MARCO GREGORI
La Conférence universitaire de Suisse s'est réunie hier à la mairie de Berne. Au menu: adopter les directives pour les Universités de Suisse découlant du processus dit de Bologne.
On savait que la rencontre allait être intense. Elle l'a été. Mais à l'arrivée, tout le monde est reparti satisfait. «Les votes se sont faits à l'unanimité des 13 membres», se réjoui Nivardo Ischi, secrétaire général de la Conférence universitaire suisse (CUS)[1]. D'ailleurs, le communiqué émis hier après-midi par le secrétariat de la CUS consacre l'art du compromis helvétique. Ainsi, le processus de Bologne s'appliquera à la Suisse. Ainsi, le bachelor et le master seront bel et bien deux diplômes distincts, le premier obtenu après trois ans d'étude, le second après deux ans supplémentaires et tous deux devant permettre l'accès au marché du travail. Mais, en principe, l'obtention du bachelor garantit l'admission automatique au cours menant au master. En principe, car les Universités seront libres de proposer des masters spécialisés assortis de conditions d'admissions particulières. Les Hautes écoles universitaires ont jusqu'à 2010 pour se mettre à la sauce bolognaise, mais les règlements cantonaux devront être adaptés en conséquence avant fin 2005.
LES CRÉDITS EN HAUSSE
Schématiquement, le verdict qui est ressorti de la réunion de Berne constitue un compromis entre ceux qui considéraient que le terme des études devait être le master et ceux qui appelaient de leur voeux une sélection après le bachelor. Dans les faits, les étudiants devront acquérir 180crédits lors de leurs trois premières années universitaires pour pouvoir bénéficier du premier diplôme. Il leur faudra encore 90 ou 120 crédits pour revendiquer le master. Et si la CUS a beau considérer que le master est «l'équivalent de la licence», cela ne sera pas tout à fait le cas, puisque les 240 crédits actuels qui la sanctionnent subissent l'inflation et s'élèveront à 270 ou 300. «Un crédit correspond à une prestation d'études exigeant entre 25 et 30 heures de travail», lit-on dans les directives.
Si ces deux cursus sont clairement délimités dans le texte sur les directives, ils n'en forment pas moins un tout. Pour preuve, le texte final insiste sur le fait que, «en ce qui concerne la durée du financement des études et des aides à la formation, de même que les taxes des cours, les études de bachelor et de master constituent ainsi les deux phases d'une seule filière d'étude.» La phrase vaut son pesant de crédits. Charles Beer, chef du Département genevois de l'instruction publique, estime qu'elle devrait servir de garde-fou face à ceux qui auraient l'idée de mettre des barrières financières aux étudiants ayant obtenu le bachelor et désireux d'entreprendre le cursus suivant.
CHARLES BEER SATISFAIT
Reste le cas des «masters spécialisés». Quelle garantie a-t-on que cette appellation ne serve qu'à camoufler des masters classiques que les Universités souhaiteraient assortir de conditions d'admission particulières? Là aussi, M.Beer se veut confiant: «Les directives ont été assorties d'un commentaire qui a également été soumis au vote. Même si l'élaboration de ce texte n'est pas encore terminée, nous nous sommes mis d'accord sur la définition du master spécialisé. Celui-ci ne devra être réservé qu'à certaines filières de pointe.»
Le magistrat genevois met également en avant le fait que la CUS fera office d'autorité de surveillance et qu'un seul de ses membres pourra demander la tenue d'une réunion s'il observe des abus dans l'application des directives. Bref, le magistrat se déclare satisfait du résultat. Tout au plus regrette-t-il que les politiques n'aient pas un rôle plus important que celui de contrôleur, mais, précise-t-il aussitôt, «la déclaration de Bologne veut favoriser l'autonomie des Universités». Pour sa part, Nivardo Ischi se félicite que «les politiques aient émis le désir d'assumer un rôle de surveillant et que chacun a essayé de comprendre la volonté des autres.»
Une étape importante a donc été franchie, mais il reste encore du chemin à parcourir. Les cantons devront notamment modifier leurs législations au cour des deux prochaines années. Une modification qui risque de provoquer quelques grincements de dents ici et là. A Genève en tout cas, puisque le politique devra renoncer à une parcelle de son pouvoir de tutelle à l'égard des Universités. Charles Beer en est conscient, mais constate: «Il faut bien comprendre que l'on n'a pas le choix.»
Note : [1]La CUS est constituée des neufs chefs des départements de l'instruction publique des cantons universitaires, de deux représentants de cantons non-universitaires et de deux délégués de la Confédération.