ISABELLE STUCKI    

Culture NEUCHÂTEL - Suite à une expérience d'échange musical via Internet, des musiciens se regroupent en collectif. Pour défendre l'expérimentation techno.
T out ce que le terme électro recouvre de sincère, libre, novateur et vivant». Voilà ce qu'héberge éLECTRIPOCNIC, Un collectif modulable né après la participation d'une palette d'artistes neuchâtelois au dernier Festival Placard. Soit des concerts «live» retransmis via Internet. Initiative du collectif büro de Paris, l'expérience intime du Placard a été vécue très intensément à Neuchâtel. Et les critiques, parfois acerbes, n'ont fait que de cristalliser les énergies des protagonistes autour d'éLECTRIPOCNIC. «Autistes, nous? Dire que faire tomber les préjugés, il aura fallu que le quotidien français Libération1 salue notre prestation, en soulignant l'intérêt de la démarche musicale dans laquelle nous nous inscrivons!» sourit Yves Häusermann, «laptopeur» du Chichilos TV Show. «D'accord, une poignée de personnes écoutant de la musique au casque devant des ordinateurs, ce n'est pas le Paléo de Nyon!»
A vrai dire, la démarche novatrice et sans concession d'éLECTRIPOCNIC ne va pas sans rappeler les débuts de la Case à Chocs, en 1991, quand la salle de concert pouvait encore se targuer de défendre les couleurs d'une culture alternative. Tournées vers des tendances musicales pointues, ses affiches étaient régulièrement taxées d'«hermétiques». Or, à l'heure actuelle, nombreux sont celles et ceux qui saluent cette audace sulfureuse qui avait permis de relier Neuchâtel à des réseaux musicaux internationaux, honnêtes et anti-commerciaux.


TRANSMUTATION DES ACQUIS

D'une manière différente et avec d'autres moyens, c'est également un filet osé qu'éLECTRIPOCNIC est en train de tisser, bien au-delà des frontières territoriales. D'ailleurs, le collectif ne cache pas que «quelque chose d'utopique et punk» sous-tend son travail. «Nous échappons aux structures. Pas de résidence fixe, pas de cachets, pas de fric, pas de subventions, pas de comité, pas de hiérarchie... Nous misons nos forces sur l'expression, l'invention et l'exploration d'horizons inusités.»
Par exemple, l'écoute au casque semble bien installer un rapport très particulier au son. «Le récepteur écoute quelqu'un qu'il ne voit pas et le musicien joue pour des inconnus. Ces postures développent d'étranges et excitantes sensations. L'idée de public est transmutée», relève Julien Baillod, guitariste et bidouilleur de Bio. Si bien qu'éLECTRIPOCNIC participe à l'émergence d'un paysage sonore et relationnel inédit, à la fois en adéquation et en décalage avec le monde. Le visuel n'est plus en lien avec l'auditif. On est ici et on est là-bas. Les repères sont entièrement brouillés. Et une autre forme de sociabilité s'installe.
«Lors des Placards, qui sont ouverts à tous et non-payants, dans la mesure où il n'y a pas assez de casques, un tournus s'instaure. Et les gens discutent de ce qu'ils écoutent», assure Davy Courvoisier, webmaser du collectif. «Le système Placard permet de se rencontrer. Alors que dans les soirées techno traditionnelles, on ne se parle pas. De plus, nous avons déjà invité à Neuchâtel des musiciens de Leipzig, que nous avons rencontrés grâce à Placard.»


RAFRAÎCHIR LES OREILLES

Si éLECTRIPOCNIC rêve d'interconnecter un maximum d'artistes, cette approche différente de la musique relève pour le moment d'un défi envoûtant mâtiné de science-fiction poétique: éLECTRIOPOCNIC utilise la technologie dans un autre sens que celui qui lui est réservé traditionnellement. «Malgré nos compétences, nous sommes assez «marabouts de ficelles». Souvent, les machines «plantent». Mais plus nous serons d'artistes dans le monde à travailler ensemble, plus il y aura de chances que cela marche un jour.
Motivé par le magma dans lequel il se trouve, éLECTRIOPOCNIC entend instaurer plusieurs rendez-vous mensuels, dont la programmation s'apparentera à celle du Placard, même si elle ne sera pas forcément retransmise sur le réseau: dadaïsme, bruitisme, jeux entre échantillonnages, dancefloor déviant ou improvisations sont donc au menu. Membre du groupe Karma Chaos, Christian Addor ajoute: «Nous sommes en train de découvrir ce que nous faisons! Nous sommes juste des curieux, des «internautistes» qui avons décidé de nous en mêler. En proposant des «live-acts», nous voulons faire découvrir notre travail à toutes celles et ceux qui ont envie que leurs oreilles se rafraîchissent et continuent de travailler.»
Note : 1Libératio, «Les Placards ont des oreilles», 25 juillet 2003.
Soirée éLECTRIPOCNIC avec Yvan&Lendl, Ionic South, Chichilos TV Show, je 29 janvier, 21h à l'Usine, rue de la Gare 7A, Corcelles/NE.
En savoir plus: http://placard95.dokidoki.fr
www.b-u-r-o.com
www.electripocnic.org



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Le Placard, mode d'emploi

   ISABELLE STUCKI    

Motivés par leur volonté d'activer les démarches artistiques «extrêmes, innovantes, critiques ou ludiques dans le champ large des musiques électroniques», les Parisiens de büro ont organisé, dès 1998, des soirées en appartement. Dans ces «Placard» qui se déroulaient parfois dans de minuscules chambres de bonne, la musique était diffusée sur l'Internet et par le biais de casques. En 2003, pour le Festival annuel de büro, 60 placards ont été ouverts reliant pour 95 jours Paris, à Tokyo, Leipzig, Melbourne, ...et à Neuchâtel.
«Les placards émetteurs organisent des concerts, streamés en direct. Tandis que les placards récepteurs sont des lieux d'où l'on écoute», clarifie Davy Courvoisier. Pour ouvrir un Placard, il est nécessaire de s'inscrire au préalable. Il s'agit de préserver une certaine intimité. Car les placards ne sont pas des radios Internet. Mais aussi, d'en limiter l'accès afin que la qualité d'écoute, qui dépend de la bande passante, soit préservée.
D'autre part, dans l'esprit de büro, il est essentiel que les gens puissent se retrouver physiquement. Que cela soit pour écouter ou pour diffuser. Car, à part les conversations et les applaudissements, un placard ne fait pas de bruit. Et permet de donner des concerts chez soi sans que les voisins n'appellent la police... ISi



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