RACHAD ARMANIOS    

Religions SUISSE - La fin du célibat obligatoire des prêtres est toujours plus réclamée pour contrer l'érosion des vocations. Mgr Norbert Brunner donne du poids à cette revendication. Mais Rome verrouille la question.
Dimanche passé, dans la NZZ am Sontag, le futur président de la Conférence des évêques suisses (CES) a plaidé en faveur de l'ordination des hommes mariés. Une solution pour contrer l'érosion des vocations. Les médias y ont vu une «bombe» progressiste, avant de réaliser qu'il n'y avait rien de très explosif. Car l'évêque de Sion Norbert Brunner, qui prendra la tête de la CES le 1er janvier, n'a pas demandé que les prêtres puissent se marier, ce qui aurait effectivement décoiffé. Il a simplement réitéré une position qu'il a déjà défendue par le passé, comme d'autres évêques. Soit l'ordination de viri probati, ces hommes mariés qui ont fait leurs preuves dans l'Eglise. Demeure le principe que l'état de vie précède l'engagement pour Jésus Christ et pour l'Eglise: soit on s'engage célibataire, soit on s'engage marié.

Tisser des alliances

Car cette seconde option est déjà possible, mais très rarement autorisée. En vingt ans, le pape Jean-Paul II a donné son accord à plus de 220 ordinations d'hommes mariés, le plus souvent des pères de famille, veufs, anciens pasteurs protestants ou anglicans convertis au catholicisme. En Suisse, quelques vocations tardives ont aussi débouché sur des ordinations. Mgr Brunner demande donc que cette pratique au cas par cas soit généralisée.
Le débat n'est pas nouveau, mais la demande prend tout son poids politique en sortant de la bouche du prochain évêque en chef, qui plus est dans un grand journal dominical. Gabriela Löser-Friedli, présidente de l'Association des femmes touchées par le célibat des prêtres (Zöfra), s'en réjouit: «On ne fait pas une telle déclaration sans avoir quelque chose derrière la tête, cela doit avoir affaire avec le programme de sa présidence.»
L'annonce n'est pas révolutionnaire, reconnaît-elle, mais elle a appris avec joie que la majorité des évêques suisses soutenait la fin du célibat obligatoire. Et que Mgr Brunner ainsi que l'actuel président des évêques Kurt Koch ont à plusieurs reprises porté la question à Rome, ce que la Zöfra réclamait depuis longtemps.
Certes, Mgr Brunner a répété que, seule, la Suisse ne pouvait franchir un tel pas et que tout dépendait de Rome. C'est pourquoi la Zöfra compte écrire à Mgr Brunner pour l'inviter à faire des alliances avec les évêques qui, en Europe, partagent son ouverture, afin d'accroître la pression sur le Vatican. «La fin du célibat obligatoire viendra plus vite que vous ne le pensez», veut-elle croire. Elle y voit déjà un premier pas vers l'autorisation du mariage des prêtres.


«Une hypocrisie»

En Belgique, au Canada et même en France, le célibat obligatoire perd toujours plus d'adeptes parmi les évêques, note Christian Terras, de la revue catholique progressiste Golias, basée à Lyon. Il y voit l'effet de l'érosion des vocations. D'autant plus que celles qui naissent éclosent toujours moins dans le giron de l'Eglise institutionnelle, insiste-t-il: «En France, la moitié des vocations provient des rangs des communautés nouvelles, type charismatique, et des rangs des traditionalistes.» Cette réalité du terrain se double du rapport de force que font les intégristes d'Ecône dans leur dialogue avec Rome. «Pour beaucoup d'évêques, mieux vaut des prêtres mariés que des 'tradis'», analyse Christian Terras. «Mgr Brunner, un évêque assez ouvert, a l'appui de ses pairs et de l'opinion publique. Il n'a pas fait sa déclaration à l'emporte-pièce, il lance un ballon d'essai. Mais avec ce pape, c'est verrouillé.» En 2007, Benoît XVI avait réitéré le caractère obligatoire du célibat.
A l'échelle mondiale, l'abolir est une position ultraminoritaire qui n'a pas de chance de passer, ajoute Walter Müller, porte-parole des évêques suisses. En outre, explique-t-il en refroidissant les enthousiasmes, Mgr Brunner n'a pas un programme en tête, il a simplement répondu à une question de la NZZ. D'ailleurs, le précédent président de la CES avait déjà défendu l'ordination d'hommes mariés et la Conférence des évêques avait, en 1998, relayé une telle demande à Rome car elle répondait à une forte préoccupation de la base.
Mgr Brunner estime qu'il n'y a pas de lien entre le célibat et le sacerdoce, même si le célibat doit être maintenu comme une forme de vie possible pour les prêtres et un signe particulièrement fort pour suivre la voie du Christ. «Cette discipline ecclésiastique n'a rien de théologique, ni d'exégétique, ni d'évangélique», selon Christian Terras. La maintenir cautionne une grande hypocrisie, s'insurge à son tour Pierre Emonet, official des Jésuites de Suisse. Tout le monde sait qu'il y a des prêtres qui ont une relation avec une femme, a-t-il dit sur les ondes de Radio Cité. Même après les déclarations de Mgr Brunner, ils n'ont aucune indulgence à attendre des évêques suisses, estime Mme Löser-Friedli, qui parle d'expérience. I



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