PROPOS RECUEILLIS PAR RACHAD ARMANIOS
ENTRETIEN - En marge des Jeux de Vancouver qui démarrent aujourd'hui, l'avis de Christian Oeil, secrétaire régional des Verts et opposé à la candidature d'Annecy pour les JO d'hiver de 2018.
Alors que s'ouvrent aujourd'hui à Vancouver les Jeux olympiques d'hiver, le Comité anti-olympique, opposé à la candidature d'Annecy aux Jeux de 2018, continue de donner de la voix. Annecy, la ville retenue pour la candidature française, est en compétition avec Munich et Pyeongchang (Corée du Sud). Le choix sera tranché par le Comité international olympique le 6 juillet 2011. Entretien avec le protestataire Christian Oeil, également secrétaire régional des Verts (savoyards).
Votre regard sur les Jeux de Vancouver?
Christian OEil: Selon la presse canadienne, la météo douce obligera le recours à des camions, voire des hélicoptères pour déplacer de la neige! C'est comme à Annecy, où l'on pense organiser des épreuves dans des stations à 900 mètres d'altitude. C'est aberrant. Financièrement, ce n'est pas mieux: deux stations hôtesses des Jeux (Whistler et Blackcomb) sont en cessation de paiement et devraient être mises aux enchères pendant les compétitions!
Où en est la candidature d'Annecy?
Elle n'a pas beaucoup avancé. Aucun plan financier sérieux n'a été établi. Même chose concernant le bilan carbone. On promet des bâtiments «éco-construits», mais ça veut dire quoi? En France, il y a cinquante définitions...
Les autorités vantent le fait que les Jeux favoriseront la construction de transports en commun, en particulier ferrés. Mais c'est faux, car ils n'ont qu'apposé l'étiquette JO sur des projets vieux de dix ans. Et le comité a reçu une douche froide, car le Réseau ferré de France a informé peu après cette annonce que la ligne TGV Annecy-Paris, vendue avec le «label» JO, ne pourrait pas se faire pour des raisons financières et techniques.
La contestation anti-JO a-t-elle pris de l'ampleur?
Notre pétition a récolté près de 3500 signatures et nous sommes passés de 20 à 66 membres actifs, plus une centaine de sympathisants. La population me semble toujours plus sceptique. Au début, sur les stands de récolte de signatures, nous avions de la peine à convaincre les jeunes, emballés par l'aspect festif, sportif et les paillettes. De même que les aînés, plus réticents à se montrer subversifs. Mais cela a changé, les gens qui disposent d'un pouvoir d'achat faible signent, car la dimension économique du projet inquiète.
Justement, que reprochez-vous à cette candidature?
La candidature coûte en soi 16 millions d'euros, et il y a déjà un dépassement de crédits de 40%. Mais les Jeux coûteraient 1,5 milliard d'euros. Vu l'état des finances publiques, on ne peut se le permettre. Les expériences d'Albertville et de Turin démontrent que les retombées économiques sont une illusion. Au contraire, à Albertville, les Jeux ont généré pour leur préparation 14 000 emplois – très précaires et sous-payés. Après quoi le chômage a crû, car les commandes n'ont plus suivi. Ce n'est pas une économie durable.
Et sur le plan écologique?
Le marketing vert du comité est efficace, mais, comme je l'ai dit pour la mobilité douce, c'est du recyclage de vieux projets. Pis: on cache par exemple le projet de tunnel routier du Semnoz, une montagne au sud d'Annecy. Il n'est pas souhaitable, car ce sera un énième aspirateur à voitures, mais si les Jeux sont acceptés, on dira: «On est obligé de le creuser». Mais surtout, ces Jeux vont dans le sens de la fuite en avant vers le tourisme blanc, censé être l'avenir de l'économie de la Savoie. Alors pourquoi y fait-on venir toujours plus de voitures? C'est une contradiction. Les Jeux de Turin avaient vu la consommation d'eau atteindre en quatre semaines celle d'une ville de 600 000 habitants en un an. Par analogie, les Jeux d'Annecy consommeraient autant d'eau que le Département de la Haute-Savoie en onze mois!
L'eau vient à manquer, le niveau des lacs a baissé. Cela n'empêche pas des projets (hors-JO) pharaoniques d'émerger: la petite station d'Abondance, qui avait fermé faute de neige, vient de rouvrir pour accueillir bientôt une énorme station. Cela a exigé des retenues collinaires (pour garder l'eau de la fonte qui alimente les canons à neige), privant les nappes phréatiques de cette eau et détruisant des biotopes précieux. I