PAULINE CANCELA    

Genève DÉBAT - Le rectorat a refusé d'allouer ses locaux à Génération Palestine. L'Association voulait y organiser une conférence sur Gaza, un an après.
De la censure à l'université de Genève? C'est ce que dénonce l'Association Génération Palestine dans une lettre acerbe envoyée hier à l'institution. Sa conférence «Gaza, un an après» a en effet été interdite d'auditoire, six jours avant l'événement – prévu le 18 janvier dernier –, sous prétexte que le rectorat a décidé de ne «plus louer de salles pour des manifestations d'ordre politique à l'exception des débats cantonaux ou nationaux». La manifestation avait pour but de faire le point sur la situation dans la bande de Gaza, un an après l'attaque israélienne de janvier 2009. Si on en croit la lettre de Génération Palestine, l'évènement n'a pas posé de problème jusqu'au retrait in extremis du rectorat. Initialement soutenue par le service des réservations, la conférence a été jugée trop unilatérale par ce dernier. Et Génération Palestine de rétorquer au rectorat que «faire le point sur Gaza (...) n'est en aucun cas un match de football».
L'association reproche de fait à l'université de n'avoir pas compris que l'évènement incriminé portait sur un sujet d'actualité, avant d'être une manifestation politique. Elle ne voit pas non plus en quoi la discussion aurait impliqué l'institution, dans la mesure où l'association avait pris garde de mentionner que l'université était «étrangère à l'organisation de cet événement». D'autant que rien n'aurait empêché «une association aux opinions divergentes de s'exprimer ultérieurement ou lors du débat».


Réactions virulentes

La décision a suscité de vives réactions au sein des milieux associatifs et académiques. Dans un communiqué, les membres de l'Association des étudiants en science politique (AESPRI) se disent «très surpris d'apprendre qu'un débat politique non national n'a pas sa place dans un cadre académique» et s'interrogent quant aux «conditions idéales dans lesquelles devrait se tenir un tel débat».
L'université a-t-elle eu peur de se mouiller? Ce n'est pas si simple, à en croire le vice-recteur Pierre Spierer. L'académicien reconnaît qu'en principe aucune limite à la liberté d'expression ne devrait être posée. Les refus de location sont assez rares, remarque-t-il, mais le simple enregistrement de la demande ne signifie pas pour autant le feu vert. Dans le cas de Génération Palestine, il y a eu un malentendu. Après analyse du dossier, le rectorat a conclu que la requête ne permettait pas de réel échange d'opinions, si cher à l'institution. «La liberté n'est pas totale. L'université a aussi une responsabilité de recherche de la vérité.» Elle est «tiraillée» entre deux exigences: liberté et crédit. A ce titre, la mention qui dédouane l'organe académique de toute responsabilité n'est pas satisfaisante, souligne Pierre Spierer. Il cite la presse qui «a du mal a faire la différence entre les programmes rattachés à l'université et les autres». L'institution se réserve donc le droit de refuser des hôtes qu'elle juge tendancieux, comme les créationnistes, pour ne pas entacher sa réputation des attaques mal dirigées.


Procédures en révision

Ce n'est pas la première fois que l'université entrave la liberté d'expression, écrit l'AESPRI. L'association évoque la «tentative de musellement» de certains dessins de presse en février dernier, lors d'une exposition contre la peine de mort. Par ce biais, l'AESPRI accuse l'institution genevoise de faire «l'utilisation assumée d'un pouvoir discrétionnaire».
Pierre Spierer s'en défend vivement et rappelle que le rectorat avait immédiatement autorisé la poursuite de l'évènement à la suite d'une plainte venant d'un employé choqué par une des caricatures. En outre, signale-t-il au passage, une précédente interdiction concernant des photos sur l'histoire d'Israël montre que l'Uni ne fait pas dans la discrimination.
Toutefois, si le débat de Génération Palestine avait été organisé par une association rattachée à une faculté, il aurait passé comme une lettre à la poste. Aussi, Pierre Spierer admet-il une faille dans le règlement actuel. «Peut-être que nous avons eu tort», confesse-t-il. A la suite de cette affaire, les procédures sont en pleine révision. Dans un mois, les critères d'admission devraient être clairs. I



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L'université se dégonfle-t-elle face aux sujets trop «chauds»? | S'identifier ou créer un nouveau compte | 0 Commentaires
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