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Pierre-François Unger, la force très tranquille

Paru le Mardi 10 Novembre 2009
   PROPOS RECUEILLIS PAR MARIO TOGNI    

Genève CONSEIL D'ÉTAT (XI) - Ex-urgentiste, le démocrate-chrétien a tenu durant huit ans les rênes de la santé. Pour les quatre années à venir, il se verrait bien à la tête du projet d'agglomération franco-valdo-genevoise.
Il y a quatre ans, Pierre-François Unger arrivait en tête des sept conseillers d'Etat élus. Ancien chef des urgences des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), le démocrate-chrétien a toujours bénéficié d'une grande sympathie de la population, malgré son résultat moins éclatant du 11 octobre. Alors qu'on lui reproche souvent de traîner les pieds, lui se décrit comme un gros bosseur et souhaite rempiler pour un troisième mandat. Entretien.


En 2005, beaucoup vous attendaient comme l'homme fort du gouvernement. Après votre année de présidence, on vous a plutôt senti effacé...

C'est vrai, mais il faut rappeler que cette année de présidence a été très intense. Il a fallu constituer une vraie équipe gouvernementale, alors qu'on nous avait beaucoup reproché, durant la législature précédente, de gouverner chacun de notre côté. Nous avons établi un plan de mesures commun. C'était un boulot énorme, que j'ai pris très à coeur. L'année suivante, j'ai entrepris le même travail dans mon dicastère: souder les équipes, concevoir des projets, notamment le gros morceau des contrats de prestations, dont celui des HUG. Ce travail de fond n'est pas toujours visible de l'extérieur.

Que mettez-vous en avant de votre bilan quatre ans plus tard?

Dès 2008, ces dossiers ont abouti les uns après les autres. La quasi-totalité des contrats de prestations a été votée, sans modification et sans opposition. Nous avons aussi fait passer des lois très importantes, comme celle sur le réseau de soins. Il s'agit de l'outil de planification numéro un. Là encore, il fallait casser des silos. La Fondation des services d'aide et de soins à domicile était une tour, l'hôpital en était une autre, plus grande, alors que la médecine privée était une tour invisible où personne ne contrôlait rien. Les faire travailler ensemble nécessitait des changements de culture complets. J'ajouterais encore le projet «e-toile», pour lequel j'ai dû trouver seul des financements.


On vous a beaucoup entendu sur l'assurance-maladie, un dossier qui relève pourtant de compétences fédérales. Quelle peut être l'action d'un ministre cantonal?

Il y a deux volets d'attaque. En ce qui concerne les caisses maladie et leur gestion, il faut se battre à Berne, et j'y vais entre douze et quinze fois par année! Nous avons notamment proposé – c'est en cours d'examen aux Chambres fédérales – de plafonner les réserves des caisses, qui atteignent parfois des proportions gigantesques, comme à Genève (40%). La maîtrise des coûts de la santé est l'autre volet. De manière générale, ils augmentent, mais moins à Genève que dans le reste de la Suisse. Cela démontre que notre outil de planification des soins produit des effets. Nous sommes également les seuls en Suisse à avoir mis en place un système de monitoring dans tous les secteurs de la santé, y compris dans le privé. Les variations peuvent ainsi être mieux identifiées.

Plusieurs partis relancent l'idée d'une caisse unique. Quel est votre avis?

En 2007, j'avais soutenu le principe d'une caisse unique mais pas son mode de financement en fonction du revenu. Je n'ai pas changé d'avis. Mais il faut comprendre que cela n'aura aucun effet sur les coûts. En revanche, sous l'angle de la transparence, il ne fait pas de doute qu'une caisse unique permettrait d'améliorer la situation: nous pourrions avoir des exigences bien plus grandes.


Les syndicats n'ont pas manqué de critiquer le plan d'économies Victoria appliqué aux HUG. Quel bilan en tirez-vous?

Il faut savoir ce qu'on appelle «économies». Le budget de l'hôpital augmente de 30 à 60 millions chaque année. Sans Victoria, il augmenterait de 100 millions et on ne pourrait plus payer. Mon seul souci est de préserver l'accès aux soins pour tous. Cela n'a rien d'idéologique. Le jour où on ne pourra plus payer, il faudra réduire les prestations, ce qui touchera en premier lieu les plus pauvres. Et, contrairement à ce qu'on entend, il n'y a pas moins de personnel qu'avant.


