du Coran patronnée par Pierre le Vénérable au XIIe siècle). Mais on peut trouver dans l'islam quelque chose de vrai, dans la mesure où il rejoint la religion primordiale... qui n'est autre que le christianisme, comme chez Nicolas de Cues au XVe siècle, lequel préfigure la théorie de Karl Rahner sur les chrétiens anonymes (les véritables musulmans, par exemple, seraient en fait chrétiens sans le savoir). Cette théorie inclusiviste est largement critiquée aujourd'hui par les spécialistes du dialogue interreligieux.
propos recueillis par marc trezzini
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Malek Chebel: «Le pape n'a pas dénigré l'islam»

Questions à Malek Chebel, anthropologue musulman et spécialiste de l'islam.
Le pape avait-il le droit d'aborder le thème de la violence dans l'islam?
Dans ce contexte d'une conférence universitaire, se limitant strictement à une perspective historique, oui.
A-t-il été mal compris?
Ses propos ont même été dénaturés en extrayant une phrase, il est vrai en soi choquante. Il a appelé à la réflexion: une religion, l'islam comme le christianisme, ne peut frayer avec la violence. Ce n'était pas dénigrant. Mais on dit aux masses, manipulées, que l'islam a été insulté et elles le croient.
Hafid Ouardiri, porte-parole de la mosquée de Genève, a affirmé que «dans la tradition musulmane, jamais aucune guerre n'a été faite au nom de la religion. Même au tout début, il s'agissait de se défendre contre une agression.»
C'est une contrevérité historique. Le premier siècle de l'islam était un siècle de conquête, au nom du sabre et de la religion. La «seconde prédication», ensuite, était pacifique. L'Asie, l'Afrique, l'Océan indien ont été convertis sans violence. Il y a bien eu des guerres au nom d'Allah et il y en a encore. Par exemple entre chiites et sunnites en Irak. Mais n'oublions pas les sept siècles de paix en Andalousie.
De même, si le djihad, traduit de façon réductrice par «guerre sainte», signifie l'effort de perfection personnelle, on ne peut écarter son interprétation guerrière. L'islam n'est pas plus ou moins violent qu'une autre religion. Malheureusement, les fondamentalistes sont plus structurés, riches et forts que les penseurs éclairés. propos recueillis par ras
Note : M. Chebel a notamment écrit L'Islam et la Raison, Perrin, 2005.



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