article [1]: Genève a son Musée de la Réforme [2]

Transmis par : RACHAD ARMANIOS Actif 15 Avr 2005 - 23:00
Religions [3]
Aujourd'hui, à Genève, le Musée international de la Réforme ouvre ses portes. Visite d'un lieu rempli de manuscrits et de portraits austères. Malgré cet héritage, les milieux protestants qui ont créé le musée ont tenté de présenter leur mouvement de manière vivante. La place de la Bible dans le projet réformé est tellement centrale qu'elle a posé aux concepteurs du Musée international de la Réforme (MIR), inauguré hier en grande pompe et qui ouvre ce week-end à Genève, un problème pour le moins difficile: comment faire vivre la mémoire et l'âme d'un mouvement qui a banni les signes ostentatoires? Comment rendre attrayante l'histoire d'une Réforme qui n'a guère légué d'autres objets que des manuscrits et des tableaux montrant de vieux personnages, certes illustres, mais, comme on dit, opérés du sourire?
Ce week-end, en plus de fêter un musée dont on parle depuis plus d'un siècle, le public est invité à découvrir comment ses concepteurs ont plus ou moins réussi à sortir de cette quadrature du cercle. Ainsi, à côté de bibles historiques (dont la première bible en français, de 1535), le visiteur découvre dans la prestigieuse Maison Mallet, siège du MIR qui avoisine la cathédrale Saint-Pierre, la reproduction d'une presse de l'époque de Gutenberg. Elle fonctionnera tous les mercredis après-midi.
«Un musée est avant tout un lieu de mémoire vivante», se plaît à répéter Isabelle Graesslé, directrice du MIR. C'est dans cet esprit que le visiteur genevois ou étranger est invité à travers l'histoire de la Réforme, de son origine à nos jours. Ainsi, c'est un portrait de Luther qui s'anime soudain: «L'Eglise profite de la peur pour vendre ses indulgences», tonne le réformateur avec un accent allemand. La suite, elle est connue: le théologien, ressuscité pour l'occasion, ouvre les portes d'un «paradis libre et gratuit».


SAINT-BARTHÉLEMY

Poursuivant son chemin dans la Maison Mallet, construite au XVIIIe siècle sur le lieu où Genève adopta la Réforme, le 21 mai 1536, le touriste rencontre des personnages illustres (Henry Dunant, Karl Barth...), et s'arrête sur des événements tragiques, telles les guerres entre catholiques et réformés, le massacre de la Saint-Barthélemy (1572) ou la révocation de l'Edit de Nantes (1685). Cet événement forcera 200 000 à 300 000 sujets français à l'exil. Nombre d'entre eux, des Huguenots exilés en Suisse, ont grandement contribué à son développement, comme en témoigne un ancien boîtier de montre fabriqué à Nyon.
La diffusion du mouvement par les missionnaires n'a pas été oubliée, ni la mention d'un protestantisme aujourd'hui totalement international: au sous-sol est par exemple présentée la théologienne féministe d'origine coréenne Chung Hyun Kyung.
Autre casse-tête pour les muséographes Sylvia Krenz et René Schmid: comment séduire le public avec une question aussi ardue que celle de la prédestination? En faisant polémiquer une dizaine de penseurs (de Calvin à Rousseau) autour d'un repas, figeant les visages sur des assiettes.
Des assiettes vendues à la sortie à qui voudrait «se faire une omelette sur la tête de Calvin», selon les bons mots d'Olivier Fatio, théologien protestant, cheville ouvrière du musée et président de son conseil de fondation, qui, hier, guidait la presse entre les joyaux de son petit bijou.
«Nous, protestants, ne sommes peut-être pas marrants, mais nous savons rire de nous-mêmes», déclarait auparavant Isabelle Graesslé, lors d'une conférence de presse. Une manière de fustiger les «clichés» sur les protestants qui ont la vie dure: austérité, rigueur, discrétion...


DES VISAGES AUSTÈRES

Pourtant, au final, et malgré les efforts, c'est une galerie de visages justement austères qui s'impose au visiteur. «Il n'était pas question de gommer la réalité», répond Isabelle Graesslé. Une réalité à replacer dans le contexte historique: «Dans
le protestantisme, on a évité de se montrer, et, à l'époque, on peignait les portraits de gens âgés, voire malades», poursuit-elle.
Derrière les vitrines se succèdent les figures des Calvin, Viret, Farel... Autant de théologiens qui rappellent la Réforme dans les autres cantons. Parmi ces hommes, on découvre l'unique portrait conservé de Michel Servet, médecin espagnol brûlé vif à Genève pour avoir nié la Trinité (lire ci-dessous).
Cette image commentée par une brève légende sera la seule mention des hérésies, contre lesquelles catholiques comme réformés ont eu peu de pitié. Quant au «cadrage moral» imposé à Genève, seules quelques secondes d'une bande son évoquent la «discipline imposée par le Consistoire et qui indisposa certains notables».
Mais parler de «cadrage moral» relève d'un mythe à démonter, selon Isabelle Graesslé. «Ce sera peut-être le thème d'une prochaine exposition temporaire.» Car la directrice a bien l'intention de créer des événements (conférences, débats...) qui permettront de transmettre, d'interpréter et de réinventer le protestantisme.

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