MONA
CHOLLET
MÉDIAS
La plainte pour antisémitisme déposée
contre le journaliste de France-Inter Daniel Mermet est au coeuur
des «pressions croissantes exercées sur les journalistes
critiquant la politique d`Ariel Sharon» que dénonce
Reporters sans frontières.
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«Une
opération d`intimidation de la presse.» C`est
ainsi que Rony Brauman l`ancien président de Médecins
sans frontières connu pour ses positions critiques à
l`égard de la politique israélienne qualifie le
procès intenté au journaliste Daniel Mermet animateur
de l`émission «Là-bas si j`y suis»
sur France-Inter. Il y a un an celui-ci lors d`une série
de reportages consacrés au conflit israélo-palestinien
diffusait en début d`émission comme d`habitude
quelques-uns des messages laissés par les auditeurs sur sa boîte
vocale. Certains accusaient les Arabes de tous les maux tandis que
d`autres au contraire critiquaient avec virulence le gouvernement
d`Ariel Sharon.
Gilles-William Goldnadel président de l`association Avocats
sans frontières a jugé ces messages «antisémites»
de même que la tonalité de l`ensemble des émissions
accusées de «faire l`apologie de la violence aveugle
de victimiser la partie palestinienne et de sanctifier sa souffrance».
La Ligue internationale contre le racisme et l`antisémitisme
(LICRA) et l`Union des étudiants juifs de France (UEJF)
se sont jointes à lui pour porter plainte. A l`audience
le 31 mai l`accusation a cité comme témoins le philosophe
Alain Finkielkraut le président du Conseil représentatif
des institutions juives de France (Crif) Roger Cukierman et l`éditorialiste
du Courrier International Alexandre Adler. Daniel Mermet bénéficiait
quant à lui du soutien de Rony Brauman et de Jean-Claude Guillebaud
chroniqueur au Nouvel Observateur.
UNE
PRESSION CROISSANTE
Ce procès est l`occasion pour Reporters sans frontières
de s`inquiéter dans un appel des pressions croissantes
exercées sur les journalistes critiquant la politique d`Ariel
Sharon. Les rédactions sont assaillies de messages; Le Monde
a vu sa façade ornée de graffitis l`accusant d`antisémitisme
et la Ligue de défense juive a décerné un «Prix
de la désinformation» au Nouvel Observateur à Libération
et à l`Agence France Presse rebaptisée «Agence
France Palestine». Spécialiste des procès visant
des journalistes - en 2001 il a fait condamner Le Monde pour diffamation
à l`encontre du peuple serbe - Gilles-William Goldnadel
anime d`ailleurs un groupe de pression baptisé «Ligue
internationale contre la désinformation». Il a aussi publié
Le Nouveau bréviaire de la haine dans lequel il défend
des thèses semblables à celles de Pierre-André
Taguieff (également cité comme témoin à
charge au procès de Daniel Mermet) l`auteur de La nouvelle
judéophobie: l`antisémitisme serait désormais
l`apanage de la gauche «altermondialiste» et des musulmans.
Les plaignants affirment qu`ils acceptent volontiers les critiques
adressées au Gouvernement israélien mais les refusent
lorsqu`elles dérivent vers l`antisémitisme.
AMALGAME
EXPLOSIF
Le problème est que tous sont des personnalités qui ont
fait le choix dangereux de mêler inextricablement la dénonciation
des actes anti-juifs en France et la défense inconditionnelle
de la politique israélienne. Lors de la grande manifestation
parisienne du Crif en avril dernier les pancartes «Non à
l`antisémitisme» côtoyaient les «Sharon
on t`aime». Cet amalgame explosif se double parfois d`un
flirt avec le racisme: Maître Goldnadel est l`avocat d`Oriana
Fallaci dans le procès intenté à la pamphlétaire
islamophobe par le Mouvement contre le racisme et pour l`amitié
entre les peuples (Mrap). Quant à Roger Cukierman il a dérapé
en déclarant au quotidien israélien Haaretz après
le premier tour de l`élection présidentielle en France
que le score de Jean-Marie Le Pen était «un message aux
musulmans les incitant à se tenir tranquilles».
LA
MAUVAISE CIBLE
Quoi qu`il en soit il semblerait que les accusations tous azimuts
d`antisémitisme aient cette fois particulièrement
mal choisi leur cible. La nouvelle du procès a suscité
la stupéfaction parmi les 600 000 auditeurs de Daniel Mermet
qui jouit d`une aura certaine: «Autant accuser le pape d`anticléricalisme!»
lançait l`un d`eux. Ouvertement engagé - José
Bové ou l`équipe du Monde diplomatique sont des habitués
de l`émission - le reporter a toujours donné la parole
aux opprimés d`hier et d`aujourd`hui: Tchétchènes
Nord-Coréens Afghans Algériens rescapés des massacres
d`octobre 61 à Paris ou victimes de la torture pendant la
guerre d`indépendance... Il a si souvent consacré
des émissions à la Shoah que cela lui a valu nombre de
messages antisémites - authentiquement cette fois - sur le fameux
répondeur: «Mermet! Es-tu juif?...» La pétition
de soutien lancée sur Internet a recueilli plus de 16 000 signatures
parmi lesquelles celles de Lucie et Raymond Aubrac Pierre Vidal-Naquet
Jorge Semprun Gisèle Halimi Edgar Morin Danielle Mitterrand
Manu Chao... L`ancien président du Crif l`avocat Théo
Klein est intervenu dans «Là-bas si j`y suis»
pour se démarquer des positions de son successeur. Par la voix
de son directeur Philippe Thureau-Dangin la rédaction du Courrier
International s`est également désolidarisée
de son éditorialiste. Et Avocats sans Frontières-France
qui réunit les principales organisations de la profession a
tenu à préciser qu`elle n`avait aucun lien avec
l`association présidée par Gilles-William Goldnadel.
Le jugement sera rendu le 12 juillet.
Pour
plus d`informations:
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