article [1]: Lancement d'un ambitieux réseau d'informatique médicale [2]

Transmis par : Philippe Chevalier Actif 30 Jl 2003 - 23:00
Genève [3]
SANTÉ - Genève met en consultation un programme de mise en commun des dossiers médicaux éparpillés chez les différents praticiens. Une petite «révolution culturelle». Le Département de l'action sociale et de la santé (DASS) vient de mettre sur les rails un projet de «réseau communautaire d'informatique médicale» (RCIM) susceptible de bouleverser la pratique actuelle de la médecine ainsi que les rapports patient-praticien. Le principe de ce programme baptisé «e-toile» est simple. Il s'agit de reconstituer et de mettre sur un réseau informatique le dossier de chaque patient genevois, sur la base des données éparpillées chez chaque prestataire de soins que ce dernier a consulté au cours de son histoire. Le projet est né de la fondation IRIS, mandatée par le Conseil d'Etat pour définir, réaliser et exploiter un RCIM. Dans sa version finale, celui-ci est devisé à environ 34 millions de francs, auxquels s'ajouteront des frais de fonctionnement annuels de 8 millions à 15 millions par année. Par rapport à la situation actuelle où chaque praticien constitue de façon empirique un bout de dossier dans son coin, ignorant les autres pièces du «puzzle», les avantages de e-toile sont évidents. Cet outil doit permettre de rationaliser les actes thérapeutiques, en évitant notamment les actes inutiles et en supprimant une partie des erreurs médicales. Ces dernières ont en effet un coût économique et humain très important, rappelle Antoine Geissbühler, conseiller technique du projet. Citant une étude américaine, il parle de quelques 100000 morts par an («deux Boeing 747 par jour!») aux États-Unis. Soit l'équivalent de trois à cinq morts par jours, rapporté à la population suisse. L'objectif premier du réseau est donc «d'améliorer la qualité et la sécurité des soins, insiste Pierre-François Unger». Partant, le système est aussi susceptible d'engendrer des économies, évaluées à 1% à 2% des coûts de la santé[1].


PATIENT PROPRIÉTAIRE

D'importants garde-fous ont été mis en place pour assurer la sécurité des données, assure Antoine Geissbühler. Pour accéder aux fichiers, le patient et le médecin devront s'identifier simultanément au moyen d'une carte à puce codée ne contenant aucune donnée médicale. Les informations seront en outre cryptées.
Surtout, le système ne stocke ni ne crée d'informations à la manière d'une banque de données centralisées (comme c'est le cas des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), par exemple). E-toile se limite à mettre en relation les informations pertinentes demandées, uniquement le temps nécessaire à la consultation. Celle-ci, enfin, laisse une trace informatique.
En dehors de l'aspect technique, Pierre-François Unger, soutient que la réalisation de e-toile représente une «révolution culturelle». En effet, dans cette configuration, «le patient est réellement le détenteur de son dossier médical», contrairement à la pratique actuelle. Après avoir fait le choix d'un «médecin de confiance» pour le seconder – qui peut être son généraliste, mais pas nécessairement – c'est l'intéressé qui détermine librement quelles données de son dossier médical peuvent être consultées et par quel praticien.


«TOUT À GAGNER»

«D'emblée, les professions de la santé ont manifesté un très grand intérêt pour le réseau», témoigne M. Geissbühler. Elles conservent toutefois des réticences «bien compréhensibles», que les promoteurs du projet comptent faire tomber petit à petit. L'affiliation restant en effet facultative. «Elles ont tout à gagner, explique-t-il en substance, de la transparence qu'apportera le réseau». Par ailleurs, les praticiens auront accès à un certain nombre de «services à valeur ajoutée» destinés à leur faciliter la vie. A savoir, entre autres, un support de facturation lié aux tarifs Tarmed, une aide à la prescription médicamenteuse (donnant des informations sur les interactions avec des produits déjà prescrits, les génériques, etc), ou encore la transcription électronique de l'ordonnance – pour le plus grand bonheur des pharmaciens non graphologues.
Compte tenu de la sensibilité des acteurs concernés par e-toile, la mise en oeuvre et le développement du réseau se fera par étape. Depuis quelques semaines, un prototype «tourne» à la petite échelle du groupe médical d'Onex. La mise en place des infrastructures est prévue pour 2005. A la fin de l'année 2007, Pierre-François Unger espère que 90% des 420000 habitants du canton auront adhéré au réseau e-toile. Note :
[1]Soit 60 millions de francs par an pour Genève (selon l'ATS).

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