SIMON PETITE
CONSOMMATION - La Déclaration de Berne nous met la puce à l'oreille sur notre minicompagnon.
C'est devenu l'animal de compagnie préféré des Suisses. 90% d'entre eux en possèdent un. L'attachement pour nos compagnons à touches reste toutefois très relatif: les Helvètes changent de téléphone portable en moyenne tous les huit mois. Pas forcément parce que l'appareil ne fonctionne plus.
Interloquée, la Déclaration de Berne (DB) a décidé d'explorer «la face cachée de la téléphonie». Il ne s'agit pas d'encourager les gens à renoncer à leur portable. «Nous voulons sensibiliser les consommateurs – notamment les plus jeunes – aux relations Nord-Sud et aux problématiques environnementales», expose Tanja Guggenbühl, auteure du dossier de la DB.1
Saviez-vous que pour fabriquer une puce de deux grammes, il faut 32 litres d'eau ainsi que 1,6 kilo d'énergie fossile? Les pièces proviennent des quatre coins du monde. Difficile de savoir qui fait quoi et combien touchent les petites mains au bout de la chaîne.
Des suspicions pèsent également sur l'origine de certains composants. Le tantale – présnent en quantité infime dans les portables – est de ceux là. Le commerce du minerai alimenterait le butin des seigneurs de guerre de République démocratique du Congo.
Les industriels ont beau déclarer se fournir en Australie ou au Brésil, Tanja Guggenbühl n'est pas convaincue: «Avec tous les trafics et les zones grises, il est impossible d'affirmer avec certitude que rien ne vient de la RDC.» La chercheuse reconnaît cependant qu'Ericson fait figure de pionnier dans la fabrication d'appareils sans tantale. Nokia assure aussi ne plus en utiliser.
Le Sud, plus économe
Les portables contiennent bien d'autres polluants: plastique, aluminium, cuivre, plomb... Pour la DB, la «surconsommation» de mobiles produit un gigantesque gaspillage.
Dans les pays pauvres, les opérateurs n'offrent pas l'appareil lorsqu'on souscrit à un abonnement. Du coup, les utilisateurs font tout pour le réparer. Le faible niveau de vie stimule des pratiques plus économes. On ne fait sonner qu'une fois à la manière d'un bip. Le Bangladesh a inventé les «villages phones», des échoppes où les clients peuvent passer un coup de fil sur un portable commun. L'idée prospère en Afrique, d'autant que les réseaux de téléphonie mobile sont désormais plus étendus que les lignes fixes.
Elèves modèles?
En Suisse, Swisscom offre une garantie de deux ans, afin que les utilisateurs ne changent pas de portable comme de chemise. «Les clients d'Orange qui rapportent leur vieux appareils reçoivent un chèque de 50 francs à faire valoir sur un nouveau abonnement», vante Marie Claude Debons, porte-parole de la firme.
Question recyclage, justement, les Helvètes font figure d'élèves modèles. Environ un quart des portables vendus chaque année arrivent dans les mains de la SWICO. Cet organisme collecte tous les vieux mobiles, puis mandate des entreprises qui les recyclent. En 2005, la SWICO a reçu près de 350 000 appareils, soit 68 tonnes. Onze de plus qu'en 2004.
Et que deviennent les trois quarts restants? «Les gens préfèrent garder leurs anciens modèles dans un tiroir», suppose Peter Bornand, chez SWICO. En 2003, l'Office fédéral de l'environnement (OFEV), après avoir ouvert un échantillon de sacs poubelle, a estimé que les Suisses avaient tout de même jeté aux ordures 9000 tonnes de matériel électrique et électronique. Surtout des «petits appareils comme des rasoirs, calculatrices, des téléphones portables ou des montres», peut-on lire dans le rapport. Verdict: la reprise gratuite de ces appareils est «trop peu connue».
La Suisse va plus loin
L'exportation des mobiles usagers tombe, elle, sous le coup la Convention de Bâle. Le texte interdit l'envoi de déchets toxiques dans des pays où il n'y a pas d'infrastructures pour les traiter.
La Suisse va plus loin. «Il est interdit d'exporter des déchets électroniques en dehors des pays de l'OCDE (industrialisés, ndlr)», souligne Marco Buletti, responsable à l'OFEV. Cette restriction ne s'applique pas aux appareils encore en état. Ces derniers sont des produits comme les autres, précise M. Buletti. Qui concède toutefois qu'il est impossible de contrôler chaque pièce.
Swisscom et Orange revendent leurs mobiles de seconde main. A qui et dans quelle quantité? Les deux opérateurs ne communiquent pas sur le sujet.
Derrière les idéaux...
Dans le monde, le commerce illégal de déchets électronique a pignon sur rue. On connaissait la filière chinoise. En octobre dernier, l'ONG Basel Action Network (BAN) a découvert des décharges à ciel ouvert à Lagos (Nigéria) où le matériel électronique pour la plupart irréparable était sommairement brûlé. Les containers arrivaient tout droit des Etats-Unis, l'un des rares pays à n'avoir pas ratifié la Convention de Bâle, mais aussi d'Europe.
«Le recyclage est une bonne chose, combler la fracture numérique aussi mais se débarrasser de tas d'ordures électroniques sous couvert de ces nobles idéaux, c'est criminel», avait dénoncé Jim Puckett, le coordinateur de BAN.I
Note : 1La brochure peut être obtenue via www.ladb.ch. Une fiche pédagogique a aussi été réalisée par la Fondation éducation et développement (www.globaleducation.ch).