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Les adversaires d'Evo Morales ont beaucoup à perdre

Paru le Vendredi 01 Août 2008
   BPN    

Solidarité
Le prix des aliments est au plus haut? Le refrain est répété sur tous les tons: c'est la faute à Evo! Le président bolivien accumule décidément toutes les tares aux yeux des médias boliviens. Mais étonnamment, ces derniers appellent avec une belle unanimité à l'annulation du référendum révocatoire, pourtant outil idéal pour chasser du pouvoir un président jugé si catastrophique.
Motif invoqué? Le vote populaire ne résoudra pas les problèmes de la Bolivie. Pire, selon un éditorialiste de La Razón, «il est une incitation à la violence entre Boliviens» et il met même «en danger la démocratie». Il y a deux mois et demi, le même journal faisait l'apologie du référendum d'autonomie de Santa Cruz – pourtant organisé en violation flagrante de la Constitution bolivienne – estimant «qu'un vote du peuple ne peut jamais être illégal ou illégitime».
Pourquoi un tel virage? «La presse ne peut évidemment pas en faire état, mais la droite bolivienne est en pleine crise. Elle n'a pas de vrai leader, elle n'a pas de programme, elle ne propose aucune alternative. Son seul leitmotiv, c'est déstabiliser le gouvernement Morales. Et elle se rend compte au final que le référendum révocatoire censé le faire tomber pourrait bien le renforcer», analyse le politologue Jorge Komadina. A une semaine du vote, la droite, désespérée, tente dès lors par tous les moyens d'empêcher la réalisation de la consultation populaire.
Selon les projections, Evo Morales pourrait en effet obtenir entre 50 et 60% de votes en sa faveur, malgré la perte de soutien d'une partie importante de la classe moyenne. A droite, c'est par contre plutôt la soupe à la grimace. A la Paz et Cochabamba, les préfets José Luis Paredes et Manfred Reyes Villa sont tous deux sur un siège éjectable. Les préfets de la media luna (référence à la forme que dessinent les départements de Santa Cruz, de Tarija, de Beni et de Pando sur la carte) retombent eux aussi brutalement sur terre, après les référendums autonomistes triomphaux mais boycottés par près de la moitié de la population. Selon les derniers sondages, deux des leurs, les préfets de Pando et de Tarija, pourraient être révoqués. Dans ce dernier département, qui possède 80% des réserves de gaz naturel de Bolivie, l'enjeu est de taille. «Et Evo Morales a sans conteste l'occasion de reprendre l'initiative et de briser le bloc monolitique des autonomies départementales», explique Jorge Komadina.
Une perspective qui a provoqué un séisme à droite et qui a débouché sur un festival d'incohérences, notamment illustré par le volte-face des préfets de la media luna, qui ont annoncé avec fracas le 23 juin leur rejet du référendum révocatoire au nom de leur nouvelle autonomie... pour changer d'avis douze jours plus tard, après une réunion de crise à l'ambassade américaine, peu encline à soutenir une nouvelle aventure indépendantiste.
Jorge Komadina estime par ailleurs qu'en cas de victoire nette, Evo Morales pourra immédiatement relancer le processus d'approbation de la nouvelle constitution politique de l'Etat, qui offre des droits étendus aux populations indigènes et qui est le chantier majeur de son mandat présidentiel. C'est ce nouveau texte, actuellement au point mort, qui doit pérenniser la nouvelle Bolivie. Cette Bolivie où les cholitas, les indiennes aux habits traditionnels et au chapeau rond, qui étaient autrefois domestiques, sont aujourd'hui ministres ou députées.
Le paysage n'est pourtant pas si rose pour Evo Morales. A Santa Cruz, le Comité civique a d'ores et déjà annoncé la couleur, celle de l'autonomie, encore et toujours: «Si Evo Morales est révoqué dans le département, il faudra considérer qu'il n'y jouira dès le 11 août d'aucun pouvoir.»
Le bras de fer continuera donc entre le gouvernement central et le département le plus productif de Bolivie. Et la guerre d'usure, médiatique, économique et politique, se poursuivra. La droite, même sans programme, ne laissera aucun répit à l'indio presidente et à sa révolution populaire. Il en va de sa survie politique . BPN



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