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Peuple sans Etat ni parti (légal)

Paru le Vendredi 05 Février 2010
   BENITO PEREZ    

Solidarité KURDISTAN - Le 11 décembre, la Justice turque laissait 10% des votants sans représentation.
A peine lancée la politique d'«ouverture démocratique» a déjà du plomb dans l'aile. La reconnaissance progressive de la communauté kurde, promise l'été dernier par le gouvernement, a subi un très sévère coup de frein, le 11 décembre, lorsque la Cour constitutionnelle a ordonné la dissolution du Parti pour une société démocratique (DTP). La seule formation kurde représentée au parlement a vu ses biens saisis et trente-sept de ses cadres, dont le président Ahmet Türk, bannis de la vie politique durant cinq ans. Le DTP comptait 21 députés sur 550. Ce n'est pas la première fois que la minorité kurde se voit interdite de représentation politique. Quinze ans avant le DTP, le Parti démocratique (DEP) de Leyla Zana avait été fermé et ses leaders incarcérés. En 2003, ce fut au tour du HADEP, ou Parti de la démocratie du peuple. A chaque fois, le prétexte est le même: le DTP est un «foyer d'activités préjudiciables à l'indépendance de l'Etat et à son unité indivisible», a déclaré le président de la Cour Hasim Kiliç. Plus concrètement, le DTP comme ses prédécesseurs sont perçus à Ankara comme la vitrine politique du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), la guérilla surgie en 1984. Selon le procureur Abdurrahman Yalçinkaya, à l'origine de la procédure d'interdiction, le lien organique entre DTP et PKK ne fait pas de doute, l'ex-parti légal prenant ses «directives» auprès de cette organisation classée «terroriste» par Ankara, Washington et Bruxelles. Une subordination contestée par le DTP, qui reconnait toutefois le rôle historique du PKK dans la lutte pour l'autodétermination du Kurdistan. Si l'Europe s'est dite «préoccupée» par l'interdiction du DTP qui «prive une partie importante des électeurs turcs d'une représentation électorale», Bruxelles a aussi affiché son regret que ce parti «ait refusé de s'écarter de façon claire du PKK et de condamner le terrorisme». Une réaction mitigée qui s'explique sans doute par le cas espagnol. Depuis 2002, Madrid interdit en effet systématiquement les partis indépendantistes basques avec la bénédiction de l'UE. A l'instar de Batasuna, reformé périodiquement sous un nouveau nom, le DTP s'est mué en Parti de la paix et de la démocratie (BDP). Aura-t-il une plus longue existence? L'oukaze des juges semble avoir durablement gelé le rapprochement entre Ankara et sa minorité. Côté kurde, la voie armée pourrait redevenir d'actualité, à mesure que se referme l'espace démocratique. Côté turc, on joue la surenchère. Depuis les manifestations de colère qui ont suivi le verdict – endeuillées par la mort de trois contestataires – une centaine d'activistes et de journalistes, ainsi qu'une dizaine de maires DTP ont été interpellés en trois vagues répressives visant, officiellement, à démanteler les ramifications civiles du PKK. Très bien implanté à l'est, le DTP gouvernait une centaine de collectivités locales, notamment les villes de Batman, Diyarbakir, Van et Igdir (dont le maire est incarcéré depuis deux semaines). Aux législatives de 2007, le DTP avait obtenu 10% des voix. On estime le nombre de Kurdes en Turquie entre 11 et 17 millions sur 76 millions d'habitants. I 1 En 2008, ce juge s'était déjà fait remarquer en tentant d'obtenir la dissolution du parti au pouvoir jugé antilaïc.



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