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Que vaut une promesse de la Suisse?

Paru le Mardi 12 Janvier 2010
   SIMON PETITE    

Suisse
La Suisse est bien embêtée. Si elle accueille les deux détenus ouïgours de Guantanamo, elle fâchera la Chine. Sinon, elle contrariera le président Obama, à qui elle a promis son aide pour fermer Guantanamo.
Que décidera finalement le Conseil fédéral? Une commission parlementaire a estimé, hier, que mieux valait ne pas se mettre à dos la Chine. Il est curieux de constater qu'une majorité des députés donnent ainsi raison à une dictature, au détriment de la parole donnée à une démocratie, certes très imparfaite.
Les pressions de la Chine, vu son allergie à la moindre contestation à l'intérieur de ses frontières, ne sont pas une surprise. Mais il est désolant de constater combien ces manoeuvres font mouche. Que se passera-t-il à l'avenir quand des dissidents chinois ou des activistes tibétains demanderont l'asile en Suisse? Seront-ils mis dans le premier vol pour Pékin?
La différence, c'est que les deux frères ouïgours ont le «malheur» d'être musulmans. Ils ont beau avoir été blanchis par les Etats-Unis, il restera toujours quelque chose de l'accusation de terrorisme. En Suisse, depuis un certain 29 novembre, la question de l'islam, avec tous les fantasmes associés, est un gisement politique hautement profitable. S'il était soumis au peuple, on ne donnerait en effet pas cher de l'accueil des deux détenus.
Mais quoi qu'en disent les fanatiques de la souveraineté populaire, le gouvernement a une marge de manoeuvre. Il l'a utilisée en donnant son accord de principe à la venue de détenus de Guantanamo. Il s'agissait alors de recoller les pots cassés par les fraudes d'UBS aux Etats-Unis.
Même si ce n'était pas la motivation première, cette décision allait dans le sens de la tradition humanitaire helvétique, une vocation si souvent invoquée mais rarement appliquée. Par la même occasion, la Suisse se rachèterait pour son silence sur les détentions secrètes de Bush, elle qui a permis le survol de son territoire aux vols de la CIA à destination de Guantanamo et d'autres trous noirs du droit.
En revanche, si le Conseil fédéral revenait sur sa parole, il donnerait une nouvelle fois une piètre image de lui-même. L'avenir de Guantanamo, lui, ne s'en trouverait pas bouleversé. Le président Obama a admis qu'il ne pourrait pas fermer le camp de détention avant la fin janvier, comme il l'avait promis juste après son investiture.
Il reste près de deux cents détenus sur la base de Cuba. Si Obama entend un jour tenir sa promesse, il faudra bien qu'il passe outre les oppositions au transfert des pensionnaires de Guantanamo sur sol étasunien. Que ceux qui ne sont pas libérables soient jugés par une cour indépendante et que les Etats-Unis exorcisent enfin les démons de la guerre contre le terrorisme.



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