FABIO LO VERSO
POLITIQUE - Des membres du POP vaudois, de la gauche alternative valaisanne et alémanique lancent un appel à la création d'un parti national à la gauche des socialistes. A Genève, l'accueil est plutôt froid..
Dans le sillage de la crise, un certain ras-le-bol monte en puissance: assez de l'éparpillement des forces de l'extrême gauche! Depuis bientôt deux mois, des militants déçus réclament la création d'un parti rassemblant tous ceux qui se situent à gauche du Parti socialiste. Au moyen d'un appel public[1], ils viennent de jeter un pavé dans la mare. Ils, ce sont des membres du POP vaudois (lire en page 3), de la Gauche alternative valaisanne et de quelques sections cantonales de la gauche alternative alémanique. Ainsi que des anciens du PS, tel Frédéric Charpié qui met d'emblée le holà: «Ce parti ne sera pas un stand de tir aux fléchettes sur les socialistes et les Verts.»
Impliqué dans le mouvement, cet ex-élu du Conseil général de Tramelan, dans le Jura bernois, veut éviter de refaire les «erreurs du passé» (lire ci-dessous). Le 8 mai prochain, les signataires de l'appel (également sur le site Facebook) seront conviés à une première rencontre à Berne. Avant l'été, ou au plus tard à l'automne, une séance constitutive de la nouvelle formation politique pourrait se tenir dans la capitale.
Le conseiller national vaudois POP Josef Zisyadis fait partie du cercle des initiateurs de l'appel. Mais il tient à se présenter en retrait: «Place à la nouvelle génération de militants. Je me limite à jouer un rôle de réunificateur.» Le parlementaire collabore au développement du site Combats.ch, dont le lancement est «symboliquement» fixé pour ce 1er Mai. Ce site «ne sera pas l'organe du nouveau parti, si toutefois celui-ci devait voir le jour», précise le popiste. Combats.ch se présente comme une plate-forme de l'information politique de gauche, picorant des articles ici et là dans les pages de diverses publications progressistes, «qu'elles soient politisées ou non», explique-t-il.
Les maux de la gauche radicale
Auprès des milieux de la gauche radicale, l'appel à la création d'un nouveau parti a suscité de l'espoir... mais aussi des formes de rejet parfois très dures. A Genève, où le Parti du travail et Solidarités viennent d'annoncer leur Pacs électoral (lire ci-contre), les Communistes semblent bien seuls à vouloir donner une chance au mouvement de réunification. Le communiste Laurent Tettamanti livre ses premières impressions, aiguisées comme une lame: «Nous sommes désespérés par cette gauche de la gauche qui se morfond dans ses clivages, incapable de sortir des querelles de chapelle.» Pour ce jeune militant, les pièges à éviter tiennent en trois mots: sectarisme, électoralisme et volonté d'hégémonie de certains ténors. Le «mélange toxique de ces trois composantes a par exemple rongé comme un cancer l'expérience de l'Alliance de gauche à Genève, qui avait récolté près de 20% des suffrages en 1993», déplore-t-il. «La tentative (échouée) de noyautage du lobby des retraités de l'Avivo à Genève est un exemple de la dérive électoraliste.» Malgré leur adhésion rapide à l'appel, les Communistes attendent toutefois «de voir ce qui ressortira de la réunion du 8mai».
A en juger par les termes de l'appel, le nouveau parti vise une dimension nationale autour d'un «projet de transformation de la société sur une base écologique et humaniste, remettant en cause le capitalisme et le productivisme», rappelle Frédéric Charpié. «A première vue, cela me semble voué à l'échec», assène pour sa part Paolo Gilardi, du collectif Gauche anticapitaliste. Très circonspect, le pacifiste genevois n'a rien à redire sur le contenu. Mais il opère une simple prédiction: «Tout cela est bien beau. Mais à l'approche des élections, les vieux réflexes prendront le dessus. La lutte des classes va se muer en lutte des places.»I
Note : [1]Appel pour une vraie force politique alternative de gauche en Suisse, lancé en mars dernier, récoltant les signatures des militants de la gauche de la gauche sur le plan national.