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Radio tribu

Paru le Samedi 21 Mai 2005
   ALINE GUILLERMET, LONDRES    

Culture ROYAUME-UNI - Le paysage hertzien britannique accueille de nouvelles ondes: celles des radios communautaires. Pour l'instant, on expérimente.
Autrefois divisées entre les radios commerciales et les nombreuses fréquences de la BBC, les ondes britanniques comportent depuis peu une troisième alternative: la licence de radio communautaire (community radio licence). Mise en place par l'Office des communications (Ofcom) en juillet 2004, elle permet à des radios de proximité –et à but non lucratif– de contribuer au développement social d'une certaine communauté. A titre expérimental, quinze radios sont d'ores et déjà en service, grâce à une licence d'une année délivrée au début du projet pilote en 2002, renouvelable pour une période de deux ans.
De ces quinze projets –et de toutes les radios ayant postulés auprès de l'Ofcom pour une licence de cinq ans en septembre 2004–, on ignore lesquelles apparaîtront ou disparaîtront des ondes cette année. La demande est élevée: l'automne dernier, l'Ofcom a reçu 194 candidatures en réponse à la publication de son appel d'offre, dont 30 concernant Londres.
«Il est encore trop tôt pour dire combien de licences seront accordées en 2005. Cela dépendra de la conformité avec la législation des candidatures reçues, ainsi que de la place disponible sur la bande FM», commente Susan Williams, responsable au sein du département des licences de l'Ofcom. La recherche de fréquences FM disponibles pour accueillir les nouvelles radios est un problème de taille, d'autant que la limite est déjà presque atteinte dans certaines grandes agglomérations –celle de Londres, par exemple. Seule marge de manoeuvre possible: «Les licences sont valables cinq ans et ne sont pour le moment pas renouvelables, ce qui peut laisser l'opportunité à d'autres radios d'émerger par la suite.»
Par la petite porte
L'idée d'un service radio de proximité remonte aux années soixante. L'engagement individuel au sein de la vie communautaire est au goût du jour, et les radios indépendantes tout comme la BBC reflètent cette tendance. C'est aussi l'époque des premières radios pirate, comme radio Caroline et Wonderful Radio London. Dans les années quatre-vingt, la tendance s'essouffle en raison des contraintes légales et d'un contexte social ultra compétitif.
Et c'est par la petite porte qu'elle ressurgit il y a une dizaine d'années, avec la création de la licence RSL (Restricted Service Licence) qui permet à quiconque de présenter un projet à l'Ofcom et ensuite d'émettre à faible fréquence sur les ondes longues ou courtes. D'une durée limitée à 28 jours, cette licence est facile à obtenir et est renouvelable. Plusieurs radios communautaires sont auparavant passées par l'étape de la radio RSL –c'est notamment le cas de Resonance FM, une radio culturelle basée à Londres (lire ci-dessous).
Radio pour papis
Si dans les années soixante et septante le développement d'une communauté est pensé en lien avec une zone géographique précise, l'interprétation du terme a aujourd'hui évolué. Ainsi, le texte de loi sur les radios communautaires propose de comprendre ce concept en fonction de composantes plus abstraites, telles que l'âge, la religion, ou encore les goûts musicaux des auditeurs: on est passé d'une «communauté» à une «communauté d'intérêts».
A Havant, Angel Radio, vise par exemple le troisième âge et diffuse exclusivement une musique enregistrée avant 1959; à Leicester, Takeover Radio donne l'occasion à des enfants d'animer leur propre station radio; à Londres, Renonance FM vise et implique un public intéressé par les arts et la culture. Plus traditionnellement, New Style Radio à Birmingham dirige ses émissions vers la communauté afro-caribéenne, tandis que Awaz Radio à Glasgow est au service de la communauté asiatique.
Dans tous les cas, ces radios de proximité interagissent avec leur public en proposant à des volontaires de participer à la création et à la diffusion des émissions, tout en étant au coeur d'un réseau de partenariats ancrés dans la communauté. Une des clauses de la licence insiste sur l'importance du rôle social que peut –et doit– jouer une telle structure.
L'apparition des radios communautaires sur les ondes n'est pas sans conséquences sur l'écosystème radiophonique: très vite, les radios commerciales se sont par exemple opposées à l'idée que les radios communautaires soient financées par la publicité, de peur de perdre leurs annonceurs.
Finalement, la nouvelle licence autorise les radios communautaires à être partiellement financées par la publicité et les sponsors, tant que les revenus générés par ce biais ne dépassent pas 50% du financement total. La législation précise en outre qu'une radio communautaire ne peut pas recevoir plus de 50% de son financement total d'une même source. Un système de subvention étatique administrée par l'Ofcom a également été mis en place.
Et les pirates?
Les radios pirates sont-elles aussi concernées par l'émergence des radios communautaires, dans la mesure où elles pourraient souffrir d'un durcissement de la politique de l'Ofcom à leur égard. Ayant une puissance d'émission moindre que les radios commerciales ou nationales, les radios communautaires sont en effet plus vulnérables aux interférences parfois causés par les émissions illégales.
Du reste, l'Ofcom souhaite que cette nouvelle possibilité de licence encourage les radios pirate à faire le pas vers la légalité. Mais les restrictions imposées par le texte de loi ne sont pas forcément au goût de ces dernières.
Joint par téléphone, Mr Funktion, fondateur de Unknown FM, radio pirate émettant à Londres depuis 1998, salue positivement l'initiative. «Mais telle qu'elle se présente actuellement, la licence pour radios communautaires est trop restrictive.» Mr Funktion évoque bien sûr la question du contenu: «Il ne sera plus possible de passer la musique que les radios pirate passent actuellement: des disques inédits, pas encore sortis, etc.» Mais le cri du coeur, partagé par d'autres collègues, concerne la restriction du périmètre de diffusion limité à 5 km.
Quoiqu'il en soit, les radios pirates n'ont, la plupart du temps, pas les fonds nécessaires pour obtenir une licence, même si elles le souhaitent. «Nous aimerions émettre légalement afin de pouvoir vivre de ce que nous faisons, commente Mr Funktion. Nous attendons un type de licence qui laisse plus de liberté. Mais il est difficile de faire changer les choses en restant à l'extérieur du système.»



