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En 2010, les Universités auront accompli leur révolution copernicienne.

Les Unis suisses à la sauce bolognaise

Paru le Vendredi 05 Décembre 2003
   MARCO GREGORI    

Suisse La Conférence universitaire de Suisse s'est réunie hier à la mairie de Berne. Au menu: adopter les directives pour les Universités de Suisse découlant du processus dit de Bologne.
On savait que la rencontre allait être intense. Elle l'a été. Mais à l'arrivée, tout le monde est reparti satisfait. «Les votes se sont faits à l'unanimité des 13 membres», se réjoui Nivardo Ischi, secrétaire général de la Conférence universitaire suisse (CUS)[1]. D'ailleurs, le communiqué émis hier après-midi par le secrétariat de la CUS consacre l'art du compromis helvétique. Ainsi, le processus de Bologne s'appliquera à la Suisse. Ainsi, le bachelor et le master seront bel et bien deux diplômes distincts, le premier obtenu après trois ans d'étude, le second après deux ans supplémentaires et tous deux devant permettre l'accès au marché du travail. Mais, en principe, l'obtention du bachelor garantit l'admission automatique au cours menant au master. En principe, car les Universités seront libres de proposer des masters spécialisés assortis de conditions d'admissions particulières. Les Hautes écoles universitaires ont jusqu'à 2010 pour se mettre à la sauce bolognaise, mais les règlements cantonaux devront être adaptés en conséquence avant fin 2005.

LES CRÉDITS EN HAUSSE

Schématiquement, le verdict qui est ressorti de la réunion de Berne constitue un compromis entre ceux qui considéraient que le terme des études devait être le master et ceux qui appelaient de leur voeux une sélection après le bachelor. Dans les faits, les étudiants devront acquérir 180crédits lors de leurs trois premières années universitaires pour pouvoir bénéficier du premier diplôme. Il leur faudra encore 90 ou 120 crédits pour revendiquer le master. Et si la CUS a beau considérer que le master est «l'équivalent de la licence», cela ne sera pas tout à fait le cas, puisque les 240 crédits actuels qui la sanctionnent subissent l'inflation et s'élèveront à 270 ou 300. «Un crédit correspond à une prestation d'études exigeant entre 25 et 30 heures de travail», lit-on dans les directives.
Si ces deux cursus sont clairement délimités dans le texte sur les directives, ils n'en forment pas moins un tout. Pour preuve, le texte final insiste sur le fait que, «en ce qui concerne la durée du financement des études et des aides à la formation, de même que les taxes des cours, les études de bachelor et de master constituent ainsi les deux phases d'une seule filière d'étude.» La phrase vaut son pesant de crédits. Charles Beer, chef du Département genevois de l'instruction publique, estime qu'elle devrait servir de garde-fou face à ceux qui auraient l'idée de mettre des barrières financières aux étudiants ayant obtenu le bachelor et désireux d'entreprendre le cursus suivant.


CHARLES BEER SATISFAIT

Reste le cas des «masters spécialisés». Quelle garantie a-t-on que cette appellation ne serve qu'à camoufler des masters classiques que les Universités souhaiteraient assortir de conditions d'admission particulières? Là aussi, M.Beer se veut confiant: «Les directives ont été assorties d'un commentaire qui a également été soumis au vote. Même si l'élaboration de ce texte n'est pas encore terminée, nous nous sommes mis d'accord sur la définition du master spécialisé. Celui-ci ne devra être réservé qu'à certaines filières de pointe.»
Le magistrat genevois met également en avant le fait que la CUS fera office d'autorité de surveillance et qu'un seul de ses membres pourra demander la tenue d'une réunion s'il observe des abus dans l'application des directives. Bref, le magistrat se déclare satisfait du résultat. Tout au plus regrette-t-il que les politiques n'aient pas un rôle plus important que celui de contrôleur, mais, précise-t-il aussitôt, «la déclaration de Bologne veut favoriser l'autonomie des Universités». Pour sa part, Nivardo Ischi se félicite que «les politiques aient émis le désir d'assumer un rôle de surveillant et que chacun a essayé de comprendre la volonté des autres.»
Une étape importante a donc été franchie, mais il reste encore du chemin à parcourir. Les cantons devront notamment modifier leurs législations au cour des deux prochaines années. Une modification qui risque de provoquer quelques grincements de dents ici et là. A Genève en tout cas, puisque le politique devra renoncer à une parcelle de son pouvoir de tutelle à l'égard des Universités. Charles Beer en est conscient, mais constate: «Il faut bien comprendre que l'on n'a pas le choix.»
Note : [1]La CUS est constituée des neufs chefs des départements de l'instruction publique des cantons universitaires, de deux représentants de cantons non-universitaires et de deux délégués de la Confédération.



