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Pression sur les chômeurs

Paru le Jeudi 28 Janvier 2010
   RACHAD ARMANIOS    

Vaud
Le canton de Vaud a décidé de déléguer à Ingeus, une agence de placement australienne, le soin de trouver des emplois à 2250 chômeurs. Le contrat court sur trois ans. Après Genève, qui a confié cette tâche à l'entreprise française Hestia, Vaud privatise en partie une compétence qui devrait rester de la responsabilité de l'Etat. Une tendance en vogue en Suisse.
A première vue, les résultats du privé semblent plus efficaces. A Genève, le taux de réinsertion affiché par Hestia est plus élevé que celui observé dans les offices de placement. Mais ce constat cache des biais. Tout d'abord, en ne s'occupant que d'une partie des chômeurs, l'entreprise bénéficie d'un tri, laissant à l'Etat les demandeurs d'emploi les moins faciles à réinsérer, dont ceux en fin de droit. Ensuite, en prévoyant des rendez-vous hebdomadaires, la mesure ne permet évidemment pas aux fonctionnaires d'être concurrentiels. Mais multiplier les placeurs, fussent-ils moins rémunérés que dans le public, se paie cher.
Le canton de Vaud versera 3,8 millions de francs à Ingeus sous forme d'une subvention –ce qui lui a permis, au passage, de s'éviter un appel d'offres... Sans compter les primes versées pour chaque chômeur placé. Jouant l'opacité, l'administration vaudoise refuse de dévoiler leur montant. On sait en revanche qu'en France, Ingeus touche entre 3500 et 4500 euros par tête. Ce «salaire au mérite» n'est pas sans conséquences: l'entreprise australienne s'est fait connaître pour avoir fait pression sur des demandeurs d'emploi afin qu'ils acceptent le premier job venu. Quitte à ce qu'il ne corresponde ni aux attentes, ni au domaine de compétence, ni au niveau de qualification.
C'est tout bénéfice pour l'entreprise comme pour l'Etat, qui peut présenter de jolies statistiques sur le dos des chômeurs. Mais l'efficacité de la réinsertion à long terme prête à caution.
L'Etat vaudois se veut rassurant. Ingeus devra respecter les mêmes règles que dans les offices de placement publics. Le but ne serait donc pas de mettre les chômeurs sous pression mais bien de leur assurer un meilleur suivi. Dans ce cas, pourquoi ne pas simplement donner aux offices de placement le temps et les moyens de faire leur travail correctement? En se déchargeant sur le privé, le canton de Vaud montre en fait qu'il n'est pas prêt à assumer lui-même des méthodes plus musclées.
Dans d'autres pays, comme la Grande-Bretagne, les collectivités publiques sont décomplexées. La durée des indemnités chômage est réduite à quelques mois et elles sont coupées si le demandeur d'emploi n'accepte pas le travail proposé, quel qu'il soit. Au point que des cadres deviennent balayeurs.
Une réinsertion au rabais payée très chère? Est-ce le modèle que la Suisse veut?



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