L'utopie du journalisme non lucratif
Au moment où Le Courrier enregistre son audience la plus élevée depuis la création d'un sondage national sur la presse*, Le Matin Bleu achève sa météoritique existence. Le gratuit d'Edipresse était un attrape-publicité déguisé en journal d'information, sur lequel les annonceurs détenaient un droit de vie ou de mort. Aux antipodes de ce «modèle» économique, Le Courrier place entièrement son destin entre les mains de ses lecteurs. Qui le lui rendent plutôt bien, puisque ce journal n'a jamais été autant lu. Oppressés par la crise et la perte du pouvoir d'achat, beaucoup renoncent à poursuivre leur abonnement. Mais ce lien n'est pas coupé lorsqu'il se renouvelle au moyen de dons en argent.
Qu'ils soient abonnés ou donateurs (ils sont parfois les deux), nos lecteurs savent que leur apport sert uniquement à financer l'information, non à rémunérer des actionnaires ou à racheter d'autres titres. Quotidien associatif, Le Courrier engage l'ensemble de ses ressources dans la diffusion de nouvelles et dans l'analyse de l'actualité. Il y a là tout le sens du journalisme non lucratif. Le don matérialise la relation particulière que les lecteurs entretiennent avec le journal.
C'est pourquoi nous leur adressons régulièrement un bulletin de versement. Si aujourd'hui nous accompagnons ce geste par un éditorial, c'est parce que nous avons besoin d'un substantiel coup de pouce pour terminer l'année, soit un peu plus de 150000 francs d'ici à fin décembre.
Affligée par les pires tourments, la presse commence timidement à se tourner vers ce modèle de journalisme philanthropique. Avoir comme actionnaire un organisme à but non lucratif, telle est par exemple l'aspiration de la Société des rédacteurs du Monde qui en appelait, au printemps dernier, cette solution pour garantir son indépendance éditoriale. Mais ce modèle n'est pas seulement un bouclier défendant les rédactions de prises de contrôle non sollicitées ou d'influences politiques et commerciales. Soutenu par la générosité des lecteurs, le journalisme non lucratif permet une diffusion plus ample et donc plus sociale de l'information. Aujourd'hui, un exemplaire du Courrier est lu par près de trois personnes, signe que le titre circule de plus en plus largement. Donner, c'est aussi partager l'information libre. Une utopie pour les rédactions sous la coupe de managers sans scrupules. Une réalité pour des journaux comme le nôtre, où tout commence et finit par ses lecteurs.
Fabio Lo Verso, rédacteur en chef. Septembre 2009
* Selon la très officielle Organisation de recherche et d'étude des médias publicitaires (REMP), Le Courrier atteint pour la première fois le nombre de 24000 lecteurs, avec un bond de 15% de l'audience par rapport au sondage précédent. Ce sondage a été publié le 7 septembre dernier.
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