MARIO TOGNI
POLITIQUE - Le Mouvement citoyen romand est né ce week-end avec la création de sections vaudoise et neuchâteloise. Le succès du MCG est-il réellement exportable dans d'autres cantons?
Eric Stauffer, patron du Mouvement citoyens genevois (MCG), parviendra-t-il à conquérir la Suisse romande? Lui n'en doute pas une seconde, malgré le scepticisme de certains observateurs. Quoi qu'il en soit, le Mouvement citoyens romand (MCR) a été institué ce week-end avec la création de ses sections vaudoise et neuchâteloise. Elles seront présidées respectivement par Jonathan Newton (24 ans) et David L'Epée (26 ans). Les cantons de Fribourg, du Jura et du Valais devraient suivre, assure le tribun genevois, qui prend la tête ad interim du MCR. Et son ambition n'est pas moindre: il vise sept sièges au Conseil national lors des élections fédérales de 2011.
D'ici là, les sections devront parvenir à s'implanter dans leurs terroirs. «Nous ne serons pas un 'copier-coller' du MCG, soutient Jonathan Newton. La question des frontaliers, par exemple, n'est pas prédominante dans le canton de Vaud. Nous traiterons de problématiques locales dans une dynamique de changement.»
Au programme: lutter contre l'insécurité et le «mondialisme». «La libre circulation des biens et des personnes constitue un danger pour les acquis sociaux des citoyens suisses», poursuit l'étudiant. Rien de plus pour le moment, si ce n'est la volonté de «dépasser les clivages gauche-droite et de gagner les déçus de la politique». Le MCVD compterait déjà une quinzaine de sympathisants «motivés et prêts à s'engager».
Le créneau est identique du côté de Neuchâtel: «Nous sommes pour le progrès social et la souveraineté nationale», résume David L'Epée. Mot pour mot, ce slogan n'est autre que celui du groupe de réflexion Unité populaire – auquel appartiennent les deux jeunes leaders –, lui-même affilié au mouvement Egalité et Réconciliation d'Alain Soral. Issu de l'extrême gauche, le sulfureux écrivain français avait rejoint le Front national avant de le quitter à son tour.
David L'Epée a également commencé son parcours à gauche: après le syndicalisme étudiant, il a milité au sein de Solidarités. «Si Eric Stauffer a une sensibilité plutôt libérale, la mienne est clairement socialiste», revendique le président du MCN, qui insiste sur l'«autonomie cantonale» des sections du MCR.
Quant à ses chances de réussite, il ne veut pas préjuger de l'adhésion populaire. «Mais je pense que nous répondons à une attente. Beaucoup de gens ne croient plus aux partis politiques traditionnels. En témoigne la faible participation aux récentes élections complémentaires au Conseil des Etats (30%).»
D'autres se montrent plus sceptiques, à l'image du politologue Andreas Ladner. Rassembler les mécontents est une chose, s'implanter durablement en est une autre, a-t-il expliqué en substance à l'ATS. Selon lui, Genève a pour tradition de voter à droite et dans l'opposition, comme ce fut le cas avec le mouvement Vigilance. Il n'est pas sûr que ce potentiel existe ailleurs, précise-t-il, même si l'émergence d'un thème juteux avant des élections pourrait permettre de faire mouche. Andreas Ladner ajoute que Vaud et Neuchâtel disposent de traditions politiques plus stables que Genève, ce qui rend la tâche plus difficile.
Eric Stauffer n'est pas de cet avis. «Ils ont exactement les mêmes chances qu'à Genève. L'idéologie du MCG ne repose pas sur la question des frontaliers, mais bien sur une alternative aux dogmatismes de gauche et de droite, qui ont failli.» Il rappelle qu'en 2005, personne ne croyait à la survie du mouvement. «Après cinq ans d'existence, nous venons pourtant de doubler notre députation au Grand Conseil.» I