SANDRA VINCIGUERRA
GENÈVE - Rencontre avec un membre du Collectif ex-Haro & Co, communauté nomade dans l'attente de trouver un terrain où poser ses roulottes.
«Projet? Vie en groupe, en plein air, dans des roulottes individuelles autour de lieux communs (sanitaires, cuisine, salon). Pourquoi? Nos moyens financiers et surtout un rejet du quotidien conventionnel nous ont fait prendre un choix décisif de mode de vie: en collectivité dans le respect de chacun, l'égalité, la communication et avec des buts communs.» Ces intentions sont celles du Collectif ex-Haro & Co. Squatters plusieurs fois évacués, ils ont décidé d'expérimenter un quotidien différent, nomade pour l'instant –le temps de trouver un terrain où poser leurs maisons (lire ci-dessous).
Dans sa roulotte –petite table en bois, bibliothèque étoffée, chambrette derrière des rideaux–, Maurice* explique qu'il a accepté de répondre aux questions parce qu'il ne veut plus «se défiler», mais qu'il ne peut parler que pour lui et pas au nom de la communauté.
C'est cet ancien habitant du squat des Etuves et de l'usine Haro qui retrace l'histoire du projet roulottes. «Au départ, nous étions deux familles de squatters. Après de multiples déménagements et évacuations, nous avons décidé de ne plus avoir à constamment reconstruire notre maison. Il est impossible de conduire un projet associé à un territoire si l'on change tout le temps de lieu. Alors, chacun d'entre nous s'est bâti une maison roulante. Au départ, nous considérions plutôt nos roulottes comme des machines de guerre: si nous devions déménager, c'était possible en une après-midi. Aujourd'hui, elles sont plutôt le reflet d'un mode de vie différent.»
WAGENBURG AU QUOTIDIEN
Au jour le jour, il s'agit de «prendre des responsabilités sur les actes qui me concernent, choisir ce que je veux manger et comment je veux habiter. Je n'agis pas par simple nécessité de me loger. Je suis jeune, je peux encore vivre l'utopie du Wagenburg (village de roulottes en allemand, ndlr).» Concrètement, Maurice décrit cette utopie comme une capacité complète de mouvement et la possibilité de construire des machines à partir de pièces récupérées. A terme, il désire cultiver un jardin potager et produire un minimum d'énergie solaire pour le fonctionnement de sa roulotte. «Notre mode de vie est la traduction en actes d'un discours sur l'autonomie partagé par les membres de la communauté», conclut-il.
Insistant sur la relative normalité de la communauté, il tient à rassurer et rappelle, sur le ton de l'autodérision, que chaque membre du collectif a sa chambre-roulotte et que «ne sont communs que la cuisine où nous prenons nos repas ensemble, les sanitaires et le living-room». Et que, dans le collectif, tous les membres ont une activité salariée, à des taux et dans des occupations très différents. Ce qui les unit? «Un fond anarchiste, le refus de vivre dans la société capitaliste, et puis, surtout, l'envie d'être avec des personnes qu'on aime.»
NE PAS ATTENDRE
S'il ne cache pas les contradictions et les difficultés inhérentes à toute forme de vie collective à but égalitaire, il ne comprend pas qu'on puisse le croire individualiste: «Nous ne tenons pas un discours qui exclut. Nous nous sommes accaparés les moyens qui nous rendent heureux. Nous n'avons pas attendu de les recevoir d'un système capitaliste qui ne nous les donnera pas. Récupérer les instruments du bonheur, c'est ce que je souhaite à tout le monde. Prendre en mains sa capacité de changer le monde, c'est ça la révolution.»
*Prénom d'emprunt.