Les employés de certains départements déplorent malgré tout une dégradation des conditions de travail.

Chaque changement de cette importance a forcément un impact. Et il faut être respectueux du temps d'adaptation nécessaire au personnel. Mais rien ne permettait de justifier certains éléments. Il y a huit ans, une journée d'hospitalisation sur quatre était «inappropriée» aux HUG. Bien sûr, cela met la pression sur les trois jours restants. Je ne dis pas que tout est rose, mais c'est à ce prix-là que nous avons pu maîtriser les coûts de la santé pendant cinq ans.


Votre département a aussi dû gérer le feuilleton malheureux de l'interdiction de fumer. Quelle est votre part de responsabilité?

Les recours et le référendum qui ont suivi le vote de la loi d'application n'en font pas partie. Cela démontre que le sujet est complexe et très émotionnel. Quant au règlement transitoire, annulé par le Tribunal fédéral, il s'agit bien sûr d'un échec. Nous savions qu'il existait un petit risque et nous avons décidé de le prendre en nous appuyant sur la volonté populaire: l'interdiction de fumer avait été approuvée à 80%. Par ailleurs, la loi fédérale était encore en cours d'élaboration à Berne. Mais il faut admettre que cela a été une claque. Ensuite, la loi a été écrite en quinze jours et le parlement a fait l'effort de la voter vite, même s'il y a adjoint les fumoirs. Dans tous les cas, la loi aurait été attaquée par référendum. Au final, a-t-on vraiment pris du retard? On démarre aujourd'hui en même temps que les autres cantons.

Des députés viennent de déposer un projet d'extension des horaires d'ouverture des magasins. Avez-vous été dépassé?

J'ai tout fait pendant quatre ans pour tenter de mettre d'accord les partenaires sociaux (syndicats et représentants patronaux, ndlr). Sur la question des horaires, on s'était fixé une feuille de route, dont ils n'ont finalement pas voulu, d'un côté comme de l'autre. Sur le fond, harmoniser les horaires d'ouverture à 20 heures me semble intelligent. Mais je regrette que le partenariat social n'ait pas fonctionné. Certaines conditions auraient pu être négociées, afin d'éviter le référendum annoncé: ne pas appliquer la disposition aux mères de famille, privilégier l'engagement de personnel sur le recours aux heures sup'...

En 2005, vous avez hérité d'un département couplant l'économie et la santé. Quelle est sa pertinence?

Rappelons d'abord les raisons de ce redécoupage. La première est d'ordre budgétaire: la santé et le social, qui étaient auparavant regroupés, représentent un tiers du budget de l'Etat. En période de difficulté budgétaire, c'est à vous qu'on demande tous les sacrifices. Par ailleurs, il était cohérent de coupler social et emploi (le département de François Longchamp, ndlr): la principale cause d'entrée à l'assistance reste la perte d'un emploi et ses conséquences en chaîne.

Mais en quoi regrouper économie et santé est-il cohérent?

D'abord, la santé est un des plus gros secteurs économiques dans le monde. En Suisse, elle représente environ 12% du PIB. De plus, l'innovation dans le domaine de la santé est une des grandes compétences de l'arc lémanique (pharmas, biotechnologies...). Il y a des ponts à créer avec les universités, les hautes écoles, les hôpitaux.


Briguez-vous à nouveau ce département?

Pas forcément. A chaque élection, on commence par fixer des objectifs prioritaires sur lesquels il est possible de trouver des accords, ou de gérer des désaccords. On se demande ensuite comment y parvenir au mieux en termes d'organisation, en découpant les départements. Puis, seulement, nous choisissons quel est le meilleur acteur pour chacun des rôles.


Vous dites néanmoins avoir un intérêt pour le projet d'agglomération.

Nous avons un défi majeur dans les années à venir. La croissance de la région est inéluctable et il faudra organiser au mieux le «vivre ensemble». C'est tout l'enjeu du projet d'agglomération, qui concerne les transports publics, la sécurité, l'aménagement du territoire, la santé, etc. Ce n'est pas par hasard si j'ai fait inscrire, après sept ans de lutte, les HUG dans le schéma régional d'organisation sanitaire français. La région, j'en ai le goût et j'en connais aussi tous les partenaires. I



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