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L'inquiétante histoire d'un prisonnier antifasciste

Paru le Dimanche 20 Janvier 2008
   PHILIPPE POIRSON    

Actuel ALLEMAGNE - L'épouse d'un militant berlinois a dénoncé à Genève «le harcèlement» dont son mari est victime».
«Lorsque nous racontons cette histoire, les gens ont du mal à nous croire. Pourtant, tout est vrai.» Leïla est l'épouse de Christian, un antifasciste berlinois actuellement incarcéré dans la ville allemande. Lundi dernier, elle donnait, avec une sociologue, une conférence à Genève, à l'invitation du syndicat étudiant CUAE1. Ces dernières années, Christian a vécu une série d'arrestations, d'accusations et de poursuites judiciaires. Pour la jeune femme, l'activiste de 38 ans est victime «d'un harcèlement dans le but d'intimider les militants politiques». Le cas du militant, qui risque de rester emprisonné jusqu'en septembre 2010, devrait prochainement être porté à la Cour européenne des droits de l'homme. Christian est arrêté le 1er mai 2004 à Berlin après avoir renversé une voiture pour bloquer un défilé néonazi. Un fait qu'il avoue et assume «par engagement antifasciste», précise Leïla. Condamné à trois ans de prison ferme en décembre 2004, il fait appel de cette sentence «vraiment lourde pour des dégâts se montant à 5000 euros», souligne-t-elle. Mais Christian devra renoncer à son recours suite à un «étrange arrangement» lors d'une seconde affaire. Ce nouveau procès concerne une accusation portée par des policiers du LKA 642. Ceux-ci, en vertu des controversées lois antiterroristes, se présentent au procès grimés de perruques et de fausses barbes. A l'aide d'une «vidéo tronquée» du prétendu délit, ils accusent l'activiste d'avoir lancé une bouteille contre un défilé néonazi à Dresde en février 2005. Bien qu'il nie, Christian est condamné en janvier 2006 à un an de prison ferme. «C'est à ce moment-là que le procureur propose un 'deal': Christian abandonne l'appel contre le précédent jugement et il peut sortir de prison. Il ne voulait pas de ce marché de dupe, mais son état de santé devenait très inquiétant sans médicament. Il a donc accepté», explique Leïla.
Atteint d'hépatite C, le militant ne reçoit que de manière erratique son traitement durant ses onze mois de détention préventive en 2006. La Chambre allemande des médecins et le Comité pour les droits fondamentaux, alertés du cas de Christian, mettront à jour un trafic de médicaments étendu à toute la prison de Moabit. A la suite du scandale, le responsable des soins carcéraux est contraint à la démission. Depuis, Christian a été acquitté du prétendu lancer de bouteille à Dresde. Mais les policiers anonymes du LKA 64 l'ont à nouveau accusé d'un collage d'affiches «satiriques» en avril dernier. Nouvel acquittement. Puis en mai dernier, ils l'arrêtent pour avoir brûlé une voiture. «Ce soir-là, nous faisions des crêpes au centre alternatif du Köpi en présence de dizaines de personnes», précise Leïla. Cependant, Christian est de nouveau incarcéré en juin dernier. Depuis, le bureau d'application des peines a rejeté sa demande de liberté conditionnelle en raison de «sa haine contre les organisations fascistes» et du comportement de son épouse. Celle-ci est outrée. «Ils lui font payer le fait que je ne l'abandonne pas.» I
Note : 1Renseignements sur www.conf-free-christian.info Les conférencières sont aussi passées à Marseille, Lyon, Strasbourg et Lille.
2Landeskriminalamt 64, section «délits politiques» de la police criminelle.



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