article [1]: «Il faut montrer qu'on peut parler du suicide» [2]

Transmis par : DELPHINE GOLDSCHMIDT-CLERMONT Actif 08 Sep 2005 - 23:00
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INTERVIEW - Deuxième cause de mortalité des 15-19 ans, le suicide sera demain au centre d'une journée mondiale de prévention. Beaucoup de jeunes au fond du trou refusent de consulter: c'est de ce constat qu'est né le Centre d'étude et de prévention du suicide (CEPS) genevois, financé par Children Action. Avec pour objectif d'aider les jeunes non seulement directement, mais aussi par l'intermédiaire de ceux qui ont décelé leur mal-être –des proches ou des professionnels. Une permanence téléphonique reçoit les appels, suivis parfois d'entretiens. Qui peuvent être l'occasion d'analyser la situation, la réalité du risque suicidaire et d'envisager des solutions, explique Maja Perret-Catipovic, la psychologue responsable du CEPS.

Pourquoi les jeunes sont-ils si vulnérables face au suicide?
Maja Perret-Catipovic: Cette vulnérabilité apparaît à la puberté. Le corps, dont le changement est très visible et incontrôlable, est parfois pris comme coupable des difficultés. L'adolescent réagit alors par une sorte de règlement de compte sur son propre corps.


Y a-t-il des facteurs qui influencent le risque de suicide?
– Contrairement à ce qu'on imagine souvent, le suicide des adolescents n'est pas lié au niveau socio-économique ou à l'absence de perspectives d'avenir. Le seul point commun entre les jeunes suicidants est un état clinique de dépression. Une dépression qui passe parfois inaperçue, parce qu'elle peut se manifester par l'irritabilité plutôt que par l'apathie, mais aussi parce que les adultes idéalisent l'adolescence.


Comment se fait-il que les jeunes suicidants hospitalisés soient à 80% des filles, alors que le taux de suicide est plus élevé chez les garçons?
– Cette différence est un vrai problème. Mais si les filles hospitalisées sont beaucoup plus nombreuses, la différence est moins flagrante dans le travail indirect que nous faisons au centre: les garçons à risque sont bien repérés. Le problème est que les soins conventionnels ne leur conviennent pas car ils ne sont pas enclins au face-à-face et aux confidences. Nous essayons d'autres pistes, comme par exemple des consultations anonymes par le site Internet Ciao. On paye aussi les pots cassés du cliché de l'homme viril et fort qui cache ses faiblesses. Un homme déprimé est dévalorisé, alors que c'est admis pour une femme. D'où l'intérêt de faire entrer ce problème dans la sphère publique, pour montrer que la dépression n'a rien de honteux.


On hésitait pourtant auparavant à faire des campagnes contre le suicide pour ne pas «donner des idées»...
– Une meilleure prévention passe par une meilleure information. Depuis quelques années, le suicide diminue au niveau mondial, ce qui montre qu'en parler n'est pas incitatif. Mais l'information doit être faite avec précaution, dans les médias en particulier. Une causalité simpliste –titrer «Une élève rate son année et se tue»–, des indications concernant le lieu et la méthode du suicide, peuvent être incitatives. Une deuxième précaution est de ne pas monter en épingle le suicide de personnes connues. Par ailleurs, la «contagion» du suicide existe aussi dans les établissement scolaires. Des phrases comme «il est plus heureux là ou il est» ou «c'est mieux pour tout le monde» sont incitatives. Lorsqu'un élève se tue, un nombre incroyable de personnes disent avoir été son meilleur ami... Il ne faut pas sous-estimer le nombre de personnes qui sont sur le fil. La solution pour être la personne la plus populaire du collège ne doit pas sembler être de se tuer...


Vous voulez dire qu'un adolescent ne se suicide pas parce qu'il veut mourir?
– Le suicide des adolescents a sa propre logique. Un jeune peut dire «je veux mourir pour que quelque chose change dans ma vie», et il faut prendre en compte les deux parties de cette phrase. Les adolescents sont très paradoxaux, écartelés entre des tendances contradictoires. Il est très important de les prendre au sérieux et ne pas leur imposer notre logique d'adultes.


On parle actuellement beaucoup du suicide des personnes âgées...
– Ceux qui se tuent le plus sont les personnes âgées. Mais les suicides ne représentent que quelques pour cent des décès de cette tranche d'âge. On parle beaucoup actuellement de droit au suicide, de mort digne... Il y a peu de contrepoids à ce discours assez euphorique, et je trouve ce traitement dangereux car il peut être incitatif. Il est nécessaire d'avoir un débat autour de ces idées et de ne pas faire d'amalgame entre euthanasie et suicide. I Note : CEPS, 51, bd de la Cluse, 1205 Genève: 0223824242, 24h/24, 7j/7.
Aide aux enfants et aux jeunes: 147
La main tendue: 143
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