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Des étudiants refusent la marchandisation de l'Université

   VIRGINIE POYETTON    

MOBILISATION ? Quelque 50 étudiants se sont mobilisés hier devant la mairie de Berne où se réunissait la CUS. Contre l'adoption des directives libérales et élitistes de la Déclaration de Bologne.
Une cinquantaine d'étudiants, venus de Berne, Bâle, Genève, Lausanne et Zurich se sont réunis hier devant la mairie de Berne où se tenait la réunion de la Conférence universitaire suisse (CUS) pour empêcher la rencontre. Se retrouvant nez à nez avec un cordon de police, les jeunes n'ont pas pu entrer dans le bâtiment. En avril 2002, ils avaient pourtant réussi à empêcher l'adoption des directives... jusqu'à hier. «Le secrétaire général de la CUS, Nivardo Ischi, a voulu discuter avec nous, mais nous avons refusé. Nous ne sommes pas une chambre d'enregistrement de leurs décisions.» Secrétaire de la Conférence universitaire des associations d'étudiants (CUAE) à Genève, Martin Boeckhoudt accuse la CUS de mener un processus de délibération totalement anti-démocratique. «Ni le Conseil national, ni les parlements cantonaux n'ont été consultés, mais seulement les départements cantonaux concernés.»


ÉTUDES ET COMPÉTITIVITÉ

La CUAE ne veut pas de la déclaration de Bologne. En ça rien de nouveau. Depuis 1999, l'association d'étudiants répète que ce document n'est qu'un pas en avant vers la marchandisation de l'enseignement. Mercredi, un «Café autogéré» était d'ailleurs organisé au sein d'Uni-Mail pour discuter de la problématique. Interrogé par la Tribune de Genève, Giangiorgio Gargantini de la CUAE affirmait que «Bologne représentait une mesure parmi d'autres d'un plan de réduction des coûts.»
Pour la CUAE, la manière dont la déclaration est présentée est purement technique et cache des enjeux beaucoup plus importants sur l'avenir de l'Université. A en croire l'association, l'objectif dévoilé par le document est l'amélioration de la compétitivité du système, en raccourcissant la durée des études et en augmentant la sélectivité des filières. «On cherche à perpétuer la formation d'une certaine élite», soutient M. Boeckhoudt. Pour la CUAE, l'éducation et la recherche ne devraient pas être pensées en termes de compétitivité, de sélection ou de rendement à court terme.


MASTERS ÉLITISTES

Mais l'association d'étudiants est minorisée dans ces revendications. En avril 2002, parce qu'elle la jugeait trop consensuelle, elle s'est retirée de l'Union des étudiants de Suisse (UNES). Dès lors ce sont essentiellement l'UNES et l'Association faîtière des étudiants des hautes écoles (AES), idéologiquement proches du secrétaire d'Etat Charles Kleiber, qui ont participé aux négociations avec la CUS. «Nous sommes satisfaits de constater que le passage se fera automatiquement entre Bachelor et Master», confirme Alexandre Aellig, président de l'AES. Même si le texte donne une grande marge d'appréciation aux cantons, en affirmant que les masters spécialisés pourront être assortis de conditions d'admission particulières. «A partir du moment où il y a au moins un Master disponible...», complète M. Aellig.
Quant à l'UNES, avant la réunion d'hier, elle avait fait parvenir un texte à la CUS la mettant en garde contre les filières d'études de masters spécialisés, qu'elle voyait comme une porte ouverte au numerus clausus. Elle demandait la radiation de l'article concernant ces masters spécialisés. Elle regrette de ne pas avoir été entendue en la matière.
Les trois associations se rejoignent malgré tout sur un point: le manque d'informations diffusées aux étudiants sur le processus de Bologne lui-même. «Ce que nous réclamons depuis toujours, c'est un débat autre que ces discussions bureaucratisées», soutient Martin Boeckhoudt. La CUAE craint que la prochaine étape de cette «marchandisation de la formation» soit les études payantes sur le modèle anglo-saxon. Elle promet de continuer la mobilisation.

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La Déclaration de Bologne

Signée en juin 1999 par les ministres de l'éducation de 29 pays européens et, pour la Suisse, par le secrétaire d'Etat Charles Kleiber, la Déclaration de Bologne vise officiellement à une plus grande homogénéisation des systèmes d'enseignements universitaires européens dans le but de créer «L'Europe des connaissances».
La Déclaration poursuit essentiellement la réalisation de trois objectifs. En premier lieu, la mise en place d'un cursus en deux étapes (bachelor et master). Le premier cursus d'une durée minimale de trois ans correspondrait «à un niveau de qualification suffisant pour l'insertion sur le marché du travail», le deuxième cursus ouvre en revanche la voie aux études doctorales. Ce système devrait rendre les diplômes «facilement comparables pour favoriser l'intégration des citoyens européens sur le marché du travail».
La déclaration propose aussi la mise en place d'un système de crédits pour favoriser la mobilité des étudiants. Mobilité qui est également le quatrième objectif de la déclaration. Restent «la promotion de la coopération européenne en matière d'évaluation de la qualité» et «l'encouragement de la dimension européenne de l'enseignement supérieur» qui concernent essentiellement l'élaboration des programmes d'étude, de mobilité et de recherche.
La Déclaration de Bologne n'est pas un traité international et n'a donc aucune force coercitive. Son application dépend de la volonté des autorités politiques et académiques de chaque pays.
C'est pourquoi des directives d'application doivent être discutées dans chaque pays pour rendre effectifs les objectifs recherchés. En Suisse, c'est à travers la Conférence universitaire suisse (CUS), regroupant tous les chefs de département des cantons universitaires et réunie hier à Berne, que les modalités d'application de la déclaration dans les Universités suisses se discutent (lire ci-contre). VPn



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