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«Nous créons une réelle communauté»

   ALINE GUILLERMET    

RADIO - Resonance FM est l'une des quinze radios pilotes actuellement sur les ondes.
Depuis son studio niché dans une ruelle près de Trafalgar Square, Resonance FM mitonne un concentré sonore tout à fait particulier. L'un des quinze projets pilotes sélectionné par l'Ofcom il y a trois ans, Resonance FM est né de la collaboration entre le London Musicians' Collective (LMC) et John Peel – le célèbre DJ et animateur de la BBC décédé l'an dernier.
Celui qui a fait ses premières armes sur les ondes de la radio pirate Wonderful Radio London à la fin des années soixante est, en 1998, le directeur artistique du Meltdown Festival. Il convie le LMC, association pour la musique contemporaine électronique et improvisée administrée par Ed Baxter, à participer à la manifestation qui se tient chaque été sur la rive sud de la Tamise. En réponse à l'invitation, le collectif lance un programme radio d'un mois, diffusé grâce à une licence RSL.
De fil en aiguille, Resonance FM devient un pivot inclassable du paysage radiophonique londonien. Du fait de son lien filial avec le LMC, la station est ancrée dans le milieu de l'art et de la musique contemporaine, mais sa programmation générale est éclectique: on peut entendre des émissions musicales pointues, des programmes politiques, des documentaires, etc.
Resonance FM est dirigée conjointement par Ed Baxter, administrateur du LMC, Richard Thomas et Chris Weaver, co-managers de la radio. Conversation avec ces deux derniers au comptoir d'un pub londonien.

Le Courrier: En tant que radio communautaire sous licence de l'Ofcom, quelle est votre liberté de programmation?
Richard Thomas: Nous sommes soumis aux restrictions habituelles en matière de langage: ni jurons, ni propos offensants. Nous sommes également censés éviter la partialité politique, ou du moins maintenir un certain équilibre entre les points de vue. En réalité, les autres radios, et notamment la BBC qui appartient au gouvernement, sont elles-mêmes partiales, avec une programmation orientée à droite. Dans un tel contexte, nous sommes d'avis que programmer une majorité d'émissions de gauche ne cause pas de déséquilibre. Nous n'avons jamais eu de problème à ce sujet.


Que pensez-vous de la limitation d'émission fixée à 5 km?
R.T.: Londres est une ville tellement internationale que même si le périmètre d'émission est limité, nous touchons un public extrêmement varié. Nos programmes s'en ressentent aussi, qui accueillent des projets réalisés par des gens de toutes les nationalités.
Chris Weaver: Cette licence est une structure qui nous permet de fonctionner. C'est en tant que telle que nous la voyons et non comme une contrainte. Et puis il y a toujours la possibilité d'écouter Resonance depuis internet.


De quelle manière sélectionnez-vous les programmes ?
-C.W. Nous n'avons pas de critères prédéfinis, mais de manière générale, nous ne sommes pas intéressés par tout ce qui se trouverait déjà sur une radio commerciale.
R.T. Nous allons chercher certains programmes, mais nous recevons aussi beaucoup de propositions. Et si une idée est intéressante, nous sommes prêts à passer par-dessus pas mal de choses, comme la qualité de la production par exemple. Nous avons toujours de la place pour accueillir de nouveaux concepts, et pouvons décider très spontanément de les diffuser à l'antenne sans autre processus de sélection.


En quoi Resonance FM se distingue-t-elle des autres radios communautaires?
-C.W.: La plupart des radios communautaires s'adressent à une communauté d'intérêt de manière exclusive, qu'il s'agisse de la communauté chrétienne, nigérienne, etc. Elles fonctionnent en vase clos et ne communiquent pas avec l'extérieur. Elles encouragent une certaine ghettoïsation.
R.T.: Il n'existe pas de communauté au sens homogène du terme à Londres. Ici, la communauté, c'est le fait d'avoir un voisin d'une origine différente.
Sur Resonance FM, nous faisons cohabiter un programme sur le Klangkunst, un art sonore d'avant-garde, avec une émission traitant de la communauté congolaise –les auditeurs intéressés par le premier sont alors également confrontés au second, et vice-versa. Grâce à cela, nous créons une réelle communauté.
Note :
Resonance FM émet tous les jours en direct de midi à une heure du matin, le reste du temps étant consacré à des rediffusions. On peut écouter Resonance FM depuis le site internet www.resonancefm.com
Le fonctionnement Resonance FM est assuré grâce à l'investissement de nombreux volontaires, tant au niveau de la conception des émissions que de la gestion technique. Resonance FM, dont le coût annuel est estimé à £60 000 (150000 francs), est majoritairement financée par une bourse de l'Arts Council, d'une valeur de £40 000 (100000 francs) par année. Le nombre d'auditeurs est estimé à 55000-65000 personnes à Londres, et 25000-35000 personnes via internet.



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