MANUEL GRANDJEAN
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Insérez
un gène de méduse dans le patrimoine génétique
d`un primate vous obtiendrez un singe fluorescent. Selon ses créateurs
l`hybride «est très alerte et joue comme un enfant de
son âge avec ses compagnons
».
Cette formidable «avancée» de la science vient d`être
annoncée par des chercheurs américains dans la prestigieuse
revue Science.
Quel que soit l`émerveillement affiché par les scientifiques
la finalité de l`opération n`est évidemment
pas de fournir à quelques sympathiques primates un camarade fluorescent
Il s`agit en fait de pouvoir à terme insérer sur
des singes des gènes déficients humains afin de tester médicaments
et traitements. L`homme comme chacun le sait est en effet bien
plus proche du singe que de la souris de laboratoire.
Ces recherches permettront certainement un jour de lutter plus efficacement
contre des maladies génétiques. Mais au prix de quels renoncements?
La science n`est pas aveugle. Pour orienter des travaux qui ne trouveront
des applications concrètes qu`après des décennies
d`efforts et des investissements financiers astronomiques elle fait
des choix. Deux en l`occurrence.
Premièrement de répondre en priorité aux besoins
d`une partie des humains au détriment des autres.
En effet la fabrication de «cobayes» génétiquement
modifiés vise principalement à trouver des parades aux maladies
dégénératives telles qu`Alzheimer ou Parkinson.
Soit: retarder le vieillissement de la minorité solvable de l`humanité.
On sait ce qu`il advient de la majorité. Selon l`Organisation
mondiale de la santé (OMS) cinq millions de jeunes meurent chaque
année dans les pays en développement en raison de maladies
infectieuses - principalement le VIH la tuberculose et le paludisme
- pour lesquelles il n`y a à ce jour aucun vaccin efficace.
En revanche il existe des remèdes - parfois peu coûteux
- pour juguler les effets de la maladie. Mais pour cela les fonds
sont beaucoup plus difficiles à trouver que pour la création
de singes fluorescents.
Deuxièmement outre l`intérêt commun de l`humanité
les apprentis démiurges oublient à l`évidence
le principe de précaution.
Alors que les créateurs américains s`amusaient des
jeux de leur créature leurs collègues australiens ont eu
jeudi dernier quelques soucis avec la leur. En voulant mettre au point
un vaccin contraceptif pour limiter la prolifération des rongeurs
ils ont accidentellement créé un virus tueur qui a immédiatement
liquidé tous les animaux du laboratoire
Sans recourir à aucune manipulation le XXe siècle a accouché
d`une civilisation hybride: technologiquement hypertrophiée
et éthiquement